François Legault en quête d’un nouveau rapport de force Québec-Ottawa

Le premier ministre François Legault estime qu’une réélection avec une forte majorité l’aiderait à tenir tête au gouvernement fédéral de Justin Trudeau.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault estime qu’une réélection avec une forte majorité l’aiderait à tenir tête au gouvernement fédéral de Justin Trudeau.

François Legault demandera aux Québécois de lui accorder toute une majorité lors du scrutin du 3 octobre prochain afin de continuer à « défendre leur langue et leurs valeurs ».

Selon lui, le fédéral y penserait peut-être à deux fois avant de participer à la contestation de la Loi sur la laïcité de l’État québécois (la « loi 21 ») ou encore de la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (la « loi 96 ») devant la Cour suprême du Canada si la Coalition avenir Québec remporte une victoire électorale décisive. Mais surtout, l’équipe de Justin Trudeau prendrait au sérieux l’idée de transférer des pouvoirs additionnels en matière d’immigration au gouvernement québécois.

À ce jour, Ottawa refuse net de céder le programme de regroupement familial, à partir duquel plus du quart des immigrants québécois est sélectionné. « La moitié de ces immigrants qui sont choisis par le gouvernement fédéral ne parlent pas français », a répété le premier ministre François Legault dans la foulée de l’adoption du projet de loi 96 mardi après-midi. « On va travailler, dans la prochaine campagne électorale, à avoir un mandat fort pour aller négocier ça avec Ottawa », a-t-il poursuivi.

À moins d’un improbable rebondissement, les membres de la CAQ lui demanderont poliment au cours de leur congrès national, ce week-end à Drummondville, « de réitérer sa demande au fédéral de transférer l’ensemble des pouvoirs en immigration le plus rapidement possible au gouvernement du Québec », et ce, « afin de préserver la vitalité du français et le poids démographique des francophones ».

Cela dit, ce ne sera pas l’enjeu central de la campagne électorale, nuance un membre de la garde rapprochée du chef caquiste.

À près de quatre mois des prochaines élections québécoises, la CAQ est créditée de 46 % des intentions de vote, comparativement à 18 % pour le Parti libéral du Québec, 14 % pour le Parti conservateur du Québec, 13 % pour Québec solidaire et 8 % pour le Parti québécois, selon le dernier sondage Léger–Le Journal–TVA–QUB (27 mai 2022). Si la tendance se maintient, la formation politique « nationaliste » fondée il y a plus de 10 ans par François Legault pourrait faire élire plus de 100 députés à l’Assemblée nationale.

Un tel appui serait-il suffisant pour établir un nouveau rapport de force Québec-Ottawa ? Pas si vite, répond-on au bureau du premier ministre fédéral. Justin Trudeau a conscience de la popularité de François Legault, mais à trois ans et quatre mois des prochaines élections canadiennes, celle-ci ne l’empêche pas de le contredire de temps à autre, mentionne-t-on.

Le chef du gouvernement fédéral n’est pas moins Québécois que François Legault ou la soi-disant « majorité des Québécois » appuyant la « loi 21 » et la « loi 96 » dans leur forme actuelle parce que son travail l’amène à habiter à Rideau Cottage, fait valoir un de ses conseillers. Cela dit, Justin Trudeau n’appellera pas à voter pour un parti ou un autre lors de la campagne électorale québécoise : le paternalisme, ce n’est pas son fort, précise-t-il.

Justin Trudeau affiche plus aisément ses désaccords avec le gouvernement caquiste depuis qu’il s’est confortablement installé dans le fauteuil de premier ministre grâce à une entente avec le Nouveau Parti démocratique lui assurant le pouvoir jusqu’en 2025, constate-t-on à Québec.

Legault a-t-il un allié à Ottawa ?

D’ailleurs, l’annonce du procureur général du Canada, David Lametti, d’intervenir devant la Cour suprême au désavantage de la Loi sur la laïcité de l’État québécois, faite mercredi avant-midi dans le sud-ouest de Montréal, n’était pas le fruit du hasard. L’adoption de la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français, qui était survenue la veille, offrait l’occasion au gouvernement Trudeau de « rassurer les minorités » qui ne savent plus à quel saint se vouer dans le Québec de la « loi 21 » et de la « loi 96 ». Il l’a saisie.

Avec ses formules « Il y a une majorité de Québécois qui sont d’accord », « [C’est] la volonté d’une majorité de Québécois » et « Ayez un peu de respect pour la majorité des Québécois », François Legault n’est pas parvenu à convaincre le Parti libéral du Canada de faire marche arrière.

Il n’a pas non plus persuadé les aspirants chefs du Parti conservateur du Canada de ne pas se mêler de la contestation de la Loi sur la laïcité de l’État devant le plus haut tribunal du pays, comme l’ex-chef Erin O’Toole le promettait lors de la dernière campagne électorale. Pierre Poilievre, Jean Charest et Patrick Brown se sont plutôt rangés derrière David Lametti.

L’ex-premier ministre québécois Jean Charest a même profité du débat des candidats à la chefferie conservatrice de mercredi soir pour préciser que, sous sa gouverne, le fédéral interviendra de la même façon devant la Cour suprême si la « loi 96 » s’y retrouve un jour ou l’autre. Il avait pourtant assuré à la presse, lors d’un précédent arrêt au Château Royal, à Laval, deux mois plus tôt, que « non, non, il n’est pas question pour nous de [la] contester ».

Plus aucun parti politique fédéral — sauf le Bloc québécois — n’est aujourd’hui prêt à laisser les juges de la Cour suprême passer au crible la « loi 21 » et la « loi 96 » sans dire quoi que ce soit. Aux yeux de François Legault, « ç’a pas de sens » puisque les deux lois bénéficient de l’appui d’une majorité de la population québécoise.

En revanche, les deux législations ont mauvaise presse à l’extérieur du Québec. Un youtubeur canadien habitué des pages Opinion du Washington Post a poussé l’audace cette semaine jusqu’à décrire François Legault comme « un cinglé xénophobe plus extrême que tout [politicien] aux États-Unis ».

Le projet indépendantiste

 

La députée péquiste Véronique Hivon a fait le procès de l’« approche provincialiste » du gouvernement caquiste dans le Salon bleu vendredi, avant de filer au Conseil national du Parti québécois, à Boucherville, accrochée à l’espoir qu’« il y a encore de 33 % à 35 % minimalement de gens qui se disent indépendantistes ».

Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, y présentera une nouvelle édition des « Finances d’un Québec souverain », une quinzaine d’années après celle produite par l’ex-ministre péquiste François Legault.

Après avoir soufflé ses 65 bougies, François Legault a dit « espérer » que « les partis fédéraux vont comprendre que c’est aux Québécois de décider ce qui se passe au Québec ». Après près de quatre ans aux commandes de l’État québécois, il « ne pense pas que la solution est de faire un référendum sur la souveraineté ».

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