Jean Boulet fait volte-face après avoir ouvert la porte à une hausse de l’immigration

Le ministre de l’Immigration Jean Boulet lors d’une conférence de presse en 2021.
Graham Hugues La Presse canadienne Le ministre de l’Immigration Jean Boulet lors d’une conférence de presse en 2021.

Le ministre de l’Immigration Jean Boulet a fait volte-face, jeudi, après avoir jugé qu’il était raisonnable d’envisager une hausse du seuil d’immigration jusqu’à 58 000 personnes par année.

M. Boulet a dû s’y prendre à deux fois pour contrer toute impression qu’il aurait pu être favorable à l’augmentation du nombre de nouveaux arrivants, fixé actuellement à 50 000, alors que le premier ministre François Legault avait dit le contraire récemment.

« Je me suis mal exprimé et j’ai été mal compris lorsque j’ai été questionné par des journalistes, a écrit le ministre sur les réseaux sociaux en fin d’après-midi. Ce n’est pas acceptable de recevoir 58 000 immigrants chaque année. Notre capacité d’accueil et d’intégration est limitée à 50 000 immigrants. »

Cette volte-face avait été précédée d’une première mise au point, lors de laquelle son cabinet avait attiré l’attention des médias qui avaient rapporté les propos du ministre, en fin d’avant-midi, au sujet de deux rapports d’experts.

« Soyons clairs : notre seuil d’immigration demeure inchangé à 50 000, conformément à notre capacité d’accueil et d’intégration, avait écrit M. Boulet. Les deux rapports d’experts proposent uniquement des pistes de réflexion. »

En sortant de la période des questions, M. Boulet avait accepté de répondre aux questions des journalistes dans un corridor de l’Assemblée nationale. Il avait notamment commenté la proposition du démographe Marc Termote, en précisant qu’elle ferait passer le seuil d’immigrants de 50 000 à 58 000 en cinq ans.

« Ce que j’ai considéré à la lecture de son rapport, tenant compte de la natalité, des problématiques de croissance démographique, de la minorisation du français, c’est une proposition qui m’apparaît intéressante, qui doit être considérée, a-t-il dit. Si vous me demandez une opinion personnelle, oui, c’est une opinion qui m’apparaît raisonnée et raisonnable. »

Le ministre l’avait notamment jugée conforme à la volonté du gouvernement d’assurer la vitalité du français au Québec. M. Boulet s’était montré optimiste que les services de francisation puissent répondre à la demande.

« On a augmenté nos budgets pour les services de francisation. Le nombre de participants, à temps plein et partiel, en ligne aussi, tend à augmenter », s’était-il félicité en soulignant les 36 000 inscrits aux cours de français en 2021.

M. Boulet avait toutefois pris soin d’expliquer qu’un processus de consultation, prévu en 2023, était nécessaire avant l’établissement des seuils pour les années à venir.

« Il y aura une prochaine planification, on va tenir compte de la capacité d’accueil et d’intégration, a-t-il dit. […] Ce n’est pas moi qui [vais] déterminer le seuil. »

Le monde des affaires réclame une hausse

 

Jusqu’ici, le premier ministre François Legault et d’autres membres de son gouvernement n’avaient donné aucun signe d’ouverture aux demandes de hausse du seuil d’immigration.

Au cours des dernières semaines, plusieurs représentants du patronat et du monde des affaires ont réclamé une augmentation à 80 000 qui viendrait répondre au problème de manque de main-d’œuvre.

Il y a environ un mois, M. Legault avait toutefois jugé que le nombre actuel était suffisant « pour les prochaines années ».

Questionné mardi à ce sujet, M. Boulet avait voulu dissiper toute apparence de contradiction entre son opinion et la déclaration du premier ministre.

« Le premier ministre fait référence à l’année 2022 », avait précisé le ministre Boulet, en ajoutant que la Coalition avenir Québec a fait passer les seuils d’immigration de 40 000 à 50 000 personnes.

M. Boulet a estimé jeudi que la proposition de M. Termote pourrait répondre aux souhaits des acteurs économiques.

« Ce qui me préoccupe, c’est qu’on assure la vitalité de la langue française, qu’on maintienne sa vigueur au Québec, et qu’on réponde de manière efficace aux défis économiques découlant de la pénurie de main-d’œuvre », a-t-il dit.

Contrer un déclin

 

Auteur de l’étude commandée par le gouvernement, le démographe Marc Termote a expliqué au Devoir jeudi qu’une hausse de l’immigration préviendrait la diminution de la population québécoise qui s’annonce en raison du nombre de décès plus grand que celui des naissances.

« Si la tendance se maintient, et tout indique qu’elle va se maintenir, l’accroissement naturel de la population du Québec, c’est zéro, a-t-il dit. Si on veut éviter que le nombre d’habitants du Québec baisse, il faudrait compenser ça par de l’immigration. »

M. Boulet a également montré jeudi son ouverture à un rapport de l’économiste Pierre Fortin, favorable à un transfert au Québec de la gestion de l’immigration temporaire, qui relève du gouvernement fédéral. Selon l’économiste, cela permettrait au Québec d’améliorer la francisation des immigrants temporaires, qui obtiennent plus qu’avant un statut permanent par la suite.

« Le programme des travailleurs étrangers temporaires, il y a toujours de l’inefficacité qui découle du partage des compétences », a dit M. Boulet en faisant référence aux délais de traitement des demandes plus longs du côté fédéral.

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