Forêt: pas de temps à perdre, disent les ingénieurs

L'Ordre des ingénieurs forestiers du Québec (OIFQ) a réclamé hier du gouvernement Charest qu'il «donne rapidement suite» aux recommandations de la commission Coulombe sur l'avenir de la forêt québécoise.

Dans une lettre publique adressée à Guy Coulombe, qui présidait la commission technique et scientifique dont le rapport a été divulgué la semaine dernière, l'OIFQ commence — fait inusité — par féliciter la commission «pour la rigueur, l'honnêteté et la transparence avec lesquelles a été mené à terme l'ambitieux mandat que vous a confié le gouvernement du Québec en octobre 2003».

L'OIFQ, écrit sa présidente, Johanne Gauthier, accueille favorablement «les principales recommandations» du rapport en raison de sa «vision intégrée de l'ensemble de la problématique forestière» et du portrait «clair» qu'il propose de l'état vacillant de la ressource, un portrait que l'OIFQ réclamait depuis cinq ans.

Du «virage majeur» proposé par le rapport Coulombe, cet ordre professionnel dit qu'il faut le prendre «rapidement» car «la situation, sans être catastrophique, est pour le moins préoccupante» dans les deux grands écosystèmes forestiers, boréal et mixte, du Québec.

«En ce sens, ajoute Mme Gauthier, il est essentiel que le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs donne rapidement suite à son engagement de mettre en place un processus de mise en oeuvre permettant la concrétisation des principaux éléments du rapport qui ont déjà fait consensus auprès de la population et des intervenants.»

Audace et détermination

«Face aux constats de la commission, ajoute la présidente de l'OIFQ, c'est l'ensemble du secteur forestier qui doit maintenant réexaminer ses façons de faire et contribuer activement au virage que vous proposez.» Mais pour concrétiser ce «projet mobilisateur», ajoute-t-elle, «il faudra beaucoup d'audace et de détermination politique, jumelées à de l'ingéniosité administrative et professionnelle, pour s'attaquer aux changements proposés par la commission dans le but d'assurer une durabilité à long terme aux ressources du milieu forestier».

Pour l'OIFQ, les lacunes relevées dans la simulation des rendements forestiers justifient le recours au principe de précaution et la réduction proposée de 20 % des allocations de bois résineux aux exploitants de la forêt boréale. Québec devra évidemment mettre en place une stratégie pour atténuer les impacts économiques de ces réductions sur l'emploi en région, une situation qui serait moins difficile à vivre maintenant si Québec avait tenu compte des appels à la prudence que l'OIFQ lui a souvent servis par le passé, de même que ceux de la vérificatrice générale en 2002. Pour l'OIFQ, qui estime essentielles des institutions comme celle du forestier en chef et du vérificateur des forêts, ces nouvelles fonctions sont d'autant plus aptes à rassurer le public et à remettre la gestion forestière sur les rails que l'indépendance de leurs titulaires sera protégée par la loi, ce qui devrait permettre «qu'une telle situation ne puisse plus se reproduire à l'avenir».