La répartition des médecins pénaliserait les centres urbains

Les plans régionaux d'effectifs médicaux (PREM) viennent à peine d'être rendus publics par le ministre Philippe Couillard que leur contenu cause déjà des maux de tête aux médecins en quête d'un poste. Fermement opposée à la planification régionale du ministère, la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) a lancé hier une nouvelle perche au ministre en l'invitant à revoir son système de planification des effectifs médicaux, cette fois-ci en tenant compte des listes d'attente.

La FMRQ souligne que des effets pervers se font déjà sentir dans les grands centres et dans les régions universitaires, quelques semaines seulement après le dépôt des PREM, le 7 décembre dernier. Pour le président de la FMRQ, la voie du «saupoudrage» choisie par Québec est une erreur alors que les listes d'attente près des grands centres dépassent parfois celles des régions plus éloignées.

La stratégie du gouvernement est claire: il faut que toutes les régions aient leur part du gâteau. Ainsi, le ministre Couillard a choisi de distribuer les postes en partageant les médecins à 50 % dans les régions périphériques et universitaires et à 50 % dans les régions intermédiaires éloignées. Un non-sens aux yeux de la FMRQ, qui rappelle que 75 % de la population vit dans les grands centres.

Résultat: un déficit qui ne cesse de grandir, et ce, aux détriments des citoyens, déplore le président de la FMRQ, le Dr Guillaume Charbonneau. «Les listes d'attente dans les établissements du Québec continuent d'afficher des délais importants pour les patients en attente d'une hospitalisation, des délais qui, dans certains cas, dépassent les limites médicalement acceptables, notamment pour l'accès à des chirurgies.»

Au coeur du litige: la question de l'accessibilité. Cette année, 300 arrivants rejoindront les médecins spécialistes et 199 se grefferont à l'équipe de médecine familiale. C'est peu, trop peu pour remplir les quelque 1000 postes à pourvoir du côté des spécialistes et des 1000 autres postes à pourvoir chez les omnipraticiens.

La FMRQ invite donc le ministre Couillard à retourner à sa planche à dessin pour revoir ses listes à la lumière des listes d'attente. Dans plusieurs spécialités, ce sont effectivement les régions périphériques comme la Montérégie et Lanaudière ainsi que les régions universitaires comme Montréal, Québec et Sherbrooke qui affichent les listes et les délais d'attente les plus criants alors que les postes ont été attribués en priorité dans les régions intermédiaires et éloignées.

L'Association des médecins résidents de Montréal (AMRM) croit aussi que les listes d'attente seraient un outil efficace pour mieux partager les effectifs. «Prenons la cardiologie à la Cité de la santé de Laval. Les délais d'attente sont de huit mois pour les cas les plus urgents et de 14 mois pour les autres alors qu'à Val-d'Or ils ne sont que d'un mois. Pourtant, le gouvernement ouvre un poste à Val-d'Or mais aucun à Laval, c'est illogique», avait expliqué son président, le Dr Martin Girard, à l'annonce des PREM.

La fédération et l'association rappellent aussi au ministre Couillard que c'est par l'entremise des pôles régionaux et des ententes et corridors de service que la pénurie de médecins pourra être prise en charge le plus efficacement.

Le Dr Charbonneau est également revenu à la charge pour dénoncer le dénuement dans lequel est placé le milieu universitaire avec cette politique régionale. «Le peu de postes alloués dans les milieux universitaires risque d'exacerber la pénurie de médecins dans les établissements où est dispensée la formation en médecine en augmentant la tâche clinique des médecins en exercice et en réduisant à un minimum la disponibilité de ces derniers pour assurer l'encadrement de la relève médicale», a-t-il déploré.