Québec abaisse les frais de scolarité des étudiants étrangers en région

Le ministre du Travail et de l’Immigration, Jean Boulet.
Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre du Travail et de l’Immigration, Jean Boulet.

Avec l’objectif de régionaliser l’immigration et d’aider à résoudre la pénurie de main-d’œuvre, le gouvernement du Québec déliera les cordons de la bourse pour séduire les étudiants étrangers : Dès l’an prochain, ceux qui fréquenteront un cégep ou une université francophone en région vont désormais payer les mêmes droits de scolarité que les Québécois, une mesure évaluée à 80 millions en quatre ans.

Le programme visera les étudiants étrangers qui étudieront dans certains domaines précis, où l’on observe un manque criant de main-d’œuvre comme les technologies de l’information, le génie, la santé et les services sociaux, et le domaine de l’éducation, incluant la formation d’éducatrices à la petite enfance. Alors que le coût annuel moyen des étudiants internationaux s’élève à 17 000 $ au cégep et 24 000 $ à l’université, le gouvernement propose de ramener ces frais à zéro pour le niveau collégial et à 3000 $ pour le niveau universitaire.

Par cette offre, le ministre de l’Emploi et de l’Immigration, Jean Boulet, entend attirer les étudiants étrangers hors de Montréal pour qu’à terme ceux-ci décident de s’installer de façon permanente. « Tu découvres une communauté. Tu te fais un chum, tu te fais une blonde », a illustré le ministre Boulet, jeudi, en procédant à l’annonce du programme, en conférence de presse à Rimouski.

Le programme annoncé jeudi sera « gagnant pour favoriser l’apprentissage du français et, par conséquent, assurer une intégration durable aux valeurs de notre société », a-t-il commenté, en promettant aux futurs étudiants étrangers un « accompagnement personnalisé » pour faciliter leur intégration au Québec, en termes de recherche de logement, par exemple.

Une bonne nouvelle

 

Cette annonce a été très bien accueillie par les dirigeants des cégeps et des universités du Québec. « Enfin ! », s’est exclamé Sylvain Blais, directeur du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. « Avec les grands besoins de main-d’œuvre dans ma région, ça va nous donner un coup de main. »

Devant les hauts taux de refus des étudiants étrangers francophones par Immigration Canada, M. Blais dit toutefois avoir des inquiétudes. Rappelons qu’au cours des trois dernières années, son cégep s’est heurté à des taux de refus de permis d’étude de plus de 75 %. « Certains sont refusés en raison de leur capacité financière, car ils doivent prouver qu’ils ont les moyens de se soutenir pendant 3-4 ans mais là, on vient d’enlever une pression importante en termes de coût », a-t-il souligné.

Le recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), où le taux de refus (79 %) est le plus élevé chez les universités, croit que le problème devra effectivement être réglé au niveau fédéral. « C’est le fédéral qui crée ce goulot d’étranglement », affirme Christian Blanchette. Même si les universités en région n’ont pas de mal à recruter et croulent sous les demandes d’admission, il estime que la réduction importante des droits de scolarité permettra d’attirer des étudiants de qualité. « Dans nos missions de recrutement, il y a des étudiants qu’on voudrait avoir mais qui nous disent que c’est beaucoup trop dispendieux », explique-t-il.

Alors que le ministre Boulet voit la présence d’un plus grand nombre d’étudiants étrangers comme une solution aux besoins criants en emploi, le recteur de l’UQTR ne se fait pas d’illusion : « Ce ne sera pas à court terme la solution pleine et entière à la pénurie de main-d’œuvre. » Selon lui, il est préférable que les étudiants puissent se diplômer rapidement afin de bien s’intégrer à la société québécoise. « S’ils travaillent trop, ils vont retarder la diplomation et leur intégration économique. »

Le logement, le bémol

 

Le recteur de l’Université du Québec à Rimouski, Françoise Deschênes, se réjouit de l’annonce du ministre, qui permettra d’offrir un « continuum » d’études au même endroit. « Les étudiants qui sont allés au cégep en région vont souvent dans les grands centres à l’université ou ils retournent dans leurs pays quand ils réalisent que les droits de scolarité sont encore plus élevés », soutient-il.

Mais il reconnaît que le principal défi sera le logement. « Je ne peux pas le cacher, on est parmi les plus touchés par les problèmes de logement alors qu’on est à 0,2 % de taux d’inoccupation à Rimouski », dit-il. « On n’aura pas le choix d’aller vers des projets de logement étudiant supplémentaires. »

Christian Blanchette de l’UQTR fait le même constat. « Avec l’annonce que vient de faire le ministre, l’enjeu du logement devient l’enjeu prioritaire. C’est le maillon de la chaîne qui est brisé », note-t-il. « On s’y penche avec les villes de Drummondville et Trois-Rivières et on essaie de trouver des solutions à moyen et long terme. »

Avec La Presse canadienne

À voir en vidéo