Des milliers de manifestants protestent contre la loi 96 à Montréal

Plusieurs manifestants présents au centre-ville de Montréal ont jugé le projet de loi discriminatoire à l’égard des anglophones et des allophones.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Plusieurs manifestants présents au centre-ville de Montréal ont jugé le projet de loi discriminatoire à l’égard des anglophones et des allophones.

Des milliers de personnes ont protesté contre le projet de loi 96 dans le centre-ville de Montréal à coups de slogans du genre « Québec libre sans 96 », « Un Québec pour tous, non au PL96 ! » ou encore « le cégep, c’est mon choix ».

« On peut tous s’entendre que le français est une langue très importante que nous devons préserver, mais au détriment des choix éducatifs des jeunes adultes ? Non ! » a déclaré la présidente de l’association étudiante du cégep Vanier, Isabella Giosi, devant des centaines de personnes — pour la plupart anglophones — agglutinées devant l’entrée du Collège Dawson samedi avant-midi.

Elle en a contre le plafonnement du nombre de places disponibles dans le réseau collégial anglophone, prévu dans le projet de loi sur la langue officielle et commune, le français. D’autres n’arrivent pas à croire que le gouvernement pourra imposer aux étudiants qui fréquent un cégep anglophone de suivre trois cours dispensés en français ou bien trois cours de français. « Restreindre nos choix n’affectera pas seulement l’opportunité d’apprendre une autre langue, ça va affecter les carrières que nous allons poursuivre, les liens que nous allons créer, mais plus particulièrement ça va baisser [dégrader] l’image d’être une communauté ouverte à la diversité. Le cégep c’est un choix ! », a dit Isabella Giosi avant d’être chaudement applaudie.

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, — qui a grossi les rangs des opposants au projet de loi « divisif » renforçant la Charte de la langue française — était en retrait. Elle a été accueillie par des applaudissements et des huées sur le campus du Collège Dawson. « Je dis à la communauté d’expression anglaise : nous avons toujours été là pour les appuyer. […] Nous avons voté contre le projet de loi 21 (Loi sur la laïcité de l’État québécois) parce qu’il allait trop loin. Nous allons voter contre le projet de loi 96 parce qu’il va trop loin », a indiqué à la presse la cheffe de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

Lydia a poussé des soupirs d’exaspération à la vue de Dominique Anglade, ainsi que d’autres députés et militants libéraux, qui avaient revêtu un t-shirt rouge pour l’occasion. « Au départ, elle [Dominique Anglade] appuyait le projet de loi 96. Là, elle est contre. En plus, ce sont ses élus qui ont mis dans la tête de Jolin-Barrette l’idée de forcer les étudiants de cégeps anglophones à suivre des cours de français », soutient-elle, ignorant la formation politique qu’elle appuiera lors des prochaines élections générales, le 3 octobre prochain. « J’aime le Québec, mais j’ai peur. »

La présidente du Quebec Community Groups Network (QCGN), Marlene Jennings, s’est, elle, dite « ravie » de voir Dominique Anglade, la décrivant comme « une bonne amie, une femme [qu’elle] respecte, [qu’elle] chérit et qu’elle appuiera toujours ». Les élus municipaux, québécois et canadiens, démontrent un « énorme courage » en s’affichant bras dessus, bras dessous avec des opposants au projet de loi 96, a fait valoir Marlene Jennings, qui répète depuis un an que le projet de loi signé par Simon Jolin-Barrette limitera l’accès à l’éducation, aux soins de santé, à la justice et aux services gouvernementaux offerts en anglais. Selon elle, l’ex-premier ministre René Lévesque se dirait « horrifié » par le projet de loi 96 car il entre en collision frontale avec la Charte québécoise des droits de la personne.

« Je vous remercie François Legault. C’est à cause de vous que nous sommes rassemblés ici ce matin », a aussi lancé Marlene Jennings non sans ironie à la foule rassemblée devant elle. « Nous sommes ici par ce que nous sommes tous Québécois », a-t-elle ajouté.

Un projet de loi discriminatoire

Norma et Cheryl, deux jeunes nonagénaires assises sur leur déambulateur, dénoncent un projet de loi discriminatoire à l’égard des anglophones, ce qui est contraire à la Charte canadienne des droits et libertés, ont-elles souligné.

L’accès aux services de santé sera plus difficile pour les Québécois d’expression anglaise dans la foulée de l’adoption du projet de loi sur la langue officielle et commune, le français, qui est prévue à la fin du mois, a déploré Norma, tout en brandissant une affiche sur laquelle on peut lire « 96 Jolin-Barrette dirige Legault ». « Ce n’est pas pour nous que nous manifestons, c’est pour nos petits-enfants », a-t-elle indiqué.

Rebecca, professeure de biologie à l’Université Concordia, craint particulièrement que « les immigrants et les réfugiés qui ne parlent peut-être pas un français parfait » puissent avoir de la difficulté à comprendre leur médecin, si ce dernier est tenu de s’adresser à eux en français comme elle le redoute. « Et les médecins parlent anglais. Tous les scientifiques, on doit parler l’anglais. Je suis inquiète que ce ne soit plus légal pour les médecins de donner des services qu’ils sont capables de donner », a-t-elle affirmé, tout en mentionnant au passage que la qualité des cours de français offerts aux élèves des écoles primaires et secondaires anglophones est souvent « terrible ».

La conseillère municipale de la Ville de Côte-Saint-Luc, Andee Shuster, s’est présentée à la manifestation contre la politique linguistique gouvernementale québécoise avec une pancarte présentant le « Bill 96 » sous les traits d’un « caca ». « Nous pouvons être bilingues et fiers de l’être sans que les anglophones en souffrent et soient considérés comme des Québécois de second ordre », a-t-elle dit, tout en se décrivant comme une « fière Montréalaise, fière Québécoise, fière bilingue ». Derrière elle, une jeune femme distribuait des petits drapeaux du Québec aux quatre vents.

Les milliers de protestataires se sont par la suite élancés vers le bureau montréalais du premier ministre François Legault, devant lequel un groupe de contremanifestants les attendaient munis d’une banderole : « Pour l’amour du français, pour l’amour du monde ».

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