«Il y a moyen de construire autrement», reconnaît Andrée Laforest

La ministre Laforest a rappelé qu’elle s’apprêtait à déposer la politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La ministre Laforest a rappelé qu’elle s’apprêtait à déposer la politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire.

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a déclaré mardi qu’il existait des « tendances » dans le développement urbain, sans pour autant affirmer — comme son collègue ministre des Transports — que la densification est une « mode » se manifestant par l’envoi de familles dans des tours de logements.

« Dans le développement urbain, oui, il y a des tendances », a-t-elle avancé lors de la période des questions à l’Assemblée nationale. « Maintenant, il y a moyen de construire autrement. Il y a des “plex”, il y a des maisons en rangée, il y a des maisons multigénérationnelles. Donc, oui, il y a des moyens », a-t-elle poursuivi.

La ministre Laforest a rappelé qu’elle s’apprêtait à déposer la politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire, un plan « très audacieux » qui doit notamment réformer la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, inchangée depuis plus de 40 ans.

 

« Laissez-nous quelques jours ou quelques semaines. Et oui, on va avoir une vision maintenant pour le Québec au niveau de l’aménagement », a-t-elle promis. Andrée Laforest doit donner un avant-goût de cette politique vendredi, dans le cadre du congrès de l’Union des municipalités du Québec. L’entièreté de la vision caquiste sera, quant à elle, dévoilée plus tard au printemps.

Malaise autour du mot « mode »

La ministre a répondu mardi aux questions des oppositions, qui ont cherché à savoir si elle partageait le point de vue du ministre des Transports, François Bonnardel, qui persiste à dire que la densification urbaine est une « mode ».

Le 15 avril, l’élu présentait une nouvelle version du troisième lien entre Québec et Lévis, un projet autour duquel s’est dégagé un vaste consensus scientifique sur le fait qu’il contribuera à accroître l’essor des banlieues. « Je suis qui, moi, pour dire à une jeune famille : “vu que la mode est à la densification, tu vas aller vivre dans une tour de 12 étages” ? » avait alors lancé M. Bonnardel.

Sa déclaration a causé un malaise chez des mairesses et des maires, qui ont déclaré à La Presse que la densification urbaine demeure, pour eux, un moyen nécessaire pour freiner les changements climatiques. À cela s’est ajouté lundi l’avis du principal groupe chargé de conseiller le gouvernement en matière d’environnement. Celui-ci a publié un document dans lequel il insiste sur la nécessité de densifier le tissu urbain.

« La densification est nécessaire, elle est indispensable. Et non, non, monsieur le ministre, la densification, ça ne veut pas dire élever une famille dans un condo au centre-ville. Il y a toutes sortes de façons de procéder, et vous le savez », a lancé mardi le député libéral André Fortin. Il a reproché au ministre Bonnardel d’avoir « des idées sorties tout droit des années 1950 ».

Un parti « passé date »

Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, a référé à la même décennie. « Il faut aussi freiner l’étalement urbain, il faut développer notre territoire de manière différente. On ne peut plus répéter les recettes des années 1950 », a-t-il plaidé.

Au Salon bleu, il a rappelé que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a déclaré en mars que le troisième lien pourrait servir de frein à l’étalement urbain. Il a reproché au premier ministre, François Legault, de hausser les seuils acceptables de concentration de nickel dans l’air malgré l’avis défavorable des 18 directeurs régionaux de santé publique du Québec, entre autres.

« Ça, c’est le résultat de quatre ans de gouvernement, d’un parti qui est “passé date”. Sur trop de dossiers en environnement, on stagne. Sur d’autres, on recule », a pesté M. Nadeau-Dubois.

M. Legault a répondu en plaidant pour un « équilibre ». « On est tous d’accord pour dire que les grandes villes doivent se densifier, mais il y a des régions qui ont le droit de se développer, il y a des Québécois qui ont le droit d’habiter dans les régions du Québec », a-t-il souligné, en reprochant au chef parlementaire de Québec solidaire de tenir un discours différent à Montréal et en région.

« Québec solidaire veut faire un moratoire sur le développement des régions. Nous, on pense qu’il faut développer les régions. Et pour servir les régions, bien oui, ça prend des routes », a-t-il aussi lancé.

« Ce n’est pas une bataille entre les villes et les régions, a répliqué M. Nadeau-Dubois. Ce n’est pas une bataille entre les villes et les banlieues. C’est une bataille qu’il faut qu’on mène tout le monde ensemble au Québec, peu importe où on habite, parce que c’est une bataille pour assurer que nos enfants aient un avenir. »

Au Parti québécois, la députée Méganne Perry Mélançon a dénoncé les propos du ministre Bonnardel, qui « n’en finit plus de faire des déclarations qui révèlent sa vision “passée date” de l’aménagement et de la protection du territoire québécois », à son avis.

« La différence entre la densification urbaine et la CAQ : l’un n’est pas une mode, l’autre risque d’en être une, a aussi lancé son collègue Pascal Bérubé. La densification urbaine décrite comme une mode par le ministre des Transports, qui s’ingère dans un dossier municipal, doit être notée. »



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