Les doléances des Premières Nations sur la réforme de la loi 101 ne convainquent pas la CAQ

«Le message que nous portons aujourd’hui, c’est [qu’on doit être] exempté du projet de loi n° 96», a lancé Ghislain Picard mardi.
Jacques Boissinot La Presse canadienne «Le message que nous portons aujourd’hui, c’est [qu’on doit être] exempté du projet de loi n° 96», a lancé Ghislain Picard mardi.

Le gouvernement de François Legault ne reverra pas son projet de réforme de la Charte de la langue française, même si un front commun de communautés autochtones demande à en être exempté pour éviter un « génocide culturel ».

« Comme depuis 1977, tout le monde est soumis à la loi 101 », a lancé le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, mardi, à l’Assemblée nationale. Il répondait aux doléances émises quelques minutes plus tôt — et quelques pas plus loin — par une coalition de représentants des Premières Nations, selon laquelle le projet de loi nº 96, censé revoir la Charte de la langue française, menace d’accélérer l’assimilation des premiers peuples.

Le texte législatif, dont l’adoption ne saurait tarder, prévoit que les étudiants autochtones dans les cégeps de langue anglaise suivent trois cours en français — ou de français pour certains — durant leur parcours collégial. Aux yeux du chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, « le projet de loi est en train d’être adopté à la hâte, sans aucune considération pour les droits des personnes autochtones ».

« Le message que nous portons aujourd’hui, c’est [qu’on doit être] exemptés du projet de loi n° 96 », a-t-il lancé mardi après-midi, flanqué notamment des députés d’opposition Gregory Kelley, du Parti libéral du Québec (PLQ), et Manon Massé, de Québec solidaire (QS).

Le chef de Gesgapegiag, John Martin, craint que les articles du projet de loi concernant l’enseignement collégial exacerbent les problèmes de décrochage dans les communautés. « Le français, ce n’est pas une langue qui est utilisée [chez nous]. On parle le micmac et on parle l’anglais. […] Pour les jeunes qui ont étudié en anglais et en micmac, ça prend un effort monumental pour être capable de réussir, puis aller chercher ces crédits », a relaté le chef Martin dont la communauté se situe en Gaspésie.

D’après Ghislain Picard, la réforme de la loi 101 pourrait même pousser des jeunes à s’installer en Ontario. « C’est une ironie renversante, là, que finalement, les premiers occupants du territoire au Québec soient forcés d’aller étudier à l’extérieur de leur territoire », a-t-il lancé.

« Tentative d’assimilation »

Mardi, QS et le PLQ ont pressé le ministre Jolin-Barrette d’ouvrir sa porte aux communautés, afin d’évaluer les moyens qu’il pouvait prendre pour ajuster son projet de loi. « [C’est] un rendez-vous de la dernière chance que M. Jolin-Barrette ne peut pas manquer », a martelé Mme Massé.

« Dans mon comté, au cégep John Abbott, il y a environ une centaine d’élèves inuits, puis j’espère que le projet de loi n° 96 ne va mettre aucune, aucune barrière dans leur réussite scolaire », a enchaîné Gregory Kelley. D’après l’élu libéral, le ministre dispose encore de quelques occasions pour mettre de l’eau dans son vin.

Le PLQ s’opposera à l’adoption de la réforme de la Charte. QS continue de dire qu’il votera « pour », malgré la fin de non-recevoir émise par le ministre Jolin-Barrette mardi. « On pense qu’il est fondamental de protéger la langue française », a réitéré Manon Massé en cours d’après-midi.

En refusant de rouvrir le projet de loi, Québec se magasine une forte réaction dans les communautés, qui craignent une « tentative d’assimilation et de génocide », a laissé entendre mardi la grande cheffe du Conseil mohawk de Kahnawake, Kahsennenhawe Sky-Deer. « Je suis sûre que vous verrez ça aux nouvelles ce soir, a-t-elle lancé en anglais à un journaliste qui tentait d’obtenir des détails sur les actions prévues. À surveiller. »

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