Le Bloc québécois réclame la fin de la prière à la Chambre des communes

Le chef du Bloc québécois Yves-Francois Blanchet, à la Chambre des communes
Adrian Wyld Archives La Presse canadienne Le chef du Bloc québécois Yves-Francois Blanchet, à la Chambre des communes

Le Bloc québécois estime qu’il est temps de mettre fin à la lecture d’une prière au début de chaque séance de la Chambre des communes et propose de remplacer cette coutume par un « moment de réflexion », mais l’enjeu est loin d’être prioritaire, selon plusieurs partis d’opposition.

« La société évolue, la société change. […] Quand on veut être inclusif, on doit faire en sorte que les symboles et les actions le soient également », a déclaré le porte-parole du Bloc québécois en matière de laïcité, Martin Champoux, lors d’une conférence de presse.

Sa formation politique profitera de l’une de ses deux journées d’opposition mardi pour présenter une motion qui modifierait le règlement de la Chambre des communes.

Le libellé explique que le changement est justifié parce que la Chambre « respecte les croyances et les non-croyances de l’ensemble des parlementaires ainsi que de la population ».

Elle mentionne aussi l’« attachement au principe de séparation de la religion et de l’État, à la diversité des opinions et à la liberté de conscience », ainsi que le respect de « la laïcité et la neutralité religieuse de l’État et par souci d’inclusion ».

Avant chaque séance, le président prend place au fauteuil et récite une prière en partie en français et en anglais. Les députés doivent se ternir debout durant ce temps.

La prière débute par les mots « Dieu tout‑puissant » et se termine par « Amen ».

Les travaux de la Chambre doivent débuter deux minutes après la lecture de la prière, selon le règlement. C’est alors que les portes sont ouvertes et que débute la télédiffusion des travaux.

Selon M. Champoux, un moment de réflexion serait « la solution idéale » pour tenir compte de ceux qui ne croient pas en une religion ou en Dieu.

Il a dit ne pas vouloir que le débat serve à « critiquer des croyances que l’on juge d’une autre époque ou que l’on juge bizarre ».

Le Bloc québécois avait déposé une motion similaire en juin 2019. Les libéraux et les conservateurs s’y étaient opposés.

Prioritaire ?

Les libéraux qui ont répondu aux questions des journalistes avant de se rendre à la réunion du conseil des ministres, mardi matin, n’ont pas indiqué de quelle façon ils comptaient voter sur la motion bloquiste.

Le premier ministre Justin Trudeau a écarté la question du revers de la main en affirmant que la prière aux Communes est loin d’être la priorité de la population.

« Quand je parle aux gens dans mon comté de Papineau, aux Québécois et aux gens à travers le pays, ils me parlent du coût de la vie, des enjeux au niveau de la guerre en Ukraine, de l’inflation, des changements climatiques. C’est sur ces grands enjeux qu’on va continuer de se concentrer », a-t-il dit.

Sa ministre du Revenu national et députée de la circonscription de Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine, Diane Lebouthillier, a abondé dans le même sens. « Ce n’est pas du tout une priorité », a-t-elle tranché en faisant référence au moment de prière.

Un tel débat doit avoir lieu « à un moment ou à un autre », a estimé M. Champoux, ajoutant qu’il n’y a « pas de mauvais moment » pour déposer une telle motion, une journée d’opposition servant selon lui à discuter de sujets qui n’ont pas « le temps ou la pertinence » d’être abordés normalement.

Les conservateurs n’avaient pas répondu à une demande de La Presse canadienne visant à préciser la façon dont ils entendent voter sur la motion.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a indiqué que ses députés voteront en faveur, mais que la formation trouve « curieux » que le Bloc ait choisi ce sujet compte tenu des enjeux jugés pressants comme l’inflation et la crise climatique.

Le NPD entend aussi proposer un amendement pour que soit reconnu avant le moment de réflexion que les travaux de la Chambre des communes se déroulent sur des terres autochtones non cédées.

La lecture d’une prière au début de chaque séance fait partie des activités de la Chambre des communes depuis 1877, mais n’est inscrite au règlement que depuis 1927.

À l’Assemblée nationale du Québec, la prière a cessé d’être lue en 1976 et a été remplacée par un moment de recueillement.

Le vote sur la motion du Bloc québécois doit avoir lieu mercredi.

Avec des informations d’Émilie Bergeron



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