Éric Duhaime rabroué par Eve Torres

Invité sur les ondes de la radio 98.5 Montréal mercredi pour commenter la candidature aux élections provinciales du Dr Roy Eappen, un médecin antiavortement, le chef du Parti conservateur Éric Duhaime est allé un peu plus loin. Selon lui, la position de son candidat ne représente aucun danger pour le droit des femmes et Québec solidaire (QS) aurait fait pareil en 2018, en présentant la candidature d’une femme voilée.

Le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), qui se dit ouvertement « pro-choix », a affirmé que parce qu’elle porte le voile, l’ex-candidate de Québec solidaire Eve Torres serait contre l’avortement. Ce à quoi cette dernière a répliqué sur Twitter.

 

« Ma volonté était de me positionner, d’affirmer ce que je pense. Pas pour convaincre d’autres personnes, mais peut-être pour rassurer des gens à qui ça [les propos d’Éric Duhaime] pourrait semer le doute, parce que je l’ai vécu plusieurs fois », a-t-elle expliqué en entrevue avec Le Devoir.

En ondes avec Patrick Lagacé, M. Duhaime a profité de sa plateforme pour dénoncer « une dérive antidémocratique » qui l’inquiète en tant que citoyen. « Tous les Québécois, tous les électeurs, ont droit d’être candidats à une élection générale et ce n’est pas vrai qu’on va exclure des gens, parce qu’ils ont la foi et croient en Dieu », a-t-il dit, rappelant que le Dr Eappen est opposé à l’avortement en raison de ses convictions religieuses.

Ses propos font suite à la récente sortie du premier ministre François Legault selon laquelle les candidats antiavortement n’ont pas leur place au Québec et s’inscrivent plus largement dans la foulée du possible renversement de l’arrêt Roe v. Wade, aux États-Unis.

 

« Je trouve ça très hypocrite quand j’entends des gars comme Gabriel Nadeau-Dubois me faire la morale et qu’il ne faudrait pas prendre un candidat parce qu’il a des convictions religieuses, alors que lui-même, dans son parti, aux dernières élections, avait une candidate voilée, a poursuivi le chef conservateur. Pensez-vous vraiment qu’Eve Torres, qui porte le voile, que c’est une femme qui est pro-choix ? »

Invitée le lendemain au même micro, Mme Torres a réitéré qu’elle était bel et bien pro-choix, condamnant par la même occasion l’amalgame voulant qu’une femme voilée soit forcément antiavortement.

« J’aurais apprécié qu’on me pose la question avant d’en arriver à des conclusions », a-t-elle affirmé au Devoir. Ce genre de propos sont « dangereux » et « continuent d’alimenter les préjugés qui sont déjà présents [au Québec et ailleurs en Occident] », a-t-elle tenu à ajouter.

Un air de déjà-vu

Répondre à ces accusations n’était d’ailleurs pas une mince affaire pour Eve Torres. « La ligne est mince entre cette volonté de calmer les choses et de faire une erreur dans vos propos qui pourraient attiser et avoir l’effet contraire. Personne n’est à l’abri de commettre des erreurs, mais les erreurs n’ont pas le même coût — physique ou psychologique — pour tout le monde », a-t-elle ajouté.

Pour l’activiste, les propos tenus par le chef conservateur n’ont toutefois rien de surprenants et ne lui sont pas étrangers, après 22 ans au Québec. « L’utilisation de tels amalgames en politique, ce n’est pas la première fois. On l’a vu avec la loi 21, notamment. On a touché sans vergogne à des libertés fondamentales au nom d’une laïcité qui existait déjà au Québec », a exprimé celle qui milite depuis plusieurs années pour les droits des femmes.

« La femme musulmane au Québec est une femme comme toutes les autres femmes », a-t-elle soutenu.

Et si elle condamne le coup de flèche que lui a envoyé M. Duhaime, elle dénonce plus largement l’instrumentalisation politique d’enjeux comme la religion en contexte de campagne électorale.

« Juste d’avoir cette discussion en 2022, c’est pas mal un recul pour les femmes en général, dénonce-t-elle. Dans la lutte pour les droits des femmes, il n’y a pas de hiérarchisation. »



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