Promouvoir l’idée d’un Québec bilingue est «extrême», selon Anglade

Si mettre de l’avant des idées de bilinguisme est extrême, d’après Dominique Anglade, le projet de loi 96 de réforme de la Charte de la langue française va aussi trop loin, a-t-elle laissé entendre mercredi.
Pascal Ratthe La Presse canadienne Si mettre de l’avant des idées de bilinguisme est extrême, d’après Dominique Anglade, le projet de loi 96 de réforme de la Charte de la langue française va aussi trop loin, a-t-elle laissé entendre mercredi.

Promouvoir l’idée d’un Québec bilingue est « extrême », selon la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade.

C’est ce qu’elle a admis mercredi matin lorsqu’interrogée sur la naissance de deux partis politiques favorisant le bilinguisme institutionnel. « La langue commune, ça reste le français au Québec, en respect de nos minorités. Puis ça, c’est vraiment important de le mentionner, parce qu’on est capables de discuter des enjeux de langue en même temps qu’on est capables de le faire de manière inclusive avec l’ensemble de la communauté d’expression anglaise », a-t-elle dit en mêlée de presse à l’Assemblée nationale.

« [Le bilinguisme institutionnel], c’est sûr que c’est extrême, ce genre de position là », a enchaîné l’élue libérale.

Le Parti canadien du Québec, créé la veille, a inscrit le bilinguisme dans ses six principes fondamentaux. La formation politique, qui souhaite notamment s’adresser aux électeurs anglophones, propose « que les nouveaux arrivants qui s’établissent au Québec doivent pouvoir faire respecter leur choix en matière de langue officielle de prédilection au Canada ». Selon son porte-parole, Colin Standish, le français n’est pas en déclin au Québec.

Quant au parti Mouvement Québec, créé la semaine dernière, il est dirigé par l’ex-candidat à la mairie de Montréal Balarama Holness, qui proposait récemment un référendum sur le statut bilingue de la métropole québécoise.

Le Parti canadien du Québec a répliqué à Mme Anglade par communiqué, mercredi. « Nous ne sommes PAS des extrémistes. Nous demandons que les services en anglais et les institutions anglophones soient offerts au 1,2 million d’anglophones et allophones qui en ont besoin et qui les paient », a écrit M. Standish. « La province de Québec, dans son essence, est officiellement bilingue. »

Mardi, le premier ministre François Legault avait lui aussi dénoncé les idées sur la langue du Parti canadien et de Mouvement Québec. « Je crois que ce qu’il faut [que ces partis] comprennent, c’est que si le Québec devenait bilingue, malheureusement, ça ne serait pas long avant qu’on ne parle plus français et que le Québec devienne la Louisiane », avait-il affirmé à l’Assemblée nationale.

Le PLQ toujours contre

 

Si promouvoir des idées de bilinguisme est extrême, d’après Dominique Anglade, le projet de loi 96 — la réforme caquiste de la Charte de la langue française — va aussi trop loin, a-t-elle laissé entendre mercredi.

Son parti votera contre l’adoption du texte, même si le gouvernement Legault a mis de l’eau dans son vin mardi soir en déposant un amendement qui permettra aux étudiants collégiaux anglophones de choisir de suivre des cours de français ou des cours donnés en français.

En révisant à la dernière minute son projet de loi, le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, se plie en quelque sorte aux demandes du PLQ, qui avait lui-même proposé d’obliger les étudiants anglophones à recevoir trois cours dispensés en français au cégep.

Selon la Fédération des cégeps, cet article menaçait de créer une « crise sociale » en poussant nombre d’étudiants vers la porte de sortie. Le mois dernier, Dominique Anglade concédait que sa formation avait fait une erreur et incitait Québec à modifier son projet de loi.

En modifiant son texte, le gouvernement « remplit son objectif que tous les Québécois puissent apprendre le français », a indiqué mercredi le ministre Jolin-Barrette. Il a écorché au passage la décision du PLQ de voter contre le projet de loi 96. « C’est encore une erreur historique du Parti libéral », a-t-il dit dans les couloirs du parlement.

Aux dernières nouvelles, Québec solidaire entend voter pour ce projet de loi. Le Parti québécois ne s’est toujours pas prononcé officiellement, mais son porte-parole en matière de langue française, Pascal Bérubé, a maintes fois signifié être personnellement contre ce texte législatif « pas costaud ».

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