Le ministre Lafrenière commande un rapport sur le cas d’Aby Piétacho

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, s’est dit «extrêmement choqué et peiné» par l’histoire d’Aby.
Graham Hughes La Presse canadienne Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, s’est dit «extrêmement choqué et peiné» par l’histoire d’Aby.

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a déclaré mardi avoir commandé un rapport sur le cas d’Aby Piétacho, renvoyée cinq fois à la maison par le personnel de l’hôpital de Havre-Saint-Pierre, malgré une tumeur qui la mettait à risque de paralysie.

Le Devoir a révélé lundi l’histoire de cette enfant innue, qui a finalement réussi à obtenir des soins pour une tumeur vasculaire complexe à Montréal, puis à Québec.

« Comme père de famille », le ministre Lafrenière s’est dit « extrêmement choqué et peiné » par l’histoire d’Aby, qui aura deux ans dans quelques jours. « J’ai bien hâte de lire le rapport, de voir ce qui s’est passé sur place », a-t-il dit.

M. Lafrenière s’est prononcé sur Aby Piétacho dans le cadre de l’étude des crédits, un exercice annuel de reddition de comptes sur les dépenses et la performance des ministères. Il a d’abord été interpellé par le député libéral Gregory Kelley.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Aby Piétacho, deux ans, a été renvoyée cinq fois à la maison par le personnel de l’hôpital de Havre-Saint-Pierre, malgré une tumeur qui la mettait à risque de paralysie, révélait le «Devoir» lundi. 


« C’est quelque chose qui revient souvent. [Les Autochtones disent] : “on arrive dans le système de santé et on n’est pas traités comme les autres” », a-t-il déploré.

Sa collègue de Québec solidaire Manon Massé a souligné le « courage » et la « détermination » de la mère d’Aby, Marie-Rose Piétacho, et du conseil de bande de sa communauté, Ekuanitshit. C’est Mme Piétacho qui a décidé de faire 12 heures de route, jusqu’à Montréal, pour obtenir un nouvel avis médical au sujet de sa fille. La petite, qui avait huit mois au moment des événements, a été transférée en avion de ligne, aux frais de la communauté.

« Aby Piétacho, c’est la pointe de l’iceberg », s’est inquiétée Mme Massé. Vu les nombreux cas de discrimination dont elle entend parler « sur le terrain », elle a relancé le ministre au sujet du refus du gouvernement de comptabiliser les plaintes en santé selon l’origine ethnoculturelle des personnes qui les formulent. « C’est essentiel pour documenter la situation », a-t-elle insisté.

Le ministre Lafrenière a dit « avoir fait beaucoup de travaux en ce sens » et être « en train d’évaluer » cette possibilité, qui constitue une recommandation de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (commission Viens).

Pressions renouvelées pour la sécurisation culturelle

Le député péquiste Martin Ouellet a une fois de plus accentué la pression sur le ministre des Affaires autochtones afin qu’il honore sa promesse d’inclure la notion de sécurisation culturelle dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux, comme il s’y était engagé après la mort de Joyce Echaquan.

Ian Lafrenière a récemment reculé sur cet engagement, plaidant le manque de temps d’ici la fin des travaux parlementaires. Le député Ouellet s’est dit ouvert à collaborer avec les deux autres partis d’opposition pour que le ministre puisse tenir parole. M. Lafrenière a répondu avoir encore besoin de consulter les Autochtones pour «voir ce qui est possible avec eux».

L’étude des crédits a par ailleurs révélé que 90 000 employés du réseau de la santé avaient reçu une formation de «sensibilisation aux réalités autochtones» en date du 22 mars 2022. Ce nombre est passé à 108 000 en date du 25 avril, selon le ministre Lafrenière. Québec souhaitait plutôt que 150 000 d’entre eux aient été formés au 31 mars.

 



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