Les étudiants anglophones au cégep auront le choix pour leurs trois cours de français

« Je crois que ce qu’il faut [que ces partis] comprennent, c’est que si le Québec devenait bilingue, malheureusement, ça ne serait pas long avant qu’on ne parle plus français et que le Québec devienne la Louisiane », a lancé M. Legault à l’Assemblée nationale.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne « Je crois que ce qu’il faut [que ces partis] comprennent, c’est que si le Québec devenait bilingue, malheureusement, ça ne serait pas long avant qu’on ne parle plus français et que le Québec devienne la Louisiane », a lancé M. Legault à l’Assemblée nationale.

Québec révise à la dernière minute son projet de loi de réforme de la Charte de la langue française. Les étudiants « ayants droit » au collégial auront désormais la possibilité de choisir entre deux parcours : suivre trois cours dispensés en français ou bien trois cours de français.

Le gouvernement proposera sans délai des amendements à son projet de loi nº 96, lequel doit être adopté d’ici la fin du mois de mai, a confirmé Le Devoir après que La Presse eut initialement rapporté ces informations. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec se plie donc aux doléances du Parti libéral du Québec (PLQ), qui affirmait jusqu’à tout récemment avoir commis une erreur en suggérant que tous les étudiants de cégeps anglophones aient l’obligation de suivre des cours collégiaux « en » français.

« Il y a d’importantes lacunes à l’égard de la maîtrise de la langue commune dans le réseau anglophone. Les amendements que nous prévoyons déposer viennent répondre à ces lacunes », a signifié le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, dans une déclaration écrite transmise mardi soir.

Dans sa forme actuelle, le projet de loi 96 obligeait les étudiants de cégeps anglophones à suivre trois cours enseignés en français pendant leur parcours au cégep, peu importe la discipline. Cette formule, proposée par le PLQ et adoptée en bonne et due forme par la Commission de la culture et de l’éducation, passait jusqu’ici le test des parlementaires.

Or, au cours du dernier mois, le Parti libéral de Dominique Anglade a convenu avoir fait une « erreur » en déposant ce premier amendement. Dans un rare revirement de situation, sa porte-parole pour la protection de langue française, Hélène David, a déposé un nouvel amendement il y a deux semaines afin de nuancer l’article premier : les étudiants des cégeps anglophones devraient avoir le droit de choisir, a-t-elle avancé.

À l’origine, le ministre Jolin-Barrette avait choisi de voter contre la proposition mitoyenne. À l’époque, il avait avancé ne pas avoir eu le temps d’y réfléchir à temps pour la conclusion de l’étude détaillée du projet de loi. Même mardi matin, en commission parlementaire, l’élu a affirmé être encore « en réflexion ».

Cette modification au projet de loi 96 survient plus que tardivement. Il ne restait qu’une étape à l’étude du projet de loi avant que l’Assemblée nationale vote sur son adoption.

« Louisiane »

En matinée, mardi, le ministre Simon Jolin-Barrette, s’était offusqué en commission parlementaire de voir certains groupes balayer du revers de la main le projet de loi 96, en plus d’affirmer qu’en matière de protection du français, « tout va bien, madame la marquise ».

« Il y a certaines personnes encore aujourd’hui qui nient qu’il y a un déclin du français, a lancé l’élu caquiste lors de l’étude des crédits budgétaires à Québec. Quand je vois les différents partis politiques qui vont être créés… Il y a des gens qui nient encore. »

Le ministre réagissait à la naissance du Parti canadien du Québec (PCQ), qui souhaite briguer les suffrages aux élections du mois d’octobre prochain. Officiellement lancé en matinée, le parti « fédéraliste » a comme principe fondamental le bilinguisme. Il vise à « travaille[r] sans relâche pour les droits des minorités, la justice socioéconomique et l’harmonie linguistique ».

L’arrivée au Québec de ce nouveau parti politique qui s’adresse principalement aux électeurs anglophones ne rassure en rien M. Jolin-Barrette, qui y voit une menace au fait français. Aux yeux de François Legault, ce nouveau venu risque même de faire du Québec une nouvelle « Louisiane ».

« Si on veut que le français soit toujours vivant dans 50 et 100 ans, il nous faut le projet de loi 96 [de réforme de la Charte de la langue française], il faut que les immigrants aillent à l’école en français », a soutenu le premier ministre, mardi, lorsqu’il a été interrogé sur la création du PCQ et du parti Mouvement Québec, dirigé par l’ex-candidat à la mairie de Montréal Balarama Holness. Ce dernier a déjà confirmé qu’il tenterait d’obtenir le « vote anglophone et le vote ethnoculturel » en présentant la plupart de ses candidats à Montréal l’automne prochain.

« Je crois que ce qu’il faut [que ces partis] comprennent, c’est que si le Québec devenait bilingue, malheureusement, ça ne serait pas long avant qu’on ne parle plus français et que le Québec devienne la Louisiane », a lancé M. Legault.

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