Accusée d’«incompétence» dans le dossier du CHSLD Herron, la ministre Blais se défend

La ministre Marguerite Blais
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La ministre Marguerite Blais

La ministre Marguerite Blais s’est retrouvée dans la mire des partis d’opposition au Salon bleu jeudi, qui sont allés jusqu’à traiter celle-ci d’« incompétente », au terme d’une semaine parlementaire marquée par de nouvelles révélations au sujet du CHSLD Herron.

Des reportages dans les médias ont mis à mal la version des faits de l’élue responsable du dossier des Aînés. Mme Blais avait jusqu’ici dit avoir « vraiment appris » ce qui se passait au CHSLD Herron le 10 avril 2020, par le biais d’un article du journal The Gazette.

Or, Radio-Canada a révélé que la ministre a été informée de l’urgence dans cet établissement le 30 mars 2020, puis Le Devoir a découvert qu’elle avait aussi été mise au courant de la décision du gouvernement de placer le CHSLD sous tutelle la veille, le 29 mars.

De l’avis du député libéral Pierre Arcand, la ministre Blais avait dès lors la « responsabilité » d’informer la cellule de crise du gouvernement, « de prendre action » et de « vérifier ce qui se passait au CHSLD Herron ».

« Qu’est-ce que la ministre a fait le 30, le 31 mars, le 1er avril, dans cette cellule de crise ? Comment peut-elle avoir été à ce point incompétente ? » a lancé l’élu au Salon bleu.

On me traite d’incompétente, mais c’est une perception.

« Je vais rester calme, a répondu Mme Blais. On me traite d’incompétente, mais c’est une perception. » Elle a notamment rappelé que le gouvernement avait accéléré la formation de 10 000 préposés aux bénéficiaires en juin 2020.

La ministre a aussi souligné qu’en mars 2020, « le feu était pris partout, partout, partout ». « Les courriels avec [la mention] “urgence”, il y en avait comme ça pendant toutes les journées, jour après jour, parce qu’il y avait des éclosions dans plusieurs milieux de vie », a-t-elle souligné. Dans le cas d’Herron, la ministre a dit avoir été « rassurée » par la prise en charge du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Il reste que le CHSLD Herron était l’unique CHSLD en surveillance imposée dans tout le Québec, a fait valoir le libéral André Fortin. « Parlez-moi pas du réseau au complet ; il y a un CHSLD sous tutelle, et vous n’en avez pas parlé au premier ministre », a-t-il affirmé.

Des doutes sur la sincérité du gouvernement

 

Jusqu’ici, aucun document ni aucune information publique ne permettent de croire que le premier ministre François Legault ait été informé de l’ampleur de la tragédie qui se jouait au CHSLD Herron. Le 13 avril 2020, le chef du gouvernement avait déclaré savoir « depuis quelques jours » que l’établissement « avait un manque de personnel, avait des gens qui étaient atteints de la COVID-19, même qui étaient décédés de la COVID-19 ». Mais ce n’est qu’au moment de la parution de l’article de The Gazette qu’il a su qu’il y avait eu un nombre important de décès, soutient-il depuis.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, s’est montré sceptique quant à cette version des faits. « Croyez-vous sincèrement que la cellule de crise, pendant 10 jours, n’a jamais été mise au courant ? » a-t-il demandé. Il a ajouté qu’à son avis, « des ministres et des membres de ce gouvernement-là sont prêts à cacher la vérité pour préserver l’image du gouvernement ».

Chez Québec solidaire, le député Vincent Marissal a déclaré que la crise du CHSLD Herron était devenue « le symbole d’une honte nationale ». « Chaque jour qui passe, ce qui est dévoilé concernant le CHSLD privé Herron, c’est terrifiant, c’est révoltant », a ajouté sa collègue Manon Massé.

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