Les propos de Legault relativisant la gravité de la COVID-19 enflamment la Toile

« Avec trois vaccins, ça aide, je l’ai vécu la semaine passée. Même si on l’attrape, ça donne un rhume, à peu près », a déclaré François Legault en parlant de la COVID-19 en conférence de presse lundi, fort de son expérience. Pour rappel, le premier ministre a annoncé avoir contracté le virus le 24 mars dernier, à la suite de quoi il s’est confiné. Il s’agissait donc d’une première apparition publique en dix jours et celle-ci a suscité tout un tollé sur les réseaux sociaux.

Tentant de démontrer l’efficacité des vaccins, le chef de la CAQ s’est plutôt embourbé avec une comparaison qui semble dévaloriser le travail des soignants qui combattent la COVID-19 depuis deux ans et minimiser la dangerosité du virus.

Ses propos ont alors largement circulé sur la Toile, certains se réjouissant que la « vérité » quant à la COVID-19 soit enfin révélée par les autorités, d’autres étant découragés de voir le premier ministre atténuer la gravité de la maladie qui cause encore une dizaine de décès quotidiens au Québec, avec plus de 2800 décès depuis le début décembre.


Parmi les plus découragés des propos de François Legault, il y a ceux qui n’ont pu prendre congé depuis deux ans, la pénurie de main-d’œuvre et la pandémie ne faisant pas bon ménage. L’internaute, maman de quatre enfants et qui travaille auprès des aînées, l’a bien nommé, comme de multiples autres soignantes.

 


Le médecin gériatre David Lussier a quant à lui rappelé la gravité des effets de la COVID-19 chez certains, tout en invitant à ne « pas minimiser la gravité » du virus.

 


La docteure Lisa Iannattone explique pour sa part que : « Quand la COVID est la 3e cause de décès dans votre pays (même à l’ère post-vaccination) et que votre premier ministre parvient à dire que c’est juste un rhume avec un visage impassible… Il manque clairement le jugement et l’empathie requis d’un leader et il est temps d’élire quelqu’un d’autre. »

 


Le chroniqueur et analyste de politiques publiques Patrick Déry, qui avait aussi agi à titre de consultant auprès du PLQ durant quelques mois l'an dernier, a également questionné la situation.

 


Conserver le masque pour un « rhume »

Le prolongement du port du masque dans les lieux publics à l’intérieur, annoncé mardi par le directeur national de santé publique par intérim du Québec, le Dr Luc Boileau, au lendemain des propos controversés de M. Legault, en a dérangé plusieurs.

Ainsi, alors que le masque ne devait devenir qu’un mauvais souvenir à partir du 15 avril, les Québécois devront le conserver jusqu’au 30 avril, minimum, en raison de la sixième vague.

Le Québec sera le seul endroit d’Amérique du Nord à exiger le masque dans les lieux publics à l’intérieur au cours des prochaines semaines. Plusieurs considèrent la mesure injustifiée, considérant les propos de M. Legault quant au virus.


Sous cette publication du groupe de pression pro-conservateur Québec Fier, plusieurs internautes soulèvent la contradiction entre les propos du premier ministre et les mesures de son gouvernement. Dans les commentaires, plusieurs suggèrent que M. Legault essaye de conserver l’appui de la population en vue de l’élection provinciale en octobre prochain. Nombreux sont ceux qui évoquent une supposée volonté du gouvernement de contrôler la population ou encore l’importance de se réveiller d’une grande supercherie. Des thèses souvent répétées dans les réseaux complotistes.

Boileau tout en nuances

Mardi, lors de sa conférence de presse, le Dr Boileau est revenu sur l’expérience personnelle de François Legault face à la COVID : « Ce n’est pas tout le monde qui fait un rhume avec ce virus, qu’il soit Omicron ou BA.2. Il y a des gens qui développent malheureusement des maladies, des symptômes et vont aller à l’hôpital recevoir des soins critiques et même en décéder. Alors c’est une maladie sérieuse. »

Toutefois, mercredi, le directeur national de santé publique par intérim a qualifié la remarque du premier ministre de « vraie » et de « responsable ». La COVID-19 se vit maintenant comme un rhume pour la majorité des Québécois grâce à la vaccination, a-t-il dit alors qu’il témoigne en commission parlementaire en faveur du projet de loi 28, qui prolonge certains pouvoirs exceptionnels du gouvernement jusqu’à la fin de 2022.

Le porte-parole libéral en santé, Monsef Derraji, venait de questionner le Dr Boileau, lui demandant comment il pouvait affirmer que la COVID-19 ressemblait à un rhume et réclamer du même coup le prolongement de pouvoirs exceptionnels.

Avec La Presse canadienne

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