Le gouvernement lance une enquête publique sur la mort de Norah et de Romy Carpentier

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, n’a pas attendu les conclusions du «complément d’investigation» de la coroner pour déclencher l’enquête publique.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, n’a pas attendu les conclusions du «complément d’investigation» de la coroner pour déclencher l’enquête publique.

Le gouvernement ordonne la tenue d’une enquête publique sur la mort de Romy et de Norah Carpentier, tuées par leur père, Martin, en juillet 2020. La décision fait suite à la diffusion d’un reportage d’Enquête alléguant de nombreux cafouillages de la Sûreté du Québec (SQ) pendant les recherches.

Le bureau du coroner avait annoncé la relance de son enquête lundi à la suite de nouvelles informations obtenues après la diffusion du reportage. La coroner responsable du dossier, Me Sophie Régnière, n’excluait pas la possibilité d’ordonner la tenue d’une enquête publique si de nouveaux éléments le justifiaient.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, n’a pas attendu les conclusions de ce « complément d’investigation » pour déclencher l’enquête publique.

« Il y a des questionnements sérieux qui persistent », a souligné la vice-première ministre mercredi.

De mère à mère

La mère des deux petites disparues, Amélie Lemieux, avait publiquement imploré la ministre Guilbault de déclencher une enquête publique.

 

« J’ai lu, comme vous, le cri du cœur de la mère de ces petites filles-là, qui nous a interpellés et qui a besoin de réponses à ses questions, a ajouté la ministre. Il y a eu un article où elle m’interpellait directement, de mère à mère, où elle me demandait de me mettre à sa place. J’ai pensé à ça lundi soir, j’en ai parlé avec mes collègues […] on s’est tous entendus [sur le fait] qu’on allait demander cette enquête-là aujourd’hui. »

Au cours d’une enquête publique, le coroner recueille les faits et l’information pertinente au cours d’audiences qui se déroulent habituellement au palais de justice. Les témoins et les experts défilent alors devant le coroner qui préside l’enquête pour témoigner.

Bévues dénoncées de la SQ

 

La SQ maintient avoir tout mis en œuvre pour retrouver les fillettes et leur père au cours des deux semaines de recherches menées dans un épais boisé de Saint-Apollinaire.

Le corps de police avait pourtant essuyé les critiques de Me Régnière en novembre lors de la présentation de son rapport d’enquête. La coroner s’interrogeait notamment sur le moment du déclenchement d’une alerte Amber, survenu près de 18 heures après la disparition des deux sœurs, âgées de 11 et 6 ans, à la suite d’une embardée survenue sur l’autoroute 20 à la hauteur de Saint-Apollinaire.

Le 10 mars dernier, Enquête rapportait les témoignages de policiers critiques envers les opérations de recherche. Ces derniers dénonçaient le démantèlement d’une unité spécialisée dans les recherches terrestres en 2019, un an avant le drame des Carpentier.Ils dénonçaient également des décisions contestables prises sur le terrain et qui auraient privé les équipes, selon eux, de précieuses heures pour retrouver les disparus.

La ministre de la Sécurité publique indique que le fonctionnement de la SQ et de ses équipes incombe à la direction générale de l’organisation policière.

« Ce sont des décisions opérationnelles qui sont prises par des directeurs généraux qui sont payés pour ça », a souligné Mme Guilbault. À l’époque du démantèlement des unités de recherches terrestres, Martin Prud’homme dirigeait la SQ.

La ministre a réitéré sa confiance envers celle qui a remplacé M. Prud’homme à la tête de l’organisation, Johanne Beausoleil.

« Pour avoir eu certaines discussions avec la Sûreté du Québec, il y a eu des changements depuis l’arrivée de l’actuelle directrice générale, a conclu Mme Guilbault. Les cas ultérieurs de disparition ont eu des dénouements heureux. »

L’opposition solidaire applaudit la tenue d’une enquête publique. Elle accuse toutefois la ministre d’avoir tardé avant de la déclencher.

« La sonnette d’alarme retentit dans le bureau de la ministre Guilbault depuis longtemps, écrit le député de Jean-Lesage, Sol Zanetti, dans un communiqué. Il était temps qu’elle entende raison. »

Avec Alexandre Robillard

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