Un crédit de 500$ à 6,4 millions de contribuables

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a dévoilé mardi son dernier budget d’ici les prochaines élections générales, dans lequel il prévoit des dépenses de 22 milliards de dollars en cinq ans ainsi qu’une compensation de 500 $ pour l’inflation qui sera versée à la quasi-totalité des contribuables québécois d’ici le scrutin d’octobre.

Le plan budgétaire de l’année 2022-2023 inclut l’octroi d’un crédit d’impôt remboursable de 500 $ à 6,4 millions de Québécois. L’objectif est d’atténuer les effets de la hausse du coût de la vie.

Cette mesure ponctuelle est offerte aux adultes ayant un revenu de 100 000 $ ou moins afin qu’ils puissent « mieux se prémunir contre les conséquences de l’inflation ». Les personnes gagnant entre 100 000 $ et 105 000 $ recevront un montant inférieur, qui sera déterminé en fonction de leur revenu.

Le crédit d’impôt remboursable sera accordé indistinctement aux étudiants, aux travailleurs, aux bénéficiaires des programmes d’aide financière de dernier recours et aux retraités, pourvu qu’ils produisent une déclaration de revenus pour l’année 2021. Selon le cas, il viendra augmenter le remboursement d’impôt ou réduire le paiement prévu.

L’« aide immédiate de 500 $ » s’ajoute notamment à la prestation exceptionnelle pour le coût de la vie de 200 $ ou 275 $ qui a été versée à 3,3 millions de personnes à faible ou à moyen revenu l’automne dernier.



Électoralisme

 

Lors d’une conférence de presse, M. Girard s’est défendu d’avoir versé dans l’électoralisme en déposant un budget qui comporte 22 milliards de dollars de nouvelles dépenses d’ici 2027-2028. « Il y a eu des budgets électoralistes au Québec et au fédéral, a-t-il dit. On pense que c’est contre-productif. »

Le ministre a toutefois admis que ses nouvelles dépenses dépassaient les 3 milliards attendus en moyenne chaque année dans les plans budgétaires gouvernementaux. « On est à des taux d’inflation qui ne sont pas habituels et il y a des dépenses supplémentaires, qui sont liées à la pandémie, qui sont responsables et nécessaires », a-t-il expliqué.

M. Girard a affirmé que la compensation de 500 $ visait à combler la différence entre l’inflation et l’indexation des paramètres du régime fiscal appliquée à une consommation de 25 000 $.

Le ministre a reconnu que la décision de plafonner à 100 000 $ de revenus l’admissibilité au montant maximal était arbitraire. « On compense pour le panier de consommation de base, soit le logement, l’alimentation, les vêtements, le transport, a-t-il dit. Et en ce sens, tous les Québécois sont touchés par la hausse de l’inflation, et on a tiré une ligne. »

Le député libéral Carlos Leitão a accusé le gouvernement d’avoir présenté un budget « électoraliste et sans vision ». « Sa priorité, ce n’est pas le bien-être des Québécois, mais de se faire réélire, a déclaré le porte-parole libéral en matière de finances. François Legault ne regarde pas plus loin que le 3 octobre. On pourrait même renommer ce budget “Horizon élections”. »

La compensation pour l’inflation n’est qu’un retour sur les impôts perçus en plus grâce au rebond de l’économie, estime l’ancien ministre des Finances, qui déplore qu’elle soit accordée aussi largement. « On aurait dû être beaucoup plus ciblé, a dit M. Leitão. Il y a des groupes beaucoup plus vulnérables qui sont plus affectés par la hausse du coût de la vie. Les 500 $ à tout le monde, ce n’est pas particulièrement brillant. »

Inflation plus forte que prévu

 

Le coût de la vie croîtra de 4,7 % en 2022 — et non de 2,9 % comme le gouvernement le prévoyait en novembre dernier. L’inflation a été exacerbée par la forte reprise économique mondiale postpandémique et par linvasion russe de l’Ukraine, a précisé M. Girard mardi.

Le budget prévoit des revenus de 138,5 milliards en 2022-2023, en hausse de 2,2 %. Les dépenses s’élèveront à 136,6 milliards l’an prochain, ce qui représente une croissance de 4,8 %.

En tenant compte d’un versement au Fonds des générations, des mesures financières liées à la COVID-19 et d’une provision pour risques, le solde budgétaire présente un déficit de 6,5 milliards de dollars pour 2022-2023. Le retour à l’équilibre budgétaire demeure fixé à 2027-2028.


 

Électricité et impôts

Plus récemment, le premier ministre François Legault a annoncé qu’il limiterait à 3 % l’effet de l’inflation sur la hausse des tarifs d’Hydro-Québec en 2023. Les tarifs sont alignés depuis peu sur les variations du coût de la vie.

Le budget ne donne aucune précision à ce sujet, mais M. Girard a affirmé mardi avoir l’intention de concrétiser l’engagement de M. Legault autrement qu’avec un crédit ponctuel comme celui versé cette année pour compenser l’inflation. « On a besoin d’avoir le mécanisme approprié pour éviter ces circonstances exceptionnelles », a-t-il dit.


M. Girard a affirmé que le gouvernement avait toujours l’objectif « à long terme » de réduire les impôts, lorsque des surplus budgétaires apparaîtront. « Avant de réduire le fardeau fiscal, il faudra être en mesure de voir des surplus », a-t-il toutefois spécifié.

Le ministre a pris la peine de souligner que sans compter les versements prévus au Fonds des générations, l’équilibre budgétaire sera atteint « au sens comptable » en 2023-2024.

M. Legault a signalé récemment qu’il attendrait la prochaine campagne électorale pour préciser ses intentions au sujet des baisses d’impôt.

Santé et économie

 

Le budget Girard de mardi donne un aperçu des investissements qui seront nécessaires pour le rétablissement du réseau de soins de santé, soit 5,2 milliards sur cinq ans.

Québec allonge 4,2 milliards pour favoriser la reprise d’une économie fortement bouleversée au cours des deux dernières années.


Pour combattre la pénurie de main-d’œuvre plus particulièrement, le gouvernement mise essentiellement sur une augmentation de la productivité des entreprises : plus de la moitié des sommes allouées à la reprise (2,2 milliards) seront au cours des cinq prochaines années versées à la recherche et développement, au virage numérique et aux nouvelles technologies. Une partie des sommes destinées à la relance (1,5 milliard) servira au développement régional, dont 627 millions pour stimuler le secteur agroalimentaire.

Par ailleurs, M. Girard s’est engagé à fixer l’année prochaine un « nouvel objectif de réduction de la dette couvrant les 10 ou 15 prochaines années » si les électeurs — et M. Legault — renouvellent leur confiance en lui d’ici là.

Avec Ulysse Bergeron, Clémence Pavic et Marie-Michèle Sioui

 

Une version précédente du graphique « Dépenses par portefeuille dans le budget 2022-2023 du Québec », qui indiquait un total de dépenses de 134,9 milliards de dollars, a été corrigée.

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