Cinq milliards pour «rétablir» le réseau de la santé

Le budget prévoit une hausse des dépenses en santé de 6,3% pour 2022-2023, avant un ralentissement à 4,5% l’an prochain.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Le budget prévoit une hausse des dépenses en santé de 6,3% pour 2022-2023, avant un ralentissement à 4,5% l’an prochain.

Québec donne un nouveau coup d’accélérateur aux dépenses en santé et consacre 5,2 milliards de dollars sur cinq ans à son plan pour « rétablir » le réseau, dont 1 milliard pour de nouvelles mesures qui seront annoncées « sous peu » par le ministre de la Santé.

Au total, 8,9 milliards de dollars sont prévus en santé sur cinq ans. En 2022-2023, 1,3 milliard est alloué afin de « rétablir le système de santé et de services sociaux » et de « rehausser les soins et les services à la population », notamment en première ligne.

L’exercice budgétaire présenté mardi annonce également une hausse des dépenses en santé de 6,3 % pour 2022-2023, avant un ralentissement à 4,5 % l’an prochain. La progression des dépenses pour l’année s’explique surtout par l’entrée en vigueur de nouvelles conventions collectives, qui pérennisent notamment des primes.

En tenant compte des sommes déboursées l’an dernier en raison de l’urgence sanitaire, la croissance des dépenses chute de 4,1 % cette année. En 2021-2022, les diverses mesures liées à la lutte contre la COVID-19 ont amputé le budget de la santé de 7,2 millions de dollars. Pour 2022-2023, Québec se réserve 1,6 milliard pour des « mesures de soutien et de relance COVID-19 ».

Le budget Girard affecte 904,7 millions cette année au « rétablissement » du réseau, dont 196 millions (1 milliard sur cinq ans) pour instaurer une « gestion décentralisée » et orienter le système « vers les besoins du patient ». En tout, 604 millions doivent servir à « changer la culture de l’organisation du travail ». Une série d’exemples, comme des projets d’autogestion des horaires, l’aménagement d’horaires atypiques et l’augmentation des heures de travail dans une semaine, sont énumérés dans le budget.

Le gouvernement souhaite aussi éliminer le « recours abusif au temps supplémentaire », sans toutefois éradiquer cette pratique. « L’idée, maintenant, c’est de dire que ça doit devenir un usage quasi inexistant, qui se résume à des cas de situations exceptionnelles que tout le monde est capable de comprendre — et non pas [être] un moyen de compenser le manque de personnel », a indiqué la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel.

Les projets de ratios, attendus année après année par les membres du réseau de la santé, ne sont pas inscrits dans les plans du gouvernement. « Il faut toujours bien s’assurer d’avoir le personnel en nombre suffisant, donc on va travailler sur cette composante-là en premier », a expliqué la ministre LeBel.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux et la Centrale des syndicats du Québec ont pour leur part respectivement dénoncé le manque de mesures pour « régler l’enjeu du manque de personnel » et pour s’attaquer à la pénurie de main-d’œuvre. La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec a aussi rappelé qu’elle souhaitait que Québec investisse « dans des équipes de travail stables et dédiées par l’implantation de ratios sécuritaires ».

Projet du Bas-Saint-Laurent élargi

Le gouvernement prévoit aussi 394,2 millions en 2022-2023 pour « rehausser les soins et les services à la population ». Des 83,9 millions destinés à l’accessibilité et à la qualité des services, 27,3 millions sont consacrés cette année à l’accès à la première ligne. Comme on s’y attendait, Québec revoit sa promesse de permettre à tous les Québécois d’être suivis par un médecin de famille pour plutôt s’engager à ce qu’ils puissent « avoir accès à un professionnel de la santé dans un délai de 36 heures ».

Il s’engage aussi à déployer, « graduellement » et « dans l’ensemble du Québec », le projet de guichet d’accès implanté au Bas-Saint-Laurent. Le service de triage, souvent cité en exemple par le ministre de la Santé, Christian Dubé, sert à diriger les patients orphelins vers différents professionnels de la santé qui, le plus souvent, ne sont pas des médecins.

Le gouvernement poursuit par ailleurs « son virage en faveur du soutien à domicile ». Il bonifie son crédit d’impôt remboursable pour maintien à domicile des aînés afin qu’il passe à 40 % en 2026. Québec prévoit aussi 128,5 millions sur cinq ans afin d’« harmoniser les CHSLD publics et privés ». Il prévoit de conventionner une vingtaine de CHSLD privés ou de les intégrer au réseau public.

Le budget alloue aussi 1,5 milliard en cinq ans pour les maisons des aînés. De 75 millions en 2022-2023, les coûts d’exploitation passeront à 501 millions en 2026-2027. Québec prévoit ouvrir 2640 places dans 33 maisons des aînés d’ici septembre 2022, et 3480 places au total dans 46 maisons d’ici 2023.



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