Porter le masque deviendra «un choix personnel», confirme le Dr Boileau

Même s’il ne sera plus obligatoire dans la plupart des lieux publics d’ici à la mi-avril, le masque demeurera de mise dans certains « contextes », prévient le Dr Luc Boileau.

Le directeur national de santé publique par intérim promet d’épauler les Québécois dans leur choix de garder ou de laisser tomber le masque après la levée de l’obligation, qui sera en vigueur quelque part dans les six prochaines semaines. « On va s’assurer de mettre ça assez clair lorsqu’ils seront appelés à faire leur choix individuel », a-t-il précisé en conférence de presse jeudi, après avoir confirmé que « le port du masque va [prochainement] pouvoir devenir un choix personnel ».

Luc Boileau a fait état jeudi de circonstances qui « vont exiger » le maintien du couvre-visage — qui est toujours, selon lui, un « instrument très efficace » pour freiner la transmission de la COVID-19. Premier cas de figure : « on a des symptômes particuliers qui s’apparentent à des maladies infectieuses, et en particulier, le coronavirus ». Deuxième cas de figure : « on est en présence de personnes qui ont une fragilité plus grande par leur immunosuppression ».

D’ailleurs, le port du couvre-visage demeurera obligatoire dans les milieux de soins ainsi que dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), a-t-il indiqué jeudi.

Personnellement, Luc Boileau continuera de porter le couvre-visage s’il se sent « plus protégé » par cette barrière.

Et que suggérera l’ancien patron de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) à ses proches ? « Comme bon père de famille, j’essaierais d’évaluer le risque [qu’ils courent]. Les enfants qui ont déjà fait la COVID-19, je vais leur dire que ce n’est pas vraiment utile ; pour ceux qui ont une petite maladie comme l’asthme, ça peut être utile particulièrement dans le transport en commun », a-t-il affirmé.

Le port du masque ne sera plus requis pour les élèves du primaire et du secondaire assis en classe à compter de lundi. Il ne sera plus exigé non plus pour les petits et les grands fréquentant un lieu public d’ici la mi-avril. Il demeurera toutefois de mise dans le transport collectif au moins jusqu’en mai. « On ne peut pas toujours choisir là où on est, là où on s’assoit, et si les gens à côté de nous [sont] contagieux. C’est pour ça qu’il est important de garder le port du masque dans les transports publics plus longtemps », a justifié Luc Boileau.

« Pas sortis du bois »

Roxane Borgès Da Silva s’explique mal pourquoi la Direction nationale de santé publique annonce le retrait prochain du masque — « une mesure qui est passée dans les mœurs, qui est devenue une norme sociale » à ses yeux — dans la plupart des lieux publics alors qu’« on n’est toujours pas sortis du bois ».

Le Québec a connu entre 91 818 et 173 133 nouveaux cas de COVID-19 durant la semaine se terminant le 1er mars dernier, soit de 13 117 à 24 733 cas par jour, selon les dernières estimations du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). « Quelle est l’obligation d’enlever si rapidement [le masque] ? Pourquoi ne pas attendre de prendre plus de recul ? Le 15 avril, c’est dans six semaines », souligne la professeure agrégée à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM) dans un entretien téléphonique avec Le Devoir. « Déjà, on risque de décevoir si on ne l’enlève pas finalement le 15 avril, mais en plus, si on a à remettre [l’obligation] l’automne prochain, ça peut avoir un énorme effet sur la santé mentale, la santé psychologique. Ça crée beaucoup de tension et de stress pour les individus, ces effets yo-yo là », poursuit-elle.

Le Québec est toujours le théâtre d’« une forte transmission » de la COVID-19, indique aussi le Dr Gaston De Serres. Du coup, les Québécois devraient-ils continuer de porter le masque dans les lieux publics après la levée de l’obligation ? « La réponse n’est pas la même pour tout le monde », répond le médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). « En enlevant le masque dans différents endroits, en augmentant les contacts, c’est sûr qu’on va permettre au virus de circuler. Parmi les gens qui sont plus jeunes, en bonne santé, qui sont vaccinés, et tout ça, s’ils rencontrent le virus, la probabilité, c’est qu’ils ne vont pas faire une maladie grave. Pour les personnes plus âgées, c’est plus compliqué. La question va se poser de façon différente pour les gens qui sont très âgés et qui ont des problèmes de santé très sérieux », affirme-t-il.

Les jeunes ne sont pas à l’abri de la COVID longue, fait remarquer Roxane Borgès Da Silva. « C’est une loterie. On ne sait pas qui va l’attraper ou pas », dit-elle.

Luc Boileau a demandé jeudi une « bonne quinzaine de jours » avant de déterminer la date exacte de la levée de l’obligation du port du masque dans les lieux publics. « On a espoir de pouvoir recommander au gouvernement de ramener la date [de l’abandon de l’obligation du port de couvre-visage] plus tôt qu’à la mi-avril : peut-être au début avril ou à la fin du mois de mars… ou bientôt », a-t-il déclaré à la presse. Il s’engage à donner un préavis de 10 jours au gouvernement.

Mais, avant de trancher, le directeur national de santé publique intérimaire veut « bien mesurer l’impact » de la semaine de relâche sur la situation épidémiologique au Québec. « [Ces congés] sont des occasions propices d’augmenter les contacts, donc de générer des risques supplémentaires [d’hospitalisations] », a-t-il rappelé, près de deux ans après l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire au Québec.

La Direction nationale de santé publique n’a toutefois pas attendu de connaître les retombées de la semaine de relâche sur la situation épidémiologique pour donner son feu vert au devancement de deux jours, du 14 au 12 mars, de l’abandon du passeport vaccinal et de la limite de capacité dans les lieux publics, y compris dans les restaurants, les bars, les tavernes et les casinos, qui pourront par ailleurs de nouveau ouvrir selon leurs heures normales d’activité.

« C’est un retour progressif à la vie normale que tous attendent avec impatience », a noté M. Boileau, plaidant pour un « déconfinement […] prudent ». « Il ne faut pas courir après les risques de contagion », a soutenu le médecin. « Plan for the worst, hope for the best », a-t-il lancé en anglais.

Lundi 7 mars – Fin de l’obligation de porter le masque en classe ou au service de garde pour les élèves lorsqu’ils sont assis.

 

Samedi 12 mars – Ouverture à 100 % de tous les lieux publics, sans limite de capacité d’accueil. Retour aux heures normales d’activité pour les restaurants, les bars, les tavernes et les casinos. Danse et karaoké de nouveau permis. Aucune restriction quant au nombre de participants lors des rassemblements et des événements publics. Retrait du registre des visiteurs tenu dans les résidences privées pour aînés. Abandon total du passeport vaccinal.

 

Au plus tard à la mi-avril – Fin de l’obligation de porter un masque dans les lieux publics, sauf dans les transports en commun.

 

Au plus tôt au mois de mai – Abandon total de l’obligation du port du masque.



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