Lionel Carmant bonifiera la réforme de la DPJ

« Il faut bonifier certains articles, et je vais travailler avec les oppositions pour [le faire] », a souligné Lionel Carmant dans les couloirs de l’Assemblée nationale, jeudi.
Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne « Il faut bonifier certains articles, et je vais travailler avec les oppositions pour [le faire] », a souligné Lionel Carmant dans les couloirs de l’Assemblée nationale, jeudi.

Québec ajustera certains aspects de sa réforme de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), dont son principe même, après les critiques émises la semaine dernière par plusieurs acteurs du milieu.

Le préambule sera notamment modifié pour dire que l’intérêt de l’enfant est « la » priorité dans l’application de la Loi, pas « une considération ». C’est ce qu’avait formellement demandé l’ex-présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, la semaine dernière.

« Je l’ai entendu clairement. Il faut bonifier certains articles, et je vais travailler avec les oppositions pour [le faire] », a souligné le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant dans les couloirs de l’Assemblée nationale, jeudi.

En présentant son projet de loi en décembre, M. Carmant avait indiqué vouloir mettre les droits des enfants au cœur de la Loi sur la protection de la jeunesse. En en faisant « une considération primordiale dans l’application » de la loi, il souhaite modifier la grille d’analyse des travailleurs de la DPJ et des juges qui se pencheront sur un dossier.

Or, l’utilisation du mot « une » — plutôt que « la » — pose problème, ont laissé entendre plusieurs intervenants entendus en commission parlementaire. « Quand on lit ça, ça veut dire que c’est une considération parmi d’autres. Ce n’est pas du tout l’esprit dans lequel nous avons travaillé », a lancé Mme Laurent début février.

L’étude détaillée du projet de loi nº 15 réformant la DPJ reprendra mardi prochain. Selon M. Carmant la « volonté politique est là [de l’]adopter » au plus vite. L’élu caquiste soutient d’ailleurs qu’il s’agit là d’un premier pas vers une réforme à plus long terme du réseau.

« Incrédule »

C’est donc avec « incrédulité » qu’il a accueilli jeudi matin les propos de l’ex-vice-président de la commission Laurent, André Lebon, selon qui le rapport final des commissaires est à risque d’être tabletté. En lançant la commission spéciale en 2019, le premier ministre François Legault avait assuré que ce ne serait pas le cas.

Or, dans une entrevue accordée à La Presse et publiée jeudi matin, M. Lebon critique vivement le suivi des recommandations du rapport Laurent : les listes d’attente s’allongent, constate-t-il, et le personnel fuit le réseau. L’ex-porte-parole de la commission se dit « désespéré ».

« J’ai été très surpris [des propos] de M. Lebon. En décembre, quand on a déposé le projet de loi, il m’a envoyé un e-mail me félicitant de ce qu’on faisait. Deux mois plus tard, il fait cette déclaration », s’est découragé le ministre Carmant, jeudi.

« La phase la plus urgente » de la réforme — le projet de loi — est déjà enclenchée, a-t-il fait remarquer. Et la pénurie de personnel ne cesse de se résorber, selon lui.

« Il y a des centaines d’intervenants de plus sur le terrain, a dit M. Carmant. Le problème, c’est qu’il faut garder les plus expérimentés. Là, on va être capable de le faire parce qu’à la suite de la dernière convention collective, les travailleuses sociales en protection de la jeunesse vont avoir un salaire [supérieur comparativement aux] CLSC ou ailleurs. »

L’enjeu des listes d’attente

Selon les données fournies par André Lebon à La Presse, près de 4100 enfants étaient en attente d’une analyse de la DPJ en janvier. Après vérification, ce chiffre atteignait même 4800 à la fin de 2021. Dans son rapport final, Régine Laurent pressait pourtant Québec de réduire au possible ces listes d’attente.

Selon la porte-parole libérale en matière de protection de la jeunesse, Kathleen Weil, « l’échec du gouvernement est retentissant ». « On le savait pour les listes. On le savait pour le manque de personnel », a ajouté le député de Québec solidaire Sol Zanetti au parlement, jeudi matin.

« Ça prend combien de temps au gouvernement caquiste pour entendre le gros bon sens, faire des affaires comme du monde, puis obtenir des résultats ? », s’est-il interrogé.

En date du 6 février, la liste d’attente nationale avait diminué de 26 % pour atteindre un peu moins 3578 dossiers, a indiqué au Devoir la directrice des communications du cabinet de M. Carmant, Marie Barrette. « Les choses s’améliorent en amont, les intervenantes sont sur le terrain, a assuré le ministre, jeudi. Donc, les choses vont continuer de s’améliorer. »

Le député péquiste Martin Ouellet invite André Lebon à avoir « confiance aux politiciens qui sont là ». Selon lui, l’adoption d’un projet de loi 15 bonifié permettra de « véritablement faire un virage pour les jeunes » à la DPJ.

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