Une promotion «douteuse» pour un député caquiste, dénoncent les libéraux

Le parcours de Louis-Charles Thouin «est teinté d’apparences de conflits d’intérêts», affirme Gaétan Barrette.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le parcours de Louis-Charles Thouin «est teinté d’apparences de conflits d’intérêts», affirme Gaétan Barrette.

La Coalition avenir Québec (CAQ) devrait renoncer à une promotion accordée à son député Louis-Charles Thouin, estime l’opposition libérale, qui souligne sa carrière politique émaillée de décisions controversées.

Le député libéral Gaétan Barrette, porte-parole en matière d’éthique, croit que M. Thouin n’a pas la feuille de route pour exercer adéquatement son mandat à la Commission de l’administration publique (CAP), où il a été nommé le 28 janvier.

« Il serait judicieux pour la CAQ de revenir sur cette nomination, a-t-il dit en entrevue au Devoir. […] Compte tenu du comportement franchement limite [du député Thouin], je pense que cette nomination est éminemment critiquable, et je dirais même douteuse et inappropriée. »

M. Barrette a notamment souligné le fait que M. Thouin était intervenu auprès des ministres Pierre Fitzgibbon et Caroline Proulx, en 2019, afin qu’ils octroient 17 000 dollars de subvention discrétionnaire à l’entreprise d’un ami, tel que rapporté par Le Journal de Montréal l’année dernière.

« Pour moi, c’est très clair qu’il y a apparence de conflit d’intérêts, a-t-il dit à ce sujet. L’apparence de conflit d’intérêts est aggravée par le modus operandi. […] On s’approche du clientélisme. »

Selon M. Barrette, cela s’ajoute à d’autres décisions passées de M. Thouin, notamment quand il était maire d’une municipalité de Lanaudière, où, dans le cadre de ses fonctions, il était intervenu en faveur d’un changement de zonage demandé par ce même entrepreneur, qui est devenu son ami.

« Tout son parcours est teinté d’apparences de conflits d’intérêts », a dit le député libéral, en ajoutant que M. Thouin « a fait une carrière à se rapprocher de la limite à ne pas franchir plutôt que de s’en tenir le plus loin possible ».

Attitude et d’état d’esprit

La CAP est la seule commission parlementaire de l’Assemblée nationale où les députés travaillent de façon non partisane dans un objectif de reddition de comptes des ministères et des organismes gouvernementaux. La CAP effectue notamment le suivi des rapports du vérificateur général, avec qui ses membres travaillent en étroite collaboration.

M. Barrette estime que le gouvernement caquiste doit comprendre que M. Thouin, titulaire d’une maîtrise en administration publique, n’est pas le meilleur candidat pour la CAP.

« Je suis sûr qu’il a ce qu’il faut. Mais a-t-il l’attitude, le bon état d’esprit pour être sur cette commission ? Moi, je trouve que non. »

Fin janvier, M. Thouin a également été promu membre de la Commission des institutions.

M. Thouin a réintégré le caucus de la CAQ en septembre, six mois après s’en être retiré en raison d’une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur des allégations de favoritisme à l’égard de la SPCA Laurentides-Lanaudière, alors qu’il était maire de Saint-Calixte. L’UPAC a conclu que M. Thouin « n’avait enfreint aucune loi concernant la fraude, l’abus de confiance ou la corruption ».

En avril, la commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale, Ariane Mignolet, a noté que M. Thouin avait manqué de prudence en s’impliquant dans un dossier qu’il avait traité à titre d’élu municipal. Mme Mignolet n’avait toutefois relevé aucun manquement au code d’éthique.

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