Le modèle bas-laurentien d’accès aux médecins inspire Dubé

Les médecins omnipraticiens attendaient de pied ferme le ministre Dubé mardi en raison du projet de loi qui vise notamment à donner à l’État un meilleur accès à leurs données.
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Les médecins omnipraticiens attendaient de pied ferme le ministre Dubé mardi en raison du projet de loi qui vise notamment à donner à l’État un meilleur accès à leurs données.

Le gouvernement du Québec dit avoir trouvé comment améliorer l’accès aux médecins de famille : un « guichet d’accès de première ligne » (GAP), qui a fait ses preuves au Bas-Saint-Laurent. Or, cette solution, qui sera présentée dans le cadre de l’étude du projet de loi 11, pourrait être implantée indépendamment de ce que décideront les parlementaires.

« Il y a des gens dans la région de Rimouski et de Rivière-du-Loup qui ont trouvé des solutions pour faire du triage », a déclaré, enthousiaste, le ministre de la Santé, Christian Dubé, à son arrivée à la commission parlementaire sur le projet de loi 11 mardi matin.

À l’intérieur de la salle, les médecins omnipraticiens l’attendaient avec une brique et un fanal en raison du projet de loi qui vise notamment à donner à l’État un meilleur accès à leurs données.

Mais le ministre et les omnipraticiens s’entendent sur une chose : les bienfaits du projet pilote développé au Bas-Saint-Laurent, le GAP.

Lancé en novembre 2020, ce guichet consiste en une ligne téléphonique de rendez-vous consacrée aux patients dits « orphelins ». La formule est simple : au téléphone, une infirmière trie les appels et n’adresse aux médecins de famille que les personnes qui en ont vraiment besoin. Les autres sont dirigés vers d’autres professionnels (infirmières, psychologues, pharmaciens, physiothérapeutes ou travailleurs sociaux). Au cours de la dernière année, seulement 43 % des 10 000 appels reçus ont été acheminés vers des médecins.

Dans le Bas-Saint-Laurent, où 15 000 personnes n’ont pas de médecin de famille, l’idée de cette ligne a germé dans la tête de médecins de la région. Emballé, le ministre Dubé veut reproduire la recette partout.

Le projet fera d’ailleurs l’objet d’une présentation jeudi avec le passage du CISSS du Bas-Saint-Laurent à la commission parlementaire sur le projet de loi 11.

Possible sans projet de loi

 

Pourtant, l’élargissement du GAP à tout le Québec peut se faire dès maintenant sans projet de loi 11. Le ministre lui-même l’a reconnu durant les échanges. « Ce qui a été fait à Rimouski, on n’a pas besoin de projet de loi pour faire ça. On a juste à l’implanter ailleurs », a déclaré Christian Dubé, mardi.

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on se dit tout à fait favorable à ce plan. « C’est une pièce importante du puzzle dans le contexte de pénurie. […] On ne peut plus assumer tous les besoins de la première ligne », fait valoir son président, Marc-André Amyot. « Est réservé aux médecins de famille que ce qui nécessite l’expertise du médecin de famille : c’est ça, notre solution. »

Près d’un million de Québécois sont actuellement en attente d’un médecin de famille au guichet d’accès, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux. Or, la FMOQ plaide que ses quelque 10 000 membres ne sont pas en mesure de prendre en charge plus de patients, parce qu’il manque 1000 médecins dans le réseau.

Mardi, le regroupement a insisté sur le fait que le défi n’avait jamais été aussi grand alors que le réseau peine à attirer de la relève. En 2021, 76 postes de médecins de famille n’ont pas été pourvus au Québec, contre 38 en 2020 et 24 en 2019.

Le ministre s’est dit disposé à augmenter le nombre de médecins, mais a soutenu qu’il avait besoin de données les concernant pour justifier cet investissement auprès des contribuables.

Le nœud des données

 

Ce qui nous ramène au cœur du projet de loi et principal motif d’affrontement entre le gouvernement et les associations médicales : l’accès aux données sur les médecins. Le projet de loi demeure relativement flou sur la nature des données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) dont le ministre souhaite disposer. Le libellé parle de « renseignements nécessaires à l’exercice de ces fonctions » pour planifier notamment les effectifs médicaux, soit le nombre de postes de médecins de famille créés chaque année par région.

En commission parlementaire, mardi, les médecins résidents ont soutenu que l’accès aux données risquait, au contraire, de rebuter la relève. Les médecins résidents craignent qu’on leur « impose des pratiques », voire qu’on les déplace d’une région à l’autre, a expliqué Jessica Ruel-Laliberté, présidente de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ).

Rappelons que le ministre de la Santé a déjà accès aux données sur les médecins de famille de la RAMQ. Mais avec le projet de loi 11, il veut faire en sorte que ces renseignements soient aussi communiqués aux patrons de ceux et celles qui gèrent les services localement, dans les départements régionaux de médecine générale (DRMG).

Par ailleurs, le gouvernement souhaite aussi avoir accès à ces données en vue des négociations avec les médecins de famille sur leur rémunération. « Pour être capable de bien négocier, il faut les données, et malheureusement, avec les [omnipraticiens], on n’a pas de données de façon régionale. »

Mardi, les groupes invités ont tous émis des inquiétudes quant à la nature et à l’usage qui pourrait être fait de ces renseignements. Le Collège des médecins, par exemple, craint qu’on identifie et punisse les médecins qui ont moins de patients inscrits, sans tenir compte du travail qu’ils peuvent faire ailleurs (à l’hôpital, par exemple). Christian Dubé s’est dit ouvert à des « améliorations » de l’article du projet de loi qui porte sur les données. « On raffinera au besoin. »

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