L’opposition dénonce une rentrée scolaire en personne pénible

Si le lecteur de CO2 affiche plus que 1500 ppm, les centres de services scolaires demandent aux enseignants d’assurer la circulation de l’air en ouvrant les fenêtres et les portes.
Jacques Nadeau Le Devoir Si le lecteur de CO2 affiche plus que 1500 ppm, les centres de services scolaires demandent aux enseignants d’assurer la circulation de l’air en ouvrant les fenêtres et les portes.

La première semaine du retour en classe en personne s’est faite dans le désordre, se désolent les groupes d’opposition à l’Assemblée nationale, qui reprochent au ministre de l’Éducation de se défiler au pire moment.

« Les professeurs se doutaient que l’air était mauvais. Ils en ont la confirmation », affirme la députée Christine Labrie. Comme Le Devoir cette semaine, l’élue de Québec solidaire a récolté ces derniers jours son lot de témoignages de professeurs inquiets de la qualité de l’air dans leur classe.

Depuis mardi, jour de la rentrée en personne, la boîte de réception de la députée de Sherbrooke est inondée de clichés montrant les lecteurs de CO2 installés dans les écoles cet hiver. Plusieurs d’entre eux affichent des taux inadéquats. « Puis la seule réponse qu’on donne aux profs, c’est d’ouvrir les fenêtres », déplore-t-elle en entrevue vendredi.

Le ministère de l’Éducation estime que le taux de CO2 dans l’air d’un local répond à la norme tant qu’il reste sous le seuil des 1500 parties par millions (ppm). Au-delà de ce niveau, les centres de services scolaires demandent aux enseignants d’assurer la circulation de l’air en ouvrant les fenêtres et les portes.

« On me dit que ça prend des tuques, des gants. Il faut qu’on garde les manteaux. J’en ai qui disent que la température a baissé à 14 °C dans la classe », a lancé Mme Labrie au téléphone.

Encore en sécurité ?

Dans un communiqué de presse publié vendredi, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a convenu que l’application des mesures en classe ne devait pas se faire « au détriment du confort des élèves, particulièrement par temps très froid ».

Même avec des taux de CO2 plus élevés que recommandé, « la sécurité des occupants n’est […] pas compromise » tant et aussi longtemps que les lectures ne dépassent pas les 5000 ppm sur huit heures, a assuré le ministère. « La ventilation est une mesure additionnelle aux mesures déjà en place, telles que le port du masque, la distanciation et les mesures d’isolement en cas de COVID-19 », peut-on lire.

Or, aux yeux de la porte-parole péquiste en matière d’éducation, Véronique Hivon, les mesures en vigueur dans les classes ne suffisent plus. D’autant plus que Québec a déjà joué dans ce film l’an dernier.

« C’était évitable. Mettre des lecteurs de CO2, ça ne corrige pas le problème. Et ce n’était pas avec 400 échangeurs d’air pour des dizaines de milliers de classes qu’on allait y arriver », a-t-elle indiqué.

Cette semaine, le ministère assurait dans un échange avec Le Devoir qu’il procéderait à des travaux dans les classes qui présentent des problèmes de ventilation à long terme. « L’été, lorsque les élèves ne sont pas là, oui, c’est le temps de faire des travaux », a lancé l’élue libérale Marwah Rizqy vendredi.

« Mais ça prend une solution à court terme. Quand la maison brûle, on ne se demande pas quel boyau d’arrosage utiliser pour éteindre le feu », a-t-elle ajouté, en référence aux hésitations du gouvernement à envoyer des purificateurs d’air à filtre HEPA dans les écoles.

« Il devrait être omniprésent »

Christine Labrie accuse le ministre Roberge de faire preuve « d’un manque de respect très grave » envers les professeurs et les élèves en ouvrant de nouveau les classes dans ces conditions. Comme ses collègues de l’opposition, elle insiste pour que le gouvernement fournisse des masques N95 aux enseignants.

À la fin d’une semaine mouvementée dans le réseau scolaire, Mme Hivon exige du ministre qu’il fasse une apparition publique au plus vite. « C’est inexplicable qu’il ne soit pas au front. Il devrait être omniprésent », soutient-elle.

L’élu de la Coalition avenir Québec n’a pas tenu de point de presse officiel depuis le 12 janvier. Il participait cette semaine en commission parlementaire à l’étude de son projet de loi sur le Protecteur de l’élève, mais n’en a pas profité pour parler de la rentrée hivernale.
 


Une version précédente de ce texte indiquait que le ministre Jean-François Roberge n'avait pas tenu de point de presse officiel depuis le 5 janvier. Il s'agissait plutôt du 12 janvier.

 

À voir en vidéo