Les recommandations en santé «déjà à l’oeuvre», selon Québec

Le ministre Christian Dubé dit avoir entrepris une série d’actions allant dans le même sens que les recommandations de la Commissaire à la santé et au bien-être.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le ministre Christian Dubé dit avoir entrepris une série d’actions allant dans le même sens que les recommandations de la Commissaire à la santé et au bien-être.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, s’est engagé mercredi à « adopter une meilleure vision pour l’avenir » en santé, disant au passage être « déjà à l’œuvre » pour mettre en application les recommandations de la commissaire à la santé et au bien-être.

Au rapport qui relève notamment une « perception d’un manque d’indépendance du directeur national de santé publique », le ministre répond qu’il compte « développer une culture de transparence en matière de politiques et de décisions relatives à la santé des populations ».

Son communiqué ne précise pas si le gouvernement a l’intention de permettre au directeur national de santé publique de communiquer directement ses avis et ses recommandations à la population, comme le suggère la commissaire.

M. Dubé dit par ailleurs avoir entrepris une série d’actions allant dans le même sens que les recommandations de la commissaire : « un plan de prévention et contrôle des infections a été instauré, du personnel et des gestionnaires ont été ajoutés dans les CHSLD, la circulation du personnel a été limitée, et un meilleur approvisionnement en équipement de protection individuelle a été mis en œuvre », a énuméré son cabinet.

« […] Des mesures ont été prises sur le terrain dès 2020, dont on a vu immédiatement les résultats au cours de la deuxième vague. […] Ce rapport nous invite à adopter une nouvelle vision pour l’avenir, ce que nous nous engageons à faire, de concert avec nos partenaires », lit-on aussi dans le communiqué. Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a quant à lui qualifié d’« intéressantes » les solutions proposées par la commissaire.

Les oppositions réclament encore une enquête publique

Malgré les réticences de la commissaire à la santé et au bien-être, les partis d’opposition ont continué de réclamer mercredi une enquête publique sur la gestion de la pandémie.

« Ce rapport nous confirme [que le premier ministre François Legault] n’avait pas su préparer [les CHSLD] adéquatement face à la menace », a indiqué la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade. Elle a rappelé que son parti — comme les deux autres groupes d’opposition — réclame depuis des mois un accès aux recommandations de la Santé publique. « Il est de plus en plus clair qu’une enquête publique indépendante est nécessaire », a-t-elle poursuivi.

Vincent Marissal, de Québec solidaire, s’est dit désolé que le rapport ne permette pas de « faire la lumière sur ce qui a vraiment cloché dans la gestion de la pandémie ». Il a lui aussi renouvelé sa demande pour la tenue d’une commission d’enquête publique.

« La question demeure : aurions-nous pu sauver des vies si les CHSLD avaient été dotés de plans de gestion de crise et de vigies pour assurer la qualité des soins ? » a-t-il demandé. Il a souligné que l’enquête de la commissaire montrait que « les aînés ont été largement négligés par nos gouvernements successifs depuis 20 ans et [que] les solutions mises de l’avant pour renverser la vapeur ont été ignorées ». M. Marissal a ensuite plaidé pour un réinvestissement massif dans le réseau public, la création d’un « véritable plan de crise » et la « nationalisation complète des soins aux aînés ».

Au Parti québécois, Joël Arseneau a également répété qu’une enquête publique et indépendante sur la gestion de la pandémie était nécessaire, selon son parti. « Le rapport ne répond pas à cette question primordiale : comment expliquer, dans la gestion des opérations et de l’information, un si piètre bilan ? Les lacunes de leadership nommées dans le rapport pointent clairement vers une responsabilité ministérielle. Par ailleurs, nos demandes depuis deux ans pour plus d’indépendance de la Santé publique et la publication des avis trouvent un écho. On peut le faire dès maintenant ! »

Il a par ailleurs rappelé que la commissaire Castonguay se référait à la coroner pour la détermination des responsables de l’hécatombe dans les CHSLD, mais que celle-ci s’était dite incapable, mardi, d’établir une chronologie des faits vu les contradictions des acteurs qui se sont présentés devant elle.

Les privés non conventionnés plus à risque

L’Association des établissements de longue durée privés du Québec (AELDPQ) a quant à elle souligné que la commissaire avait inclus le statut privé non conventionné (PNC) parmi les facteurs de risque contribuant à un premier décès en CHSLD, surtout dans le Grand Montréal.

« La très grande majorité des CHSLD privés non conventionnés ont des ententes de services avec le gouvernement et répondent à la demande croissante en matière de soins de longue durée. Pourtant, le financement octroyé aux CHSLD PNC est bien en deçà du réseau public et privé conventionné », a fait savoir l’AELDPQ.

L’Association a rappelé que le principe du plus bas soumissionnaire était toujours préconisé dans le réseau. « Or, il est démontré que la quête du plus bas prix n’est pas gage de qualité et ne permet pas d’atteindre des ratios de personnel adéquats pour le mieux-être des résidents », a-t-elle fait valoir. « Nous avons bon espoir que le conventionnement nous offre les moyens nécessaires pour offrir des soins à la hauteur de nos ambitions, mais nous aimerions en connaître les modalités afin de rassurer nos employés, nos familles et nos résidents », a déclaré son président, Paul Arbec.



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