Éric Duhaime 2.0 prépare sa campagne

En entrevue, Éric Duhaime reconnaît qu’il a tapé sur la tête de certaines minorités lorsqu’il était animateur, mais dit ne plus souhaiter polariser comme il le faisait à la radio.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne En entrevue, Éric Duhaime reconnaît qu’il a tapé sur la tête de certaines minorités lorsqu’il était animateur, mais dit ne plus souhaiter polariser comme il le faisait à la radio.

La stratégie d’Éric Duhaime et du Parti conservateur du Québec (PCQ) en vue des élections d’octobre commence à prendre forme. L’ex-animateur de radio, qui présentait lundi la candidature d’Anne Casabonne, dévoile une partie de son plan de match dans une biographie le présentant comme un rassembleur idéaliste, loin du polémiste polarisant qui s’est révélé à la radio.

« Le côté idéologique d’Éric est plus modéré qu’il ne semble », écrit Frédérick Têtu dans sa biographie du personnage, où il le décrit non plus comme un homme de droite, mais de « centre droit » à distance de la « droite radicale ».

De centre droit, Éric Duhaime ? « On ratisse beaucoup plus large que la droite traditionnelle », répond le politicien en entrevue. « J’ai beaucoup de gens qui adhèrent au parti qui ont une sensibilité beaucoup plus à gauche. Vous allez voir, on va même avoir des candidats et candidates issus de la mouvance solidaire. »

Et du Parti québécois : la comédienne Anne Casabonne, qui a annoncé lundi sa candidature en vue de l’élection partielle dans Marie-Victorin, à Longueuil, a souligné qu’elle avait voté PQ « toute sa vie » avant de se rallier au PCQ.

La biographie est intitulée Envers et pour tous. Non pas « contre tous » mais « pour » — signe supplémentaire du leadership positif qu’on souhaite désormais prêter à M. Duhaime.

Plus tôt dans l’ouvrage, Frédérick Têtu dira de l’ancien animateur qu’il « critique toujours dans l’espoir de sauver le monde ».
 

Une candidature à Lévis ?

En entrevue, Éric Duhaime reconnaît qu’il a tapé sur la tête de certaines minorités lorsqu’il était animateur, mais dit ne plus souhaiter polariser comme il le faisait à la radio. « Qu’un animateur de radio fasse une tribune avec les deux côtés de la médaille et polarise sur une question, c’est une chose », dit-il, mais « un premier ministre a le devoir » de « maintenir une certaine cohésion sociale ».

 

Cela dit, sa présence sur les ondes a fortement contribué à son succès, concède-t-il. « C’est sûr que c’est un avantage », dit-il. Ce qui explique d’ailleurs qu’il est plus populaire dans la grande région de Québec qu’ailleurs. On ne s’étonnera pas, dans ce contexte, que ce soit là qu’il compte se présenter. Dans Chauveau ou Vanier, ou peut-être sur la Rive-Sud [dans la région] de Québec, où son parti est aussi très populaire. « Ce sont des bonnes circonscriptions pour nous. […] Je vais aller là où j’ai le plus de chances. »

Sur le plan du contenu, le PCQ fera campagne sur l’ouverture du privé en santé, annonce Frédéric Têtu vers la fin du livre. Or s’il juge que le système de santé fonctionne mal, comment peut-il ne pas soutenir les mesures sanitaires découlant d’une fragilité qu’il reconnaît lui-même ?

« Ça fait deux ans qu’on est en crise sanitaire. Qu’est-ce que le gouvernement a fait pour augmenter le nombre de lits ? Pour augmenter la capacité hospitalière ? »

Le gouvernement Legault, dit-il, aurait dû conclure des ententes avec des cliniques privées qui prodiguent des soins généraux (en plus des contrats déjà existants pour certaines interventions chirurgicales). « Est-ce qu’il a demandé à ces gens-là ce qu’ils pouvaient faire pour contribuer à bonifier l’offre ? Est-ce qu’il les a même rencontrés ? […] Tout ce qu’il fait, c’est des gestes pour brimer nos libertés. »

Le chef du Parti conservateur assure que l’ouverture au privé qu’il préconise ne créerait pas de médecine à deux vitesses et que les soins universels seraient maintenus, d’où l’attrait que son programme peut exercer sur des gens plus à gauche.

À la radio à cause d’Amir Khadir

On le sait : Éric Duhaime a le sens de la formule. M. Têtu, qui s’appuie notamment sur des entrevues avec les animateurs Dominic Maurais et Jérôme Landry, relate son succès indéniable dès son arrivée sur les ondes de Radio X. « Son style incisif et ses prises de position tranchées ne laissaient personne indifférent, et de nombreux auditeurs réagissaient par SMS et courriel à chacune de ses interventions. »

Versant parfois dans l’euphémisme et la complaisance, l’auteur évoque ses « dérapages », et écrit qu’il versait dans un « genre de radio hyper engagé ».

L’exercice rappelle qu’avant d’être animateur, Éric Duhaime est d’abord un stratège politique qui a travaillé pour un nombre hallucinant de politiciens, de Gilles Duceppe à Mario Dumont en passant par Stockwell Day et Marc Bellemare dans sa course à la mairie de Québec. Tout cela en dix ans.

Une séquence suffisamment essoufflante pour qu’on le questionne sur son habileté à rester longtemps à la tête du Parti conservateur. À cela, il répond qu’il « n’est pas le seul à avoir bougé ». « Il y a eu un clivage qui était fédéralistes/souverainistes. Je me suis défini sur cet axe-là comme tous les Québécois, puis tranquillement, on s’est plus définis sur un axe gauche/droite. »

L’ouvrage le souligne toutefois à maintes reprises : le but d’Éric Duhaime est d’abord de défendre son idéologie. « S’il se lance en politique, c’est pour contribuer à transformer le Québec dans le sens de ses idées. C’est ce qu’il a toujours cherché à faire. » C’est d’abord pour cela qu’il a commencé à faire de la radio en 2009-2010.

Il y a eu un clivage qui était fédéralistes/souverainistes. Je me suis défini sur cet axe-là comme tous les Québécois, puis tranquillement, on s’est plus définis sur un axe gauche/droite.

 

Et aussi pour contrer les idées de Québec solidaire, relate Duhaime, qui craignait que le Québec fasse un virage « à gauche toute ». « À l’époque, Amir Khadir était le politicien le plus populaire au Québec. »

Beau joueur, l’auteur de la biographie revient aussi sur des épisodes qui ont mis le politicien dans l’embarras. Comme la plainte, finalement rejetée, dont il a fait l’objet au Directeur général des élections du Québec parce qu’il faisait la promotion du programme de Stephen Harper en 2011 en donnant des exemplaires gratuits de son livre Libérez-nous des syndicats ! pendant la campagne.

Il en profite en outre pour écorcher certains de ses détracteurs les plus virulents, comme les chroniqueurs Karine Gagnon et Patrick Lagacé, qu’il décrit comme un « journaliste mondain » qui verse dans le mépris.

L’ouvrage cherche en outre à vider certaines questions et à démentir des « rumeurs » sur la source de ses revenus. « Le fait est qu’Éric n’a pas d’enfant, qu’il travaille depuis l’adolescence, qu’il est économe, qu’il a un train de vie modeste et qu’il est assez habile pour investir ses économies. » 

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