Le pic des hospitalisations en vue et des allégements à venir

La fin de semaine qui vient pourrait être « la fin de semaine la plus dure depuis le début de la pandémie dans le réseau de la santé », a annoncé jeudi après-midi le premier ministre François Legault. Une fois passé ce « pic des hospitalisations », plusieurs allègements des mesures sanitaires seront appliqués.

Le couvre-feu prendra fin lundi prochain. Les élèves retrouveront le chemin des classes le même jour. Ce dimanche sera le dernier dimanche où les commerces devront être fermés. « On voit enfin la lumière au bout du tunnel », s’est enthousiasmé le premier ministre lors d’une conférence de presse, accompagné du ministre de la Santé, Christian Dubé, du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et du directeur national de santé publique intérimaire, le Dr Luc Boileau.

Les experts confirment une stabilisation dans le nombre de cas, et le sommet de la courbe aurait été atteint il y a quelques jours, a affirmé M. Legault, y voyant le résultat des mesures sanitaires imposées ces dernières semaines. « On espère éventuellement une descente importante du nombre d’hospitalisations. »

La Santé publique recensait jeudi 2 994 hospitalisations, soit 117 de plus que la veille. Pas moins de 272 Québécois se trouvent aux soins intensifs à cause de la COVID-19.

« Soyons patients », a continué le premier ministre, disant vouloir rouvrir les restaurants, les salles de spectacle et autres lieux publics « dans les prochaines semaines ».

Par contre, l’étau se resserre une fois de plus pour les individus non vaccinés. Le passeport vaccinal sera exigé à partir du 24 janvier pour entrer dans les magasins à grande surface (plus de 1500 mètres carrés), ce qui exclut les services essentiels comme les marchés d’alimentation et les pharmacies. Ce règlement a été froidement accueilli par le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD). « La responsabilité de devoir gérer des clients de moins en moins patients dans des files d’attente de plus en plus longues » risque d’entraîner des « effets pervers », a souligné son président, Michel Rochette. « Sachant que les commerces ne sont pas des lieux d’éclosion, le CCCD espère que cette mesure sera de courte durée. »

L’imposition d’une « contribution santé », une surtaxe pour les réfractaires au vaccin, sera d’abord débattue à l’Assemblée nationale avant d’être mise en place, a indiqué le premier ministre. Lors de son allocution, ce dernier a répondu aux craintes des oppositions politiques, qui s’inquiètent de voir un nouveau fardeau financier peser sur le dos des plus démunis. « L’intention derrière la contribution santé, ce n’est pas de faire mal aux personnes qui sont mal prises », a-t-il défendu. Il y aura « un prix à payer » à refuser le vaccin, « parce qu’il y a un impact sur la société, sur les coûts de notre réseau de la santé. Finalement, c’est un incitatif pour essayer de les protéger eux-mêmes ».

Des recours judiciaires s’organisent par ailleurs contre cette « contribution santé ». Le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles a annoncé jeudi soir qu’elle intentera une action en justice contre le gouvernement du Québec. « Lesdits “vaccins” n’empêchent pas les gens de contracter ou de propager le virus SRAS-CoV-2 et ses variants, de sorte qu’il n’y a aucune justification médicale ou scientifique à la persécution financière et à la discrimination contre les citoyens non-“injectés COVID” », a plaidé par communiqué le président de ce centre basé à Calgary, Me John Carpay.

Bonnes et moins bonnes nouvelles

Le premier ministre a commencé sa conférence en soulignant « avoir de bonnes nouvelles » pour les Québécois. Pourtant, l’accumulation des cas sévères de COVID-19 force le gouvernement à envisager de rehausser une fois de plus le niveau de délestage dans les hôpitaux, et donc de reporter davantage d’opérations non urgentes. « On va regarder le stade 5 », a confirmé Christian Dubé avant de se faire rassurant et de dire qu’« on n’est pas rendu là ».

Quelques éclaircies ont tout de même réjoui ces derniers jours le ministre de la Santé. Des milliers de travailleurs de la santé en congé de maladie sont retournés dans les centres de soins. « En quelques jours, on est passé de 20 000 absents à 15 000, a précisé le ministre. C’est la plus belle preuve que les gens qui ont été malades pendant les Fêtes et au cours des dernières semaines, ils commencent à revenir. »

Les oppositions politiques n’ont pas tardé à réagir à ce point de presse, notamment le Parti libéral du Québec, qui a qualifié la fin du couvre-feu de « constat d’échec ». « Les décisions improvisées des dernières semaines, comme le couvre-feu et la fermeture de commerces, étaient clairement inutiles et basées sur les sondages et non pas sur la science », a reproché la cheffe Dominique Anglade. Même son de cloche chez Québec solidaire. « Le couvre-feu disparaît aussi brusquement qu’il a été annoncé, à peine deux semaines après son imposition. François Legault s’est rendu à l’évidence : les Québécois et Québécoises n’approuvent pas cette mesure draconienne, qui suscite la controverse au sein même des scientifiques », a critiqué le porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois.

Selon le ministre de la Santé, Christian Dubé, cette mesure a été efficace. « Il y a une dizaine de jours, on avait une augmentation exponentielle du nombre de cas. On a mis en place au cours des deux dernières semaines des mesures exceptionnelles. Et on vous dit dix jours plus tard qu’on a un meilleur contrôle des infections et qu’il y a une stabilisation des augmentations », a-t-il argumenté.

Du 31 décembre au 9 janvier, 648 constats d’infractions ont été remis pour non-respect du couvre-feu.

Chose certaine, les succès de la vaccination limitent les « ravages » d’Omicron au Québec, selon les calculs du Dr Boileau. « Si on n’avait pas été vacciné, la semaine passée, entre le 1er et le 7 janvier, ce n’est pas 250 hospitalisations par jour qu’on aurait eues, c’est près de 900 ! Et on aurait eu à peu près 3000 morts, juste la semaine passée, si on n’avait pas été vaccinés. »

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