Rémunérations à taux double et primes pour pallier la pénurie dans les services de santé

Les absences et les démissions se multiplient depuis des semaines dans le milieu de la santé au Québec.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir (Archives) Les absences et les démissions se multiplient depuis des semaines dans le milieu de la santé au Québec.

Québec s’est entendu avec les syndicats sur de nouvelles primes et des aménagements des horaires de travail dans l’espoir de ramener de la main-d’œuvre dans le réseau de la santé, où les absences et les démissions se multiplient depuis des semaines.

Le gouvernement a mis sur la table 500 millions de dollars pour ces mesures, a précisé le premier ministre, François Legault, jeudi en point de presse. Il a ajouté que les discussions en cours avec les syndicats pourraient mener à de nouvelles annonces. « C’est important qu’on travaille tous ensemble pour passer à travers les prochaines semaines, et je pense qu’avec ces mesures-là, ça va nous aider à y arriver », s’est-il réjoui.

M. Legault a rappelé que l’engouement pour les programmes intensifs de formation d’agents administratifs et d’infirmières auxiliaires était plus grand qu’espéré, comme le révélait Le Devoir en décembre. « Ça va prendre un certain temps, mais on voit la lumière au bout du tunnel », a-t-il affirmé.

En début de journée, le gouvernement a annoncé une série de nouvelles mesures par communiqué. Celles-ci devaient initialement être rendues publiques mardi, mais les discussions avec les syndicats ont pris plus de temps que prévu.

Le gouvernement bonifie donc une série de primes, en plus de repousser, une nouvelle fois, l’échéance du programme de primes de rétention et d’attraction (de 12 000 à 30 000 $) annoncées en septembre. Les travailleurs de la santé ont ainsi jusqu’au 31 mars pour manifester leur intérêt pour le programme. Celui-ci a attiré 1779 travailleurs pour le moment, loin de l’objectif de 4000 que s’était fixé Québec il y a près de quatre mois.

De plus, les démissions se succèdent dans le réseau : plus de 500 préposés aux bénéficiaires, infirmières auxiliaires et infirmières ont quitté le navire depuis décembre. Un nombre auquel s’ajoutent les 15 000 employés absents du réseau en raison de la COVID-19 — en baisse par rapport aux 20 000 absents en date du 7 janvier — et les 30 000 autres qui le sont pour diverses raisons, comme des congés de maladie ou de maternité.

En réaction, une coalition de huit syndicats en santé s’est réjouie de nouvelles mesures qui « permettront de soulager de façon appréciable, mais temporaire, la pression qui pèse depuis 22 mois sur le dos du personnel du réseau ». « L’intersyndicale invite donc le gouvernement à poursuivre les discussions dans le même état d’esprit afin de se sortir de la situation de crise liée à la pandémie et au manque de personnel », ont écrit la FSSS-CSN, la FSQ-CSQ, la FIQ, le SQEES-FTQ, le SCFP, l’APTS, la FP-CSN et le SPGQ.

Rémunération à taux double

Pour attirer de nouveaux renforts, Québec mise sur une rémunération à taux double pour les salariés à temps partiel qui effectuent un quart de travail de soir, de nuit ou de fin de semaine, en sus de leur journée de travail normale, sous réserve de certaines modalités qui n’ont pas été précisées dans le communiqué de presse.

Une rémunération au taux double sera aussi donnée aux professionnels qui effectuent une sixième ou une septième journée de travail dans la même semaine de travail, tandis qu’un montant forfaitaire de 100 $ sera accordé aux salariés à temps partiel qui effectueront au minimum 30 heures de travail dans une semaine. Le gouvernement s’engage également à élargir l’application des « primes COVID » — aussi appelées « primes escalier » — à plusieurs titres d’emplois en centre hospitalier, en centre de protection de la jeunesse et en CLSC.

En clair, la prime est désormais accessible à 170 000 employés plutôt que 65 000, a détaillé le ministre de la Santé, Christian Dubé. « On avait réussi à aller chercher 1000 personnes à temps complet [avant d’élargir la prime], donc imaginez-vous, on fait trois fois la mesure », s’est-il réjoui.

Les syndicats ont quant à eux souligné que les mesures annoncées « ont pour objectif d’avoir le personnel nécessaire pour les trois prochains mois ». « L’élargissement de la prime de temps complet est une avancée intéressante, bien que l’intersyndicale continue de demander que les primes s’appliquent à l’ensemble du personnel au front de la lutte contre la pandémie depuis des mois », ont-ils ajouté.

Le président de la FSSS-CSN, Réjean Leclerc, estime que l’offre d’une rémunération à temps double pourrait avoir un effet à court terme sur le manque de personnel. « Il y a eu un projet pilote pendant le temps des Fêtes dans un CISSS en périphérie de Montréal, a-t-il dit au Devoir. La direction a décidé de payer du temps double, de son propre chef. Le temps double a eu un effet immédiat. Le CISSS a passé à travers les Fêtes sans trop de heurts, ça a bien été. Il n’y a pas eu bris de services. »

Des masques et de l’autogestion

Le gouvernement et les syndicats se sont aussi entendus pour apporter « des précisions » afin de « répondre aux préoccupations notamment sur les [masques] N95, les mesures de prévention et contrôle des infections et les réserves en équipement de protection individuelle ».

L’intersyndicale a rappelé que pour elle, « l’élément prioritaire pour faire face au variant Omicron est d’appliquer le principe de précaution et d’implanter toutes les mesures nécessaires pour bien protéger les travailleuses et travailleurs, à commencer par l’accès au masque N95 pour l’ensemble du personnel ». Elle a demandé au gouvernement de « continuer d’en faire davantage pour prôner des mesures plus fortes, claires et simples à appliquer pour assurer la protection du personnel ».

Réjean Leclerc a précisé que les travailleurs ont désormais accès au N95 dans les zones chaudes et tièdes, mais aussi en zone froide lors d’activités générant des aérosols. Il s’agit d’une mesure rassurante pour les employés, selon lui. « Il y a maintenant une ligne directe accessible à la CNESST quand il y a des conflits sur le terrain entre l’employeur et les syndicats », a-t-il ajouté.

Avec l’entente dévoilée jeudi, Québec répond aussi à une demande de longue date des syndicats en promettant une « intensification de l’implantation de l’autogestion des horaires dans les établissements ». Il accorde également une demi-journée de vacances pour chacune des journées travaillées au-delà de la semaine normale de travail.

Enfin, le gouvernement et les syndicats se sont entendus sur un remboursement des frais liés au travail lorsque la personne salariée effectue des heures supplémentaires (repas, coupon de taxi, etc.).

« Ces mesures s’inscrivent dans le changement de culture que nous avons amorcé pour notre réseau de santé pour le rendre plus humain et performant en offrant notamment une meilleure conciliation travail-vie personnelle », a souligné le ministre Dubé.

Avec Marie-Eve Cousineau

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