Le Dr Luc Boileau arrive, le Dr Horacio Arruda reste

Luc Boileau a été p.-d.g. de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) jusqu’en 2015 pour ensuite occuper le même poste au sein de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESS).
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Luc Boileau a été p.-d.g. de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) jusqu’en 2015 pour ensuite occuper le même poste au sein de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESS).

Le premier ministre François Legault a salué le « très bon travail » abattu par Horacio Arruda — un homme « très attachant », a-t-il précisé — à la tête de la Direction nationale de santé publique depuis l’apparition de la COVID-19, il y a deux ans.

« Il a donné tout ce qu’il pouvait », a-t-il déclaré lors de sa sortie médiatique à Montréal. « Je veux, au nom de tous les Québécois, dire un énorme merci au Dr Arruda », a-t-il ajouté.

Face à une « certaine érosion de l’adhésion de la population » aux mesures sanitaires, M. Arruda a donné la « possibilité » au chef du gouvernement de le « remplacer ». Après avoir pesé les pour et les contre, M. Legault a demandé au président-directeur général de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), Luc Boileau, de prendre le relais au moins pour « quelques mois ». « Il a toutes les compétences pour occuper ce poste », a fait valoir le premier ministre, qui voit des « avantages » à la désignation d’un nouveau directeur national de santé publique plein d’« énergie » .

François Legault ne donnera toutefois pas suite, pour le moment, aux appels qui lui demandent d’accorder plus d’indépendance au directeur national de santé publique en le soustrayant de l’autorité du ministre de la Santé, en l’obligeant à formuler des avis écrits publics ou en le désignant aux deux tiers de l’Assemblée nationale, par exemple.

Cela dit, le premier ministre a ouvert la porte mardi à une « réorganisation » de la Santé publique, ainsi que de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et de l’INESSS, mais seulement après la cinquième vague de COVID-19. Aux yeux de M. Legault, le dirigeant de la Santé publique doit être « indépendant », mais également « imputable ».

« Gestionnaire de haut niveau »

Le Dr Arruda demeurera à l’emploi du ministère de la Santé. Son rôle « est à définir », a indiqué M. Legault mardi. Pour l’heure, il prendra quelques semaines de repos.

La directrice du Département de gestion, d’évaluation et de politique de santé de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Roxane Borgès Da Silva, reproche au Dr Arruda d’avoir tenu dans les derniers mois « des propos qui n’allaient pas dans le sens de la science ». « Il en a dit, des niaiseries », lance-t-elle, évoquant ses propos « faux » sur l’efficacité des masques N95 et ses recommandations changeantes sur les règles sanitaires à appliquer dans les services de garde au cours des dernières semaines.

Mme Borgès Da Silva se réjouit de voir un « gestionnaire » comme Luc Boileau prendre les commandes. « C’est un gestionnaire de haut niveau en organisation des services de santé », a-t-elle assuré au Devoir. « Il a toutes les compétences pour naviguer dans cette crise-là, liée au système hospitalier », a poursuivi l’experte, qui qualifie d’ailleurs M. Boileau de « très bon vulgarisateur ».

Depuis 2015, Luc Boileau est président-directeur général de l’INESSS. Il s’est fait connaître du grand public à partir du début de la pandémie, avec ses projections régulières des effets de l’épidémie sur les hospitalisations dans la province.

Par le passé, il a notamment travaillé pendant 15 ans au sein de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie, pour ensuite diriger l’INSPQ. Il a alors eu comme mandat, entre autres, de « procéder à l’analyse, dans une perspective de pérennité, des différentes possibilités de rapprochement » entre l’INSPQ et l’INESSS « sur les plans administratif, corporatif et scientifique ».

Luc Boileau, « c’est certainement quelqu’un qui a une grande expérience en santé publique », a déclaré mardi le Dr Gaston De Serres, épidémiologiste à l’INSPQ. M. Boileau aura toutefois le défi d’« établir sa crédibilité » auprès de la population et de l’élite politique, estime l’expert.

Avec François Carabin

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