Jean Boulet ne se reconnaît pas totalement dans son gazouillis sur le chemin Roxham

Le ministre de l’Immigration, Jean Boulet
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le ministre de l’Immigration, Jean Boulet

Le ministre de l’Immigration, Jean Boulet, reconnaît que le gazouillis avec lequel il a appelé le gouvernement fédéral à bloquer le chemin Roxham après la flambée de cas de COVID-19 n’était pas sans défauts.

« La qualité du message n’est pas optimale. La qualité humaine du message n’est pas optimale », a-t-il convenu dans un entretien avec Le Devoir mardi.

La veille, M. Boulet pressait Ottawa de s’acquitter de sa « responsabilité » de « fermer le chemin Roxham » par lequel quelque 2000 migrants irréguliers sont passés des États-Unis au Canada du 2 au 19 décembre. « Nous devons tous nous mobiliser devant la remontée des cas de COVID-19 [dû à] Ominicron [sic] afin de ne pas surcharger notre système de santé ! » avait-il laissé tomber sur Twitter lundi à 11 h 24.

« Odieux », « inqualifiables », « puant », « raciste », « lâche » : les réactions outrées ont fusé de tous les côtés. « Avoir le culot de mettre la remontée des cas sur le dos de demandeurs d’asile, c’est plus bas que bas, c’est dégueulasse », pouvait-on lire dans le lot de commentaires à la suite du tweet.

La fermeture du chemin Roxham n’est qu’une mesure parmi d’autres pour réduire le risque de surcharge pesant sur le réseau de la santé, a fait valoir M. Boulet mardi, tout en rappelant que les deux tiers des migrants passant par le chemin Roxham ne sont pas doublement vaccinés contre la COVID-19. Cela dit, aucune éclosion dans les établissements d’hébergement temporaire destinés aux demandeurs d’asile n’a été rapportée à ce jour.

« On est une société d’accueil remarquable. Puis les Québécois souhaitent qu’on les accueille. Encore faut-il avoir la capacité de bien le faire. Et là, même si les besoins humanitaires sont présents — il faut le reconnaître — il faut s’assurer de respecter le personnel québécois de la santé qui est à bout de souffle », a-t-il affirmé au Devoir.

Question de « dignité »

Environ « 100, 120, 140 » migrants traversent quotidiennement le chemin Roxham depuis sa réouverture le 21 novembre dernier, soit deux fois plus que le « flux » attendu par Québec, a indiqué M. Boulet, tout en spécifiant que le tweet diffusé lundi traduit mal l’« empathie » qu’il a pour les demandeurs d’asile. « On veut juste bien les accueillir, puis les traiter avec dignité », a-t-il souligné à gros traits.

M. Boulet assume la responsabilité du gazouillis. Cela dit, l’élu caquiste ne se reconnaît pas totalement dans le message de 195 caractères qu’il avait pourtant approuvé avant sa publication. « Ce n’était pas un libellé qui est le reflet fidèle de ma personne. J’aime mieux écrire de façon un peu plus nuancée, mais je comprends les limites d’un tweet. C’est sûr que les limites que m’impose un tweet m’ont empêché de m’exprimer correctement. Ce n’est pas totalement Jean Boulet », a conclu le ministre, disant avoir tiré des apprentissages de la controverse.

 

Pas d’éclosion dans les centres d’hébergement

Les migrants sont pris en charge à leur arrivée pour subir un test de dépistage dans les installations de la Gendarmerie royale du Canada. En tant que demandeurs d’asile, ils sont autorisés à entrer au Canada même lorsqu’ils ne sont pas entièrement vaccinés, mais comme pour les autres voyageurs non vaccinés, ils doivent obligatoirement observer une quarantaine. « Il n’y a pas eu d’éclosion dans les sites d’hébergement temporaire », note Carl Thériault, relationniste au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Il n’y a pas de cas recensés au Centre de surveillance de l’immigration à Laval, indique l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Sarah R. Champagne


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