L’opposition souligne la confusion dans l’affaire Fitzgibbon

Un porte-parole de M. Fitzgibbon a affirmé que la substitution a été opérée à la demande du cabinet du premier ministre, sans plus de détails.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Un porte-parole de M. Fitzgibbon a affirmé que la substitution a été opérée à la demande du cabinet du premier ministre, sans plus de détails.

Une intervention de la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, dans un programme d’aide aux entreprises contribue aux apparences de confusion qui ont valu des critiques au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, pour sa gestion du dossier, ont estimé mercredi les partis de l’opposition.

Le député libéral Monsef Derraji a déclaré que le gouvernement devait expliquer clairement pourquoi Mme LeBel s’était substituée à M. Fitzgibbon afin d’autoriser une subvention de sept millions de dollars destinée à une entreprise avec laquelle il a eu des liens financiers avant de se lancer en politique, en 2018.

« S’ils ont poussé Sonia LeBel à agir, c’est qu’il y a quelque chose, a-t-il dit en entrevue. C’est quoi cette chose ? Pourquoi le gouvernement a donné l’ordre à Mme LeBel d’agir et pas à lui ? »

Selon le député libéral, ces interrogations s’ajoutent aux critiques déjà formulées par la vérificatrice générale Guylaine Leclerc contre la gestion du Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE) par M. Fitzgibbon.

« Ça augmente la confusion dans la gestion du PACTE, ça démontre le manque de transparence du gouvernement et ça démontre encore l’attitude cow-boy du ministère de l’Économie », a dit M. Derraji.

Le Devoir a révélé mercredi que Mme LeBel avait autorisé en décembre 2020 le financement demandé par l’entreprise Mayrand/Alimplus au PACTE, mis en place pendant la pandémie. Le programme prévoyait que tous les prêts ou garanties de prêt de plus de cinq millions devaient être autorisés par le ministre.

Un porte-parole de M. Fitzgibbon a affirmé que cette substitution avait été opérée à la demande du Cabinet du premier ministre, sans plus de détails.

Le député de Québec solidaire Vincent Marissal trouve aussi que l’intervention de Mme LeBel « ajoute une couche de suspicion permanente à l’endroit de M. Fitzgibbon », qui a été blâmé à répétition pour des manquements au code d’éthique de l’Assemblée nationale.

« Il paraît qu’il a mis de l’ordre dans ses affaires… Pourquoi il a encore besoin d’un chaperon ? » s’est interrogé M. Marissal.

M. Fitzgibbon a liquidé en 2019 des intérêts financiers qu’il avait dans la société de placement Walter Capital, une société de portefeuille dont il a été associé directeur. Walter détient des participations dans Mayrand/Alimplus depuis 2017.

Critères

 

La vérificatrice générale Guylaine Leclerc a déposé il y a trois semaines un rapport sur le PACTE qui met en cause le pouvoir discrétionnaire de M. Fitzgibbon dans l’attribution problématique de prêts ou de garanties de prêt à dix entreprises, dont les noms sont demeurés jusqu’ici confidentiels.

Mme Leclerc a noté des éléments non conformes aux critères du PACTE dans ces dix dossiers autorisés par M. Fitzgibbon, qui s’est appuyé sur un guide de gestion interne ne comportant aucun critère.

Selon M. Derraji, ce nouvel épisode impliquant Mme LeBel est la preuve que le gouvernement devrait dévoiler le nom des dix entreprises, ce qu’il refuse depuis des semaines malgré les demandes de l’opposition.

« Tant que je n’ai pas vu la liste des dix prêts, je ne peux pas dire que la compagnie a respecté les critères », a-t-il dit en parlant du financement accordé à Mayrand/Alimplus.

Le député péquiste Martin Ouellet a pour sa part exprimé son inquiétude sur la façon dont le gouvernement a procédé, en impliquant Mme LeBel dans un dossier vraisemblablement pour éviter une apparence de conflit d’intérêts, sans balises claires.

« On dirait qu’on le fait à la pièce, a-t-il dit en entrevue. Comme si quelqu’un allumait les lumières en disant : oups, il y a peut-être un enjeu là, alors faisons ça pour celui-là. »

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