Le bilan climatique du Québec s’alourdit encore

Le ministre québécois de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre québécois de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette

Le Québec recule encore dans l’atteinte de ses objectifs climatiques. Ses émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 1,5 % en 2019 par rapport à l’année précédente, ralentissant une nouvelle fois la course vers les cibles de 2030, a confirmé mercredi le ministre Benoit Charette.

« La nouvelle n’est pas bonne », a signifié l’élu caquiste, qui présentait le plus récent bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec.

Pour 2018, ce document faisait état d’une réduction de 6 % depuis 1990. Cette année, en raison d’ajustements aux données, ce pourcentage n’atteint plus que 2,7 %.

« Ça fait mal, a convenu le ministre. La marche était déjà très haute, elle l’est d’autant plus maintenant. » Avec le bilan de mercredi, il s’avère que Québec a retranché deux mégatonnes à ses émissions de GES en 29 ans. En 2030, au moins 30 mégatonnes devront s’ajouter à ce total.

Et le ministre Charette ne s’attend pas à voir des résultats importants avant plusieurs années encore. « Avant d’avoir une baisse significative des résultats, en toute transparence, il faudra attendre après 2026, 2027… Les mesures qu’on a implantées concernant des autobus scolaires, des autobus urbains, ça prend quelques années », a-t-il exemplifié.

« Donc, je m’attends à ce qu’il y ait une certaine stabilisation, possiblement une augmentation [entretemps] », a-t-il poursuivi.

 

Le mois dernier, M. Charette avait déjà convenu qu’il serait plus que compliqué d’atteindre les objectifs actuels. « On garde notre cible, mais ça sera un défi colossal à atteindre », avait-il lancé.

La Coalition avenir Québec s’engage à avoir réduit les GES du Québec de 37,5 % en 2030 par rapport à 1990. Dans les dernières semaines, le Parti libéral, Québec solidaire et le Parti québécois ont chacun rehaussé leurs cibles climatiques.

La faute à McInnis ?

Benoit Charette maintient que les résultats déposés mercredi après-midi « porte[nt] la signature de mauvaises décisions passées ». Au premier chef, l’usine de ciment McInnis en Gaspésie, approuvée par le gouvernement du Parti québécois et inaugurée sous celui du Parti libéral.

« Juste dans le bilan 2019, la cimenterie représente un point qui n’est tout de même pas négligeable. C’est 1,03 mégatonne. C’est un élément qui retarde notre marche vers la carboneutralité », a-t-il illustré.

Mais le bilan 2019 représente en quelque sorte le premier bulletin du mandat caquiste, l’actuel gouvernement étant arrivé au pouvoir à la fin de 2018. Tant les émissions du secteur des transports, de l’industrie, de l’agriculture, des déchets et des particuliers ont augmenté cette année-là.

« C’est l’année 2019, donc on est encore sous le plan d’action de lutte contre les changements climatiques des libéraux », a rétorqué M. Charette, mercredi.

La CAQ a présenté son propre plan vert à la fin de 2020. Il prévoit des mesures étalées sur plusieurs années, qui doivent permettre d’atteindre environ la moitié des cibles québécoises. Québec s’est déjà engagé à mettre à jour son plan d’action annuellement afin d’accélérer le pas.

« Ça va nécessiter de nouvelles mesures », a convenu le ministre. Il évoque l’ajustement des normes pour véhicules zéro émission et la révision du système d’allocation gratuite de la bourse du carbone.

Toujours plus sur les routes

En 2019, plus de 43 % des émissions de gaz à effet de serre provenaient du secteur des transports. « C’est un secteur qui est complètement hors de contrôle », a commenté la porte-parole de Québec solidaire en matière d’environnement, Émilise Lessard-Therrien, mercredi.

Malgré tout, Benoit Charette ne souhaite pas s’engager sur la voie des surtaxes aux automobilistes. Le marché fera son travail, a-t-il analysé. « Dans quatre ans tout juste, il n’y aura pas d’avantage financier à acheter un véhicule à essence, plutôt que son équivalent électrique, donc ça va accélérer passablement la marche », a signifié M. Charette, qui ne bouge pas pour le moment sur l’année limite d’achat d’un véhicule à combustion : 2035.

Le ministre de l’Environnement maintient par ailleurs que le troisième lien routier entre Québec et Lévis ne viendra pas plomber les émissions du secteur des transports dans les prochaines années. En fait, selon lui, le tunnel n’aura aucun impact sur le bilan 2030. Même durant sa construction. « Concernant le bilan comme tel, je ne pense pas que ça interfère avant 2030 », a-t-il affirmé.

Le député péquiste Sylvain Gaudreault exhorte le gouvernement à « renonce[r] au troisième lien, un projet du siècle dernier ». L’élue libérale Isabelle Melançon craint pour sa part que le tunnel vienne « hypothéquer les générations futures ». « On vient pelleter par en avant pour un projet électoraliste », a-t-elle soutenu.

Comme il l’a déjà fait en prenant connaissance des nouvelles cibles climatiques des oppositions, Benoit Charette les invite à faire preuve de réalisme. « Le gouvernement du Québec ne peut pas s’engager à ne plus développer de projets émetteurs de GES, a-t-il dit mercredi. Il faut choisir les bons. »

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