Anglade ne peut pas défendre l’enseignante voilée de Chelsea

Dominique Anglade est d’avis que les Québécois en ont assez d’un gouvernement «paternaliste, qui aime dire aux gens quoi faire».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dominique Anglade est d’avis que les Québécois en ont assez d’un gouvernement «paternaliste, qui aime dire aux gens quoi faire».

La cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, estime qu’elle ne peut pas se porter à la défense de la commission scolaire Western Québec, qui a embauché une enseignante voilée en dépit de la loi 21 sur la laïcité de l’État.

« Elle ne respecte pas la loi. Je ne vais jamais cautionner [les choix de] quelqu’un qui ne respecte pas les lois. Jamais », a-t-elle répondu lorsque Le Devoir lui a demandé si la commission scolaire avait fait une erreur en embauchant Fatemeh Anvari dans une école primaire de Chelsea. Mme Anglade participait mardi à une entrevue éditoriale au cours de laquelle elle a été appelée à définir sa position au sujet de la laïcité.

La cheffe libérale a refusé de dire ce qu’elle fera de cet enjeu si elle est portée au pouvoir en 2022. Si la Cour suprême venait à invalider des pans de la loi 21, « on avisera à ce moment-là », s’est-elle contentée de répondre. « Je pense que ça doit passer le test des tribunaux et après ça, on regardera ce qui reste, au bout du compte, et où on en est. Je pense que c’est l’approche démocratique à prendre. Je ne vais pas faire de proposition en amont », a-t-elle aussi affirmé.

Mme Anglade a rappelé que les libéraux ont voté contre l’adoption du projet de loi 21, notamment parce que le texte législatif a été adopté sous bâillon et qu’il recourt trop largement à la disposition de dérogation, à leur avis. Le parti s’est aussi opposé à l’interdiction des signes religieux chez les enseignants.

Pour ces raisons, elle affirme que les libéraux comprennent « les réactions » de ceux qui s’offusquent de la réaffectation de Mme Anvari, pénalisée parce qu’elle porte le voile. « On disait, nous, que ça allait trop loin, a-t-elle rappelé. Mais il y a une loi qui doit être respectée. »


Pour une « laïcité ouverte »

Réunis en congrès il y a deux semaines, les militants du PLQ ont adopté une résolution visant à soutenir « les revendications des Québécois d’expression anglaise relativement à la protection de l’indépendance et de l’autonomie des commissions scolaires anglophones ».

La décision, prise sans susciter le moindre débat, est calquée sur la position de la Commission scolaire English-Montréal dans le cadre de la contestation de la loi 21. Celle-ci défend le « droit exclusif » de la minorité anglophone du Québec « de gérer et de contrôler [ses] écoles ».

Pour satisfaire aux exigences de ses militants, Mme Anglade ne devrait-elle pas se ranger du côté des contestataires de la loi ? « Les membres sont libres de s’exprimer, et c’est à moi, à ce moment-là, de rappeler les positions du parti », a-t-elle répondu. « Il y a eu 120 propositions qui ont été amenées [en congrès] et dans les 120, il y en a qui vont faire partie de la plateforme électorale et il y en a… ça fait partie des discussions qu’on va avoir pour la suite des choses », a-t-elle poursuivi.

Chose certaine, Mme Anglade ne « souhaite pas deux Québec » et prône « une laïcité qui est ouverte ». Elle estime que le premier ministre, François Legault, a amalgamé l’appui au nationalisme qu’il prône au soutien à certains de ses projets de loi.

Avec la loi 21 et le projet de loi sur la langue française, « c’est : “on met une clause dérogatoire et si tu es contre, tu es contre le Québec” », a-t-elle résumé. En avril, M. Legault avait déclaré que son adversaire libérale refusait de « défendre les valeurs québécoises » en laissant les tribunaux décider du sort de la Loi sur la laïcité de l’État.

« Je pense qu’on a le droit de remettre ce genre de choses là en question et que le nationalisme ne s’exprime pas seulement à la manière de François Legault. Il peut s’exprimer [de] manière ouverte, inclusive. On peut faire en sorte que toutes nos valeurs soient intégrées et qu’on n’ait pas ce repli, cette manière unique de penser », a-t-elle déclaré.

À la conquête des caquistes progressistes

 

En vue de la prochaine élection, la cheffe libérale mise sur l’adhésion des progressistes qui ont appuyé la Coalition avenir Québec en 2018. Son parti estime que cette frange représente le quart des électeurs caquistes, et que leur soutien pourrait faire progresser le PLQ de 14 points dans les sondages.

Mme Anglade croit aussi que des Québécois en auront assez d’un gouvernement « paternaliste, qui aime dire aux gens quoi faire, comment voter, qui n’aime pas être questionné, remis en question ». « Ça, c’est quelque chose que je voyais déjà à l’époque », dit-elle au sujet de M. Legault, qu’elle a côtoyé lorsqu’elle était présidente de la CAQ, de 2012 à 2013.

Je pense qu’on a le droit de remettre ce genre de choses là en question et que le nationalismene s’exprime pas seulement à la manière de François Legault

La cheffe du PLQ dit miser sur une approche complètement différente de celle du gouvernement actuel en immigration. Elle souhaite « accompagner les gens » et « investir dans leur intégration », tout en conservant les seuils autour de 55 000 immigrants par année.

En environnement, elle compte inspirer des changements de comportements en menant par l’exemple. « Tu ne peux pas juste dire que ça va coûter plus cher à l’individu. Fondamentalement, les enjeux ne sont pas là : 55 % de ce qu’on consomme, ce sont des hydrocarbures », souligne l’élue.

« Donc avant de parler des individus, parlons de ce que le gouvernement contrôle, de ce qu’il est prêt à lui-même s’imposer pour arriver à des résultats. Pourquoi est-ce que moi, je paye[rais si] je vois qu’on construit un troisième lien à dix milliards de dollars, des maisons des aînés qui n’ont rien à voir et un pont à l’Île-aux-Tourtes [sans] voies réservées ? » demande-t-elle.

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