LeBel a joué le rôle de Fitzgibbon pour l’octroi d’une aide financière

Le ministre de l’Économie a eu des liens avec l’entreprise bénéficiaire avant de se lancer en politique.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le ministre de l’Économie a eu des liens avec l’entreprise bénéficiaire avant de se lancer en politique.

La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, s’est substituée à son collègue de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, pour autoriser une aide financière de sept millions de dollars à une entreprise avec laquelle il a eu des liens avant de se lancer en politique.

Mayrand/Alimplus inc. a obtenu cette somme dans le cadre du Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE), mis en place pendant la pandémie.

Le PACTE prévoyait que tous les prêts ou garanties de prêts de plus de cinq millions devaient être autorisés par le ministre.

Le dossier de Mayrand/Alimplus n’a toutefois pas transité par M. Fitzgibbon, a indiqué mardi son attaché de presse dans un courriel.

« Le dossier a été autorisé par la présidente du Conseil du trésor », a écrit Mathieu St-Amand, sans préciser pourquoi Mme LeBel s’est chargée de l’autorisation plutôt que M. Fitzgibbon.

Il n’a pas été possible de savoir à quelle date Mme LeBel a autorisé le dossier de l’entreprise, qui figure dans une liste des bénéficiaires du PACTE établie en date du 31 juillet dernier. La vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, a déposé il y a trois semaines un rapport sur le PACTE mettant en cause le pouvoir discrétionnaire de M. Fitzgibbon dans l’attribution problématique de prêts ou de garanties de prêts à dix entreprises, dont les noms sont demeurés jusqu’ici confidentiels.

Mme Leclerc a noté des éléments non conformes aux critères du PACTE dans ces dix dossiers autorisés par M. Fitzgibbon, qui s’est appuyé sur un guide de gestion interne ne comportant aucun critère.

M. St-Amand a affirmé mardi que l’aide financière de sept millions a été versée à Mayrand/Alimplus à la suite d’une demande conforme aux critères du programme d’aide.

« Le dossier respectait toutes les normes du programme PACTE », a dit M. St-Amand.

Plus aucun lien

 

En début d’année, le gouvernement avait adopté un décret par lequel Mme LeBel était chargée de traiter les demandes de deux entreprises liées à M. Fitzgibbon, Immervision et White Star, pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts.

M. St-Amand a expliqué mardi que, même si le décret n’en faisait pas mention, Mayrand/Alimplus a tout de même été dirigée vers Mme LeBel.

« C’est le processus déterminé avec l’exécutif », a-t-il indiqué sans plus de détails.

M. St-Amand a assuré que le ministre n’avait plus aucun lien avec Mayrand/Alimplus, qui fait partie du portefeuille de la société de placements Walter Capital, dont M. Fitzgibbon a été l’associé directeur.

« Il n’y a plus aucun lien entre Walter Capital et M. Fitzgibbon depuis l’été 2018 » a assuré le porte-parole.

Dans sa déclaration d’intérêts couvrant l’année précédant son élection, en octobre 2018, M. Fitzgibbon a inscrit des intérêts financiers dans Partenaires Walter Capital, qui détient des participations dans une dizaine d’entreprises.

« Les investissements liés à Walter Capital ont été liquidés au cours de l’année 2019 », a indiqué M. St-Amand.

Mayrand/Alimplus, une entreprise de distribution dans le domaine de l’alimentation, est dans le portefeuille de Walter Capital depuis 2017, indiquent les informations diffusées par l’entreprise.

Selon M. St-Amand, M. Fitzgibbon a cessé, durant l’été 2018, de participer à la gestion du placement de Walter dans Mayrand/Alimplus.

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