Québec serre la vis devant le variant Omicron

Inquiet face à la propagation du variant Omicron, le gouvernement Legault resserre ses mesures sanitaires. Il demande aux employeurs de rétablir, dès maintenant, le télétravail. Il impose le port du masque dans les aires communes des résidences privées pour aînés. Mais pas question, pour le moment, de reculer sur les rassemblements de Noël à 20 personnes vaccinées maximum. Pour limiter la transmission du virus, Québec offrira dès lundi à la population des tests de dépistage rapide gratuits en pharmacie.

Le point de presse gouvernemental sur la situation de la COVID-19 était chargé, mardi, et offrait bien peu de réjouissances. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, s’est dit préoccupé par l’augmentation « importante » des cas (1747 enregistrés mardi) et la hausse récente des hospitalisations (293, en hausse de 25 par rapport à la veille). À l’approche des rassemblements de Noël, il a multiplié les mises en garde et invité les Québécois à « continuer à faire preuve de prudence ».

« Le variant Omicron est à nos portes », a prévenu Christian Dubé.

Pour le moment, l’Institut national de santé publique du Québec ne recense que 11 cas confirmés d’Omicron et 11 présomptifs. Mais ce bilan pourrait être « sous-estimé pour toutes sortes de raisons », a signalé le ministre. Le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, a donc demandé à ce que tous les cas positifs détectés mardi soient criblés.

En Ontario, le variant se répand à une « vitesse foudroyante ». Il représente désormais 30 % des cas, a précisé le Dr Arruda. Selon les experts du gouvernement, il serait deux à trois fois plus contagieux que le Delta.

On ignore encore si Omicron entraîne des symptômes plus sévères que le variant Delta. Mais les non-vaccinés sont « encore plus à risque » de le contracter, a rappelé le ministre Dubé, qui les a de nouveau invités à reconsidérer leur décision. « L’impact sur les hospitalisations pourrait être très grand », a-t-il affirmé.

Vaccinateurs recherchés

Le système de santé, fragile, souffre d’une sévère pénurie de personnel. Déjà, 30 % des quelque 800 lits consacrés à la COVID-19 sont utilisés. « Vu la hausse des cas et le potentiel d’Omicron, on veut accélérer l’administration de la dose de rappel, ce qu’on appelle la troisième dose, a dit Christian Dubé. Mais pour ce faire, étant donné les limitations qu’on a dans notre réseau, ça nous prend plus de vaccinateurs. »

Québec lance un nouvel appel à tous : il cherche 500 volontaires pour administrer la troisième dose aux aînés et ainsi accélérer la campagne vaccinale. Les intéressés peuvent s’inscrire sur la plateforme « Je contribue ».

« Notre capacité de vaccination est présentement de 300 000 vaccins par semaine, a indiqué Daniel Paré, directeur général de la gestion exécutive et opérationnelle de la pandémie. Moi, je vise de doubler cette capacité-là au cours du mois de janvier pour être capable de vacciner les groupes qu’on a déjà annoncés et possiblement les autres groupes de la population, selon les recommandations de la Santé publique. »

Les travailleurs de la santé, les malades chroniques ainsi que les 70 ans et plus — qui ont reçu leur deuxième dose il y a six mois — peuvent recevoir leur dose de rappel dès maintenant.

Les 60 à 69 ans, eux, devront patienter jusqu’en janvier. L’intervalle entre la deuxième et la troisième dose préconisée au Québec est de six mois. « Six mois, c’est véritablement l’endroit où on a le gain le plus important pour rebooster l’immunité, a dit le Dr Arruda. On ne se retrouve pas à zéro [d’immunité] à six mois et un jour. »

Malgré tout, la Santé publique a demandé un avis au Comité sur l’immunisation du Québec afin de déterminer si l’intervalle de six mois pourrait être raccourci.

Tests de dépistage gratuits

Bonne nouvelle pour ceux qui les attendaient avec impatience, le gouvernement Legault distribuera dès lundi des autotests gratuits à l’ensemble de la population dans plus de 1900 pharmacies communautaires au Québec. Les tests se trouveront derrière le comptoir des pharmaciens, qui pourront fournir des conseils au besoin. Chaque citoyen pourra recevoir cinq tests rapides par période de 30 jours.

Québec recevra d’Ottawa, en décembre, dix millions de tests rapides. Six millions sont actuellement distribués dans les services de garde et les écoles. En entrevue au Devoir, la directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, a dit souhaiter que les enfants subissent un test de dépistage rapide avant leur retour en classe en janvier.

Les stocks seront-ils suffisants ? « Le gouvernement fédéral travaille vraiment à en acquérir de différents fournisseurs », a répondu Daniel Paré. Les parents ont peut-être intérêt à mettre de côté un des cinq tests obtenus avant Noël, en prévision de la rentrée.

« La chose à faire, c’est de faire vacciner les enfants, a renchéri le Dr Arruda. C’est beaucoup plus important que se garder un test. »

Des tests de dépistage rapide dehors pour réduire l’attente

Les files s’allongent dans les centres de dépistage au Québec. Pour réduire l’attente à l’Hôtel-Dieu de Mont-réal, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal déploie depuis mardi une nouvelle stratégie : des tests rapides Panbio sont administrés à l’extérieur aux gens symptomatiques qui font la queue. Si ces personnes sont déclarées négatives, elles retournent à leur domicile et surveillent leurs symptômes. Si elles obtiennent un résultat positif, un test PCR est réalisé à l’intérieur.

 

« C’est une formule à l’essai, dit Jean-Nicolas Aubé, porte-parole du CIUSSS. Mais l’initiative porte déjà fruit. » Des personnes avec des résultats négatifs ont pu retourner plus rapidement à la maison grâce aux tests rapides, souligne-t-il. Si l’expérience s’avère concluante, elle pourrait être étendue à l’ensemble des centres de dépistage du CIUSSS.

 

Une nouvelle stratégie de la Santé publique ? « La réponse, c’est qu’il manque de personnel », a dit le ministre Christian Dubé, en point de presse. Il souligne qu’il faut être « très prudent » avec cette approche et qu’elle ne s’adresse pas aux personnes asymptomatiques. « Il y a beaucoup de gens qui viennent en ce moment se faire tester parce qu’ils veulent être sûrs qu’ils sont corrects pour faire des partys », dit-il.



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