Legault bien en selle, malgré les critiques

La gestion de la pandémie a dominé les débats parlementaires dans les trois dernières semaines, les oppositions lui consacrant 60 % de leurs questions, selon une compilation du Devoir.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La gestion de la pandémie a dominé les débats parlementaires dans les trois dernières semaines, les oppositions lui consacrant 60 % de leurs questions, selon une compilation du Devoir.

Au terme d’une session marquée par des critiques sur sa gestion de la pandémie, le premier ministre François Legault s’attend à ce que l’écart se resserre avec l’opposition dans les intentions de vote au cours des prochains mois et promet encore une fois « de ne pas se fâcher » contre ses adversaires.

Le chef du gouvernement a inauguré une nouvelle session parlementaire en octobre en proposant de « commencer à planifier l’après-pandémie ». En juin, il avait aussi promis d’être « plus zen » cet automne face à ses opposants politiques. Dans les deux cas, le défi a été plus grand que prévu.

En dressant son bilan des trois derniers mois, vendredi, M. Legault a commenté l’avance importante qu’il maintient depuis des mois sur ses adversaires dans les sondages.

« Je pense que ça va se resserrer dans les prochains mois », a-t-il prédit en conférence de presse.

M. Legault a expliqué qu’il préférait envisager ce scénario, car il ne tient rien pour acquis d’ici les élections d’octobre 2022. « J’ai assez d’expérience en politique pour savoir que les sondages, ça peut changer rapidement », a-t-il déclaré.

À la mi-octobre, le premier ministre a voulu donner une nouvelle impulsion à son gouvernement en prorogeant le Parlement et en présentant de nouvelles priorités pour « planifier l’après-pandémie ».

Deux semaines plus tard, le gouvernement s’est toutefois retrouvé dans l’embarras après avoir fait volte-face sur la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé. Le rapport de la protectrice du citoyen sur les ravages de la COVID-19 dans les CHSLD l’a ensuite mis devant ses décisions prises au plus fort de la crise. Les travaux de la coroner Géhane Kamel sur les décès en centre d’hébergement ont fini de fournir des munitions aux oppositions.

La gestion de la pandémie a d’ailleurs dominé les débats parlementaires dans les trois dernières semaines, les oppositions lui consacrant 60 % de leurs questions, selon une compilation du Devoir.

M. Legault a amorcé son bilan en évoquant l’insistance de l’opposition. « Durant la session, il y a eu beaucoup de questions à la suite du rapport de la protectrice du citoyen. Je ne vous cacherai pas que j’ai trouvé ça dur de me rappeler des moments qui ont été difficiles. »

Rien à voir avec Charest

Cette semaine, les trois partis d’opposition ont fait front commun pour réclamer au gouvernement de lancer une enquête publique sur la gestion de la pandémie. M. Legault a répété que quatre enquêtes, dont trois en cours, portent sur le sujet.

En dressant son bilan, il a rejeté un parallèle avec son prédécesseur Jean Charest, qui a plaidé en faveur d’enquêtes policières pour finalement se ranger aux demandes de l’opposition et mandater une enquête publique sur la construction.

« Il n’y a rien à comparer entre les deux, actuellement il y a quatre enquêtes, ce n’était sûrement pas le cas dans le dossier de la corruption dans la construction, a-t-il dit. Les enquêtes en cours vont aller au fond des choses. »

Même s’il dit être « fort », il a reproché à l’opposition de lui avoir attribué une trop grande part de responsabilité dans les ratés de la pandémie — et dans les problèmes qui plombent toujours le réseau de la santé. Il juge que la cheffe libérale, Dominique Anglade, est allée trop loin en déclarant que la mort d’un homme aurait pu être évitée en Abitibi-Témiscamingue si le gouvernement avait mieux géré la pénurie d’infirmières.

« Je ne suis pas d’accord sur le fait que je suis responsable, avec Christian [Dubé, le ministre de la Santé], de la mort d’une personne à Senneterre, a-t-il lâché. Elle a dit aussi que j’étais le seul à ne pas savoir, en 2020, qu’on envoyait des gens à l’abattoir [dans les CHSLD]. C’est ce qu’elle a dit. C’est dur. »

La fin de session a été marquée par le dépôt d’un rapport de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc. Le document reproche au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, son manque de transparence après l’attribution de 68 millions en aide à des entreprises grâce à son pouvoir discrétionnaire.

« Ce n’est pas problématique », a-t-il laissé tomber.

La « grande diversion »

Au mois de novembre, le premier ministre a causé la surprise : il a ressuscité le projet d’une équipe de hockey professionnel à Québec. Deux semaines plus tard, il a répété son intérêt à financer le retour du baseball à Montréal en échange de retombées.

Une manière de détourner l’attention des questions soulevées par sa gestion de la pandémie et des constats de la vérificatrice générale au sujet de M. Fitzgibbon, ont jugé les oppositions.

« Le gouvernement se sert du sport professionnel, entre autres, pour faire diversion des réels enjeux qui sont la priorité des Québécois en ce moment », a déclaré le député libéral André Fortin.

« Ce qu’on a vu du côté de la CAQ, cet automne, c’est la fin de la grande séduction. On est passés à l’heure du début de la grande diversion », a aussi lancé Manon Massé, de Québec solidaire.

En clôture de session, M. Legault a dû justifier le ton de ses échanges au Salon bleu, où il espérait pourtant être « plus zen ».

« Je demande aux partis d’opposition d’être respectueux. Je vais essayer de ne pas me fâcher même s’ils disent des choses qui sont fausses, qui ne sont pas vraies. Je vais continuer d’essayer d’être calme et boire ma tisane », a-t-il concédé.

De son côté, le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a constaté la vigueur des échanges entre ses adversaires. Il a soutenu que sa formation était volontairement restée à l’écart.

« Ça ne nous empêche pas d’être très pertinents, et je pense qu’on aura plus d’écoute de la population en conservant un ton qui est juste et qui est pertinent », a-t-il affirmé.

M. St-Pierre Plamondon, qui a renoncé à être candidat à l’élection partielle dans Marie-Victorin, mise sur la position de son parti pour regagner du terrain notamment sur la Coalition avenir Québec de M. Legault.

« Ça fait de nous le seul parti qui a un potentiel de croissance, qui rentre en 2022 avec le potentiel de rallier les francophones, les nationalistes qui sont déçus de la CAQ », a assuré le chef.



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