La solution pour attirer des infirmières ne passe pas par l’argent, selon les oppositions

«On est loin, du chiffre de 4000 [recrues] qu’avançait le ministre de la Santé pour l’ensemble du Québec. On est loin de pouvoir assurer les services qu’on veut, qu’on doit offrir aux citoyens de partout à travers le Québec», a lancé le libéral André Fortin au sujet de la situation abitibienne.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir «On est loin, du chiffre de 4000 [recrues] qu’avançait le ministre de la Santé pour l’ensemble du Québec. On est loin de pouvoir assurer les services qu’on veut, qu’on doit offrir aux citoyens de partout à travers le Québec», a lancé le libéral André Fortin au sujet de la situation abitibienne.

Les trois partis d’opposition de l’Assemblée nationale ont insisté vendredi sur l’importance de mettre en place des « mesures structurantes » pour attirer des professionnels au sein du réseau de la santé, dans le contexte où les primes actuelles ont des effets mitigés.

Le Devoir a publié le bilan, région par région, des renforts arrivés dans le réseau depuis l’annonce, en septembre, d’incitatifs financiers pour attirer et retenir les infirmières. Il a en outre révélé que le nombre de nouvelles diplômées est pris en compte dans les mises à jour sur l’effet des primes que publie le ministère de la Santé toutes les semaines.

Dans certaines régions, comme l’Abitibi-Témiscamingue, l’effet des primes est marginal : le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) y a embauché 7 infirmières et infirmières auxiliaires — dont 5 provenant du privé — depuis l’annonce des primes. L’établissement indique que 46 employés ont rehaussé leurs heures et occupent un poste à temps plein.

« On est loin, du chiffre de 4000 [recrues] qu’avançait le ministre de la Santé pour l’ensemble du Québec. On est loin de pouvoir assurer les services qu’on veut, qu’on doit offrir aux citoyens de partout à travers le Québec », a lancé le député libéral André Fortin au sujet de la situation abitibienne.

À son avis, le réseau a besoin de « mesures structurantes », et non pas de « demi-mesures ». « Quand on fait une mesure une fois, ça n’a pas le même impact structurant, ça n’a pas le même impact sur le comportement des gens, et c’est pour ça que nous, ce qu’on propose, c’est d’avoir de meilleures conditions de travail dans l’environnement de travail, mais pour des régions où il y a des particularités, comme la mienne [l’Outaouais], des mesures à plus long terme. »

« Manque de transparence »

À Québec solidaire, le député Gabriel Nadeau-Dubois a dit ne pas avoir su que les nouvelles diplômées étaient incluses dans les statistiques. « C’est de la belle comptabilité créative, c’est le moins qu’on puisse dire », a-t-il affirmé.

Le cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, a souligné que la grande période des embauches de personnes diplômées arrive entre les mois de septembre à décembre. « Nous savons qu’une grande proportion des 1 356 embauches est issue de la main-d’œuvre indépendante », ont-ils donc fait valoir. « Ce sont des résultats très encourageants. On va continuer de travailler fort pour convaincre ceux qui ont quitté le réseau, peu importe la raison, de revenir travailler. » De l’avis du ministre, « c’est en ayant du personnel supplémentaire et des équipes stables qu’on pourra continuer d’offrir des horaires de travail plus favorables et une meilleure conciliation travail-vie personnelle ».

Le Devoir a sollicité tous les établissements pour obtenir un bilan des renforts embauchés depuis septembre. Au total, 26 ont offert une réponse. Environ la moitié de ceux-ci ont donné des chiffres sur la provenance des nouveaux employés (secteur privé ou retraite), comme Le Devoir l’avait demandé.

« Le manque de transparence du système de santé québécois, ce n’est pas une nouvelle », a dit M. Nadeau-Dubois à ce sujet. « C’est un problème structurel qui est directement lié à la centralisation libérale, qui fait partie de cette culture de gestion autoritaire, “top down”, souvent méprisante pour les employés, qui est celle du système québécois. Il faut casser cette culture-là. »

Le député péquiste Joël Arseneau a lui aussi souligné qu’il n’était « pas évident d’avoir le portrait d’ensemble de la situation ».

« Mais nous, ce qu’on retient, c’est l’ensemble de l’œuvre. Le gouvernement, plutôt que de changer le mode de fonctionnement dans les hôpitaux, de se prononcer pour l’abolition du “temps supplémentaire obligatoire”, il a voulu offrir des primes et à l’évidence, ça ne fonctionne pas. Ou ça ne fonctionne pas aussi bien qu’on le voudrait », a-t-il poursuivi. Il a demandé au gouvernement de « véritablement s’engager » à ne plus avoir recours aux agences de placement ni aux heures supplémentaires obligatoires. « Ce sont des solutions structurantes comme celles-là qui vont être plus attractives pour les infirmières. »

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