Une enquête du coroner bel et bien déclenchée sur la mort d’un homme à l’hôpital d’Amos

Richard Genest s’est heurté aux portes fermées des urgences de Senneterre dans la nuit de mardi à mercredi. Il est mort deux heures plus tard dans l’ascenseur du centre de santé d’Amos.
Photo: Getty Images/iStockphoto Richard Genest s’est heurté aux portes fermées des urgences de Senneterre dans la nuit de mardi à mercredi. Il est mort deux heures plus tard dans l’ascenseur du centre de santé d’Amos.

Le Bureau du coroner a ouvert jeudi une enquête sur la mort de Richard Genest, cet homme de Senneterre décédé à Amos après un long trajet en ambulance. Mais alors même que l’investigation prenait son envol en début de journée, Québec réitérait qu’il n’y avait « pas matière » à enquêter.

Toute la matinée, entre 9 h et midi, le premier ministre François Legault et son ministre de la Santé, Christian Dubé, ont répété qu’il n’y avait « aucun lien à faire » entre le décès de M. Genest, la mauvaise desserte ambulancière et la fermeture de l’urgence de Senneterre 16 heures par jour.

« Après consultation avec un médecin, [le coroner] a déterminé qu’il n’y avait pas matière à enquête », a soutenu François Legault lors de la période de questions. Il l’a répété vers midi, lors d’une conférence de presse.

« Même si c’est un drame, il faut quand même séparer le cas particulier de M. Genest de deux enjeux : la fermeture des urgences la nuit et le service ambulancier », avait lancé Christian Dubé à son arrivée à l’Assemblée nationale.

Or, le Bureau du coroner enquêtait déjà. Il a ouvert le dossier à 8 h 30 jeudi, a confirmé le responsable des communications de l’organisme, Jake Lamotta Granato, au Devoir. L’objectif : « faire la lumière sur les circonstances qui ont mené au décès ».

M. Genest a perdu la vie dans la nuit de mardi à mercredi. Il n’avait pas pu se faire soigner au CLSC de Senneterre, fermé la nuit en raison d’un manque de personnel.

« Ça n’aurait pas changé »

Québec maintient que sa version des faits repose sur celle de la présidente-directrice générale du CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, Caroline Roy. C’est elle qui aurait indiqué au gouvernement que « ça n’aurait pas changé la situation si l’urgence avait été ouverte ».

« Hier soir, Christian Dubé a appelé la p.-d.g. du CISSS, qui lui a dit qu’il n’y a pas de lien, a indiqué François Legault jeudi. Tout ce qu’on a fait, c’est répéter ce que la p.-d.g. a dit. Je n’ai pas fait une enquête pour savoir si on a besoin d’une enquête. »

Après avoir appris que le coroner se penchait bel et bien sur la mort de Richard Genest, le premier ministre a soulevé que « les ambulances » pouvaient potentiellement être en cause. « Il y a peut-être eu un problème du côté des ambulances. Tu sais, la priorisation, là », a-t-il observé.

M. Genest est mort à l’hôpital d’Amos, deux heures après avoir appelé les services d’urgence et 140 kilomètres de route en ambulance plus loin. Son décès a été constaté mercredi dans l’ascenseur du centre de santé d’Amos. Le patient avait auparavant été amené à Val-d’Or, non sans attendre que les employés paramédicaux, déjà occupés, se libèrent.

En raison de problèmes de main-d’œuvre, le CISSS a annoncé en septembre un plan de contingence qui inclut la fermeture de l’urgence de Senneterre la nuit. « Le trajet que le patient a dû faire, c’est comme partir de Montréal, aller virer à Joliette pour se faire dire que le spécialiste dont on a besoin est à Saint-Jérôme. Le patient est décédé dans l’ascenseur à quelques minutes du spécialiste qui aurait pu le sauver », s’est insurgée jeudi la députée solidaire de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien.

À son avis, il était « extrêmement important » qu’un coroner se saisisse du dossier. « Senneterre, c’est le symptôme d’une maladie plus profonde, notre système est en hémorragie en Abitibi-Témiscamingue, et le ministre n’a même pas de “plaster”. Je ne sais même pas s’il est en train de chercher la boîte », a-t-elle poursuivi.

Jeudi matin, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois avaient eux aussi dit s’attendre à une enquête du coroner.

Une gestion pointée du doigt

En point de presse, la cheffe libérale, Dominique Anglade, a exigé « une très sérieuse prise de conscience » de la part du gouvernement après le décès de M. Genest.

« C’est la décision du gouvernement de fermer l’urgence, et si vous parlez aux gens de Senneterre aujourd’hui, ils vont vous dire que, sans aucun doute, c’est la conséquence de la fermeture de l’urgence », a-t-elle lancé. Elle a réclamé la réouverture des urgences en tout temps à Senneterre, « comme à Gatineau, comme à Lachine, comme à Coaticook ». « Il y a des solutions sur le terrain, [les gens] sont arrivés avec des propositions et ils n’ont jamais été entendus. On a un gouvernement qui n’écoute pas », a-t-elle pesté.

À la période de questions, le premier ministre lui a reproché d’établir des liens entre les événements « sans avoir les faits ». « J’invite la cheffe de l’opposition officielle à se ressaisir, à être digne de son poste », a-t-il suggéré. « C’est tellement facile de critiquer, mais c’est plus difficile de proposer. Qu’est-ce qu’elle propose, concrètement ? Qu’est-ce qu’elle propose ? » a-t-il aussi clamé.

Le député péquiste Joël Arseneau a, lui aussi, montré du doigt la gestion pratiquée par le gouvernement. « C’est lui qui est responsable de la desserte actuelle en matière de soins de santé de première ligne à Senneterre aujourd’hui, a-t-il souligné. Moi, je trouve absolument aberrant que la décision de fermer l’urgence ait été prise. Je réclame aujourd’hui même qu’elle soit rouverte et qu’on trouve des ressources. »



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