L’opposition reproche à Québec d’avoir «fabriqué» un document

« Si l’information s’avère et qu’on a fabriqué des documents sans spécifier qu’il s’agit d’une fabrication, ça aussi, c’est un mensonge important, c’est de la fabrication de faux », a lancé le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne « Si l’information s’avère et qu’on a fabriqué des documents sans spécifier qu’il s’agit d’une fabrication, ça aussi, c’est un mensonge important, c’est de la fabrication de faux », a lancé le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon.

Le Parti libéral du Québec et le Parti québécois soupçonnent le gouvernement d’avoir « fabriqué » un document pour contourner les questions de la coroner Géhane Kamel sur les décès en CHSLD.

Me Kamel cherche à obtenir les rapports des visites de vigie effectuées en CHSLD lors de la première vague de la COVID-19. Pour toute réponse, elle a reçu lundi un « rapport vierge » accompagné d’une « fiche Excel ». « Qu’est-ce que je fais avec ça ? », a-t-elle demandé, incrédule. Elle s’est ensuite réservé le droit d’assigner des inspecteurs à témoigner.

Le document en question a été créé le 16 novembre 2021, le jour même où la sous-ministre adjointe de la direction générale des aînés et des proches aidants, Natalie Rosebush, a témoigné à l’enquête de la coroner. À ce moment, la haute fonctionnaire avait déclaré que Québec n’avait conservé aucune trace des visites de vigie menées dans les CHSLD et les résidences pour aînés (RPA) durant la première vague de la pandémie.

Elle avait néanmoins déclaré que certaines grilles étaient remplies manuellement. La coroner avait alors demandé d’obtenir une copie « des grilles des visites de vigie pour la première vague pour les CHSLD couverts par l’enquête ». C’est à la suite de cet engagement qu’elle a reçu le fichier Excel.

Or de l’avis du chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon, le document en question n’est rien de plus qu’une « reconstitution », « une fabrication datée du 16 novembre ». « Donc, si l’information s’avère et qu’on a fabriqué des documents sans spécifier qu’il s’agit d’une fabrication, ça aussi, c’est un mensonge important, c’est de la fabrication de faux », a-t-il lancé.

« On a eu un tableau qui a été fabriqué de toutes pièces le 16 novembre, le jour même de la comparution de la sous-ministre adjointe devant la coroner », a aussi souligné le libéral André Fortin.

À Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas voulu pousser les allégations aussi loin. « Je n’irai pas là. Je n’ai pas d’information, moi, qui me permette de lancer des allégations comme ça, mais c’est la preuve que la coroner, en ce moment, se bute à des obstacles et que ces obstacles-là sont du côté du gouvernement », a-t-il déclaré.

Les libéraux ont ensuite demandé au gouvernement « d’arrêter de niaiser avec l’information » et de faire preuve « de la transparence la plus totale ». « On le doit aux familles des gens qui sont décédés et qui veulent savoir dans quelles conditions ces personnes-là sont décédées », a souligné M. Fortin. Il a dit comprendre « l’exaspération » de la coroner Kamel. « La ministre de la Santé de l’époque ment devant la coroner, ment sous serment. Quand on voit qu’on envoie des informations parcellaires, qui ne sont pas satisfaisantes, qui ne permettent pas de faire son travail, à sa place, moi aussi je serais frustré », a-t-il lancé.

Un jeu dangereux, selon Legault

 

Le premier ministre, François Legault, a reproché aux oppositions de jouer « un jeu dangereux ». « Je veux être clair : depuis le début, et tant que je serai premier ministre, toutes les informations qu’on a, on va les donner », a-t-il assuré.

Il a ensuite déclaré que la coroner avait demandé « les 11 000 grilles d’évaluation », et non seulement « les informations concernant les cinq, six CHSLD » sur lesquels l’enquête publique porte. Or, la coroner a bel et bien demandé les grilles des visites de vigie dans les CHSLD visés par son enquête seulement.

Au Salon bleu, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a déclaré que le gouvernement allait finalement remettre à la coroner l’ensemble des rapports de vigie produits lors de la première vague. « C’est 1100 rapports de vigie qui ont été faits durant cette période-là. C’est plus que ce que la coroner a demandé. On a décidé, par souci de transparence, de tout lui remettre », a-t-il affirmé. « Et si jamais elle en veut encore plus, on s’engage à la faire parce qu’on veut, nous aussi, mettre toute la lumière [sur cette histoire] », a-t-il poursuivi.

« Il n’y a pas personne du côté du ministère qui bloque de l’information, soyons très clairs. Tout ce que la coroner demande, on va lui fournir », a-t-il encore insisté.

Enquête publique indépendante

 

Le débat sur les rapports de vigie a amené le PQ à reformuler sa demande de tenir une enquête publique et indépendante sur la gestion de la pandémie.

« Et on demande de réentendre, de contraindre à nouveau les témoins pour qu’ils s’expliquent sur l’incompatibilité, la confusion totale dans les témoignages depuis le début de l’enquête de la coroner », a souligné M. St-Pierre Plamondon. « Parce que ça commence à ressembler à de l’entrave, à de l’obstruction, un gouvernement qui ne veut pas collaborer avec la coroner qui a le mandat, pour autant, de faire la lumière sur ce qui s’est passé durant la première vague. »

M. Nadeau-Dubois a quant à lui déclaré que « ça n’[avait] pas d’allure qu’on ne soit pas capables de faire la lumière, d’avoir les rapports d’inspection qui ont eu lieu dans les CHSLD dans le cadre d’une enquête, dont l’objet c’est faire la lumière sur ce qui s’est passé dans les CHSLD ».

« Si on n’est pas capables d’avoir ça, ce n’est pas demain la veille qu’on va savoir ce qui s’est passé à la cellule de gestion de crise du gouvernement, là. C’est pour ça qu’il faut un exercice beaucoup plus large, beaucoup plus profond : [une] enquête publique indépendante », a-t-il martelé.

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