François Legault est «paternaliste» et «arrogant», disent des chefs autochtones

François Legault a annoncé vendredi que le gouvernement allait investir 10 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir la toute nouvelle École de dirigeants des Premières Nations de HEC Montréal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir François Legault a annoncé vendredi que le gouvernement allait investir 10 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir la toute nouvelle École de dirigeants des Premières Nations de HEC Montréal.

François Legault est « arrogant » et « paternaliste », ont dénoncé de nombreux chefs autochtones, après son passage vendredi au Grand Cercle économique des peuples autochtones et du Québec.

M. Legault avait d’abord prévu de ne pas rencontrer les chefs, préférant faire seulement un discours devant les participants réunis. Devant l’insistance des chefs, et après 30 minutes de retard, il a finalement accepté d’accorder un total de trois questions à la fin de son allocution, ont-ils expliqué.

« Il n’avait pas le temps de rencontrer les chefs, mais il avait le temps de parler aux médias », a déclaré le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, faisant référence à la conférence de presse qui a immédiatement suivi le passage sur scène du premier ministre.

L’un des chefs, Réal McKenzie, a choisi d’interroger M. Legault sur la question territoriale, pour lui demander d’ouvrir des « discussions sur les redevances que devraient recevoir les nations autochtones en échange de l’exploitation de leurs terres ». Le chef John Martin, lui, a abordé la manière dont les politiques d’accès aux ressources naturelles sont formulées, qui selon lui excluent les nations autochtones.

Dans les deux cas, le premier ministre n’a pas voulu s’avancer, disant plutôt qu’il est « prêt à s’asseoir avec chacun d’entre [eux] pour développer des projets concrets », où les communautés recevraient « une part des profits ». Comme « les réalités sont différentes d’une nation à l’autre », il a dit vouloir discuter avec chaque communauté séparément.

« Il n’a pas du tout répondu à la question », a affirmé le chef Martin.

Le chef McKenzie, lui, a tenu à remettre les pendules à l’heure : « le territoire exploité,  c’est notre chez-nous ; quand on parle de redevances, ce n’est pas le montant associé qui est important, c’est le titre ».

« Nous pouvons nous aussi gérer nous-mêmes de grands projets » sans avoir besoin de laisser la place à des compagnies d’exploitation, a ajouté le chef Picard.

Multiples investissements

 

Le premier ministre a annoncé durant sa présentation que le gouvernement allait investir 10 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir la nouvelle École de dirigeants des Premières Nations de HEC Montréal, dont le dévoilement a eu lieu jeudi.

Plus tôt, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, avait déclaré que 3,3 millions de dollars seraient alloués à un projet hôtelier à Kahnawake.

À la demande de la grande cheffe de cette même communauté, Kahsennenhawe Sky-Deer, M. Legault a donné son appui à une potentielle exposition à portée internationale sur le thème des cultures autochtones. « Oui, j’aimerais beaucoup avoir ce genre d’exposition, a-t-il dit. Il nous faut un lieu qui rend la connaissance de vos cultures accessible aux Québécois. »

Il a aussi signifié son intérêt de voir des projets se développer en partenariat avec les Autochtones, dans le but de « limiter nos importations de produits et [de] fabriquer ici, au Québec, pour être plus autonomes ». « Il y a une vingtaine de minéraux stratégiques qu’on a, surtout dans le Nord-du-Québec, qui vont être importants pour l’avenir, pour développer des batteries. »

Il a aussi fait valoir que le « boom démographique » présent chez les Premières Nations et les Inuits pourrait être avantageux dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, surtout pour pourvoir des postes « d’infirmières, d’enseignants, d’éducatrices de garderie, en technique de l’information, en génie et en construction », où les besoins sont les plus criants.

« Il est en mode électoral, a déclaré le chef Picard. Il fait une poignée d’annonces pour polir son image. »

Selon lui, « saisir l’opportunité de l’événement pour faire un passage […] ça démontre une certaine arrogance ».

Cet article a été produit avec le soutien financier des bourses Facebook et La Presse canadienne.

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