Visites dans les CHSLD : Dubé refuse de dire s’il a tous les rapports en main

Le ministre Dubé s’est levé trois fois pour demander que l’on respecte le processus d’enquête de la coroner Géhane Kamel.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre Dubé s’est levé trois fois pour demander que l’on respecte le processus d’enquête de la coroner Géhane Kamel.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, refuse de dire s’il a en main tous les rapports d’inspection réalisés à la suite de « visites de vigie » dans des CHSLD au printemps 2020.

La question lui a été posée à trois reprises, jeudi, par le député libéral Marc Tanguay. Le ministre s’est levé trois fois pour demander que l’on respecte le processus d’enquête de la coroner Géhane Kamel.

Toute la semaine à l’Assemblée nationale, l’opposition a maintenu la pression sur le gouvernement Legault afin qu’il s’explique sur sa gestion de la crise dans les CHSLD, qui a fait 4000 morts en quatre mois.

Jeudi, M. Tanguay a voulu savoir si le ministre avait en sa possession toutes les grilles d’inspection qui ont été remplies manuellement par les employés effectuant les visites de vigie.

Il a plaidé que les informations contenues dans ces grilles étaient « névralgiques », car elles expliquaient les conditions d’hébergement des aînés lors de la crise.

« Il est […] inacceptable que le ministre ne daigne pas répondre à une question simple : les grilles de visites remplies manuellement au plus fort de la crise sont-elles disponibles oui ou non dans leur entièreté ?

« Il noie le poisson et […] ne fait qu’ajouter une couche d’opacité dans une recherche de vérité que l’on veut pour tous les Québécois et pour les familles endeuillées », a déploré en entrevue M. Tanguay.

Les visites de vigie dans les CHSLD n’ont commencé que le 14 avril 2020, après la découverte de la tragédie au CHSLD Herron.

La sous-ministre adjointe aux Aînés, Natalie Rosebush, a déclaré le 16 novembre dernier devant la coroner qu’il n’y avait pas de consigne à l’époque de conserver ce qui était rempli par les inspecteurs.

La haute fonctionnaire a expliqué que les inspecteurs consignaient des informations dans un fichier qui « écrasait » les constats notés lors de visites précédentes.

Aucun rapport n’a été détruit, a plutôt affirmé le premier ministre François Legault cette semaine, à l’Assemblée nationale. Des copies de secours permettraient l’accès aux données « écrasées ».

Le Bureau du coroner a depuis annoncé que Mme Rosebush serait de nouveau entendue le 1er décembre. Il n’était pas en mesure jeudi de dire si oui ou non il avait reçu tous les rapports d’inspection.

La ministre qui était responsable des aînés durant la pandémie, Marguerite Blais, est en arrêt de travail et ne répondra pas aux questions de la coroner. Le bureau de Mme Blais ignore quand elle sera de retour.

Legault reconnaît que des aînés ont manqué de soins

Lors d’une période des questions forte en émotions jeudi, le premier ministre a reconnu qu’« effectivement, il y a des aînés qui n’ont pas reçu les services qu’ils auraient dû recevoir ».

« Et on est tous mal à l’aise face à ça, M. le président, mais on a vécu une pandémie historique », a-t-il plaidé.

M. Legault répondait aux questions de la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, qui voulait savoir pourquoi, malgré tous les signes avant-coureurs, le gouvernement n’avait pas mieux protégé les CHSLD.

« On n’a pas eu cette alerte-là, a insisté le premier ministre. Aujourd’hui, on se dit : “Bien, on aurait dû agir avant.” Bien oui. Si on l’avait su, on l’aurait fait. »

Le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, a témoigné lors de son passage devant la coroner le 15 novembre qu’il était conscient du danger qui guettait les résidants des CHSLD dès janvier 2020.

L’ex-ministre de la Santé Danielle McCann avait également affirmé qu’elle le savait dès janvier, pour plus tard déclarer avoir réellement pris conscience du danger le 9 mars 2020.

« La cellule de crise savait, s’inquiétait, mais n’a pas préparé les CHSLD. Ça, c’est l’abandon de sa responsabilité », a martelé le leader parlementaire du Parti libéral, André Fortin.

Sa collègue, la députée de Fabre, Monique Sauvé, a fondu en larmes au moment de questionner le gouvernement sur sa décision de bloquer l’accès des CHSLD aux proches aidants.

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