Québec distribue ses revenus imprévus

Le gouvernement Legault amorcera l’année électorale en distribuant des revenus imprévus aux contribuables plutôt que d’éponger plus rapidement le déficit budgétaire.
 

Le ministre des Finances, Eric Girard, a annoncé jeudi de « nouveaux investissements » totalisant 10,7 milliards sur cinq ans, dont 2,1 milliards pour aider les Québécois à « combattre l’inflation » galopante. « Le gouvernement est là pour aider les citoyens », a-t-il soutenu, tout en invitant les Québécois à se tourner vers la « calculette du ministère des Finances » pour connaître ce qu’ils retireront du « minibudget ».
 

M. Girard a annoncé jeudi que l’année financière 2021-2022 se soldera par un manque à gagner de quelque 6,9 milliards et non de 12,3 milliards (-5,4 milliards) comme il l’appréhendait en mars dernier.
 

L’ex-trésorier de la Banque Nationale anticipe une croissance économique « exceptionnelle » de 6,5 % cette année, soit plus qu’au Canada et aux États-Unis. Eric Girard en a donné le « crédit » aux Québécois qui ont fait preuve d’« adaptation » et de « résilience » tout au long de la pandémie de COVID-19.
 

Le gouvernement québécois ne devance pas le retour à l’équilibre budgétaire pour autant. Il renouera avec le déficit zéro d’ici six ans et demi, soit le 31 mars 2028, afin d’opérer une « transition plus douce », a dit M. Girard.
 

« On s’est assuré que les missions principales de l’État sont bien financées. […] On veut que le retour à l’équilibre budgétaire se fasse avec le moins de difficulté », a fait valoir M. Girard, décrivant le cadre financier gouvernemental de « très prudent ».
 

« La force de la reprise a un impact majeur sur la situation financière du Québec », a indiqué le ministre caquiste.
 

Le gouvernement canadien n’est toutefois pas étranger à l’assainissement des finances publiques. En effet, Québec s’attend à recevoir des transferts fédéraux totalisant environ 2,6 milliards qui étaient non prévus en mars dernier, dont 1,1 milliard pour appuyer le système de santé et la vaccination contre la COVID-19 et 660 millions pour renforcer le système de services de garde des jeunes enfants.
 

Cette manne permet au gouvernement d’annoncer de nouvelles dépenses correspondant au double de ce que prévoit habituellement la mise à jour économique et financière du gouvernement.
 

À moins d’un an du scrutin, le ministre a rejeté tout rapprochement entre cette échéance et les mesures annoncées. « Honnêtement, moi, je n’ai pas pensé à l’élection une fois dans les 12 derniers mois, a-t-il dit à la presse. […] Un cadre financier solide inspire la confiance, et on a besoin que les gens se sentent en confiance pour consommer et investir. »
 

Contrer la hausse du coût  de la vie

En se fiant aux prévisions de la Banque du Canada, le ministre s’attend à voir l’inflation passer de 4 % en 2021 à 2 % en 2022.
 

Entre-temps, une prestation exceptionnelle sera mise en place pour les personnes à faible ou moyen revenu qui sont admissibles au crédit d’impôt pour solidarité. À partir du 24 janvier 2022, une personne seule recevra 275 $ de plus, une somme qui pourra atteindre 400 $ pour un couple. Cette mesure se limitera à l’année 2022 et devrait toucher 3,3 millions de personnes.
 

« C’est une compensation exceptionnelle pour une situation exceptionnelle », a souligné M. Girard.
 

Le gouvernement doublera aussi le montant pour le soutien des aînés de 70 ans et plus. Il passera de 209 $ à 400 $. En tout, 709 000 aînés bénéficieront de cette aide additionnelle prévue pour cinq ans.
 

Services de garde

Une aide supplémentaire, rétroactive au 1er janvier 2021, est mise en place pour les contribuables dont l’enfant fréquente un service de garde non subventionné. Le crédit d’impôt en vigueur actuellement sera bonifié. Le but est d’éliminer l’écart avec le tarif quotidien des garderies subventionnées, qui est de 8,50 $.
 

« Pour une famille d’un revenu entre 60 000 et 100 000 $, c’est 1310 $ d’économie », a dit le ministre Girard.
 

Au total, 1,1 milliard est prévu pour cette mesure d’ici 2025-2026.
 

Toujours sur le front de l’accessibilité aux services de garde, 1,2 milliard est prévu sur cinq ans pour la création des 37 000 places subventionnées annoncées par le gouvernement.

Une partie de la compensation de 6 milliards annoncée par le premier ministre Justin Trudeau servira à couvrir la création de ces nouvelles places subventionnées ainsi que la hausse du crédit d’impôt pour les services non subventionnés.
 

M. Girard n’a pas précisé quelle part du financement fédéral ira à des places en garderie. « On ne prend pas tout l’argent du transfert du fédéral pour les services de garde », a dit le ministre.
 

Main-d’œuvre
 

Le gouvernement prévoit ajouter 2,9 milliards sur cinq ans pour « former, requalifier et attirer des travailleurs en santé, en éducation, dans les services de garde, le génie, les technologies de l’information et la construction ». L’objectif est de pourvoir 170 000 postes d’ici cinq ans.
 

De cette somme de 2,9 milliards, 1,7 milliard est destiné à un programme de bourses pour les étudiants inscrits dans les secteurs d’activités recherchés. Au terme de leur formation, les étudiants pourront recevoir entre 9000 $ et 20 000 $ pour un programme de quatre ans.
 

4,4 milliards de plus pour renforcer le système de santé
 

Par ailleurs, le ministre des Finances prévoit des investissements additionnels de 4,4 milliards sur trois ans pour « renforcer le système de santé », c’est-à-dire 3,6 milliards en 2021-2022, 614 millions en 2022-2023 et 184 millions en 2023-2024.
 

Le gouvernement prévoit consacrer 804 millions en deux ans et demi pour raccourcir la liste d’attente des interventions chirurgicales, qui s’est allongée durant la pandémie de COVID-19. Pas moins de 400 millions proviendront des économies dégagées par l’Institut de la pertinence des actes médicaux (IPAM).
 

Le ministère de la Santé compte effectuer quelque 125 000 interventions chirurgicales électives supplémentaires d’ici le 31 mars 2024. Il appellera en renfort les cliniques privées pour y parvenir. En effet, celles-ci effectueront 14 % du nombre total de ces interventions.

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