Québec reproche encore à Ottawa de s’ingérer dans ses champs de compétence

«Je continue à dire qu’on est capables d’implanter [les recommandations de la protectrice du citoyen sur les CHSLD] et de prendre nos responsabilités», a réagi la ministre responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, au lendemain du discours du Trône.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Je continue à dire qu’on est capables d’implanter [les recommandations de la protectrice du citoyen sur les CHSLD] et de prendre nos responsabilités», a réagi la ministre responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, au lendemain du discours du Trône.

N’en déplaise à Québec, Ottawa est déterminé à fixer des « normes nationales » de soins de longue durée.

« Le gouvernement fédéral a une responsabilité de contribuer à améliorer les conditions de vie, la santé, la sécurité de nos aînés », a fait valoir le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, au lendemain de la publication d’un rapport dévastateur de la protectrice du citoyen du Québec sur l’impréparation des CHSLD à affronter la COVID-19. « Moi, je l’ai vu dans ma circonscription avant la COVID-19 que les gens vivent dans des conditions, parfois, d’insalubrité préoccupante. Donc, on a tous la responsabilité : un, d’en prendre conscience, et c’est ce qu’on a vu [mardi], entre autres au Québec ; et, deux, de travailler ensemble pour que ça change à court et à moyen terme », a-t-il ajouté.

Le député fédéral de Québec mise sur son approche des « 3 R » — « le respect des compétences, la responsabilité partagée et l’accent sur les résultats » — pour trouver un terrain d’entente avec les provinces réticentes à l’idée de voir le gouvernement fédéral faire la pluie et le beau temps dans leurs champs d’exercice.

Le lieutenant du gouvernement libéral au Québec, Pablo Rodriguez, a aussi réaffirmé la volonté du fédéral non pas d’« imposer des quotas ou quoi que ce soit » aux provinces, mais de « travailler » avec elles afin de doter les établissements de soins de longue durée des meilleures pratiques. « Un aîné, c’est un être humain, ce n’est pas une phrase dans la Constitution. Ce sont des personnes à qui on doit tout », a-t-il affirmé, jugeant « inacceptable » et « indéfendable » le sort subi par les résidents qui ont été assaillis par la COVID-19, et ce, partout au pays.

Ottawa, coupable

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a quant à lui montré du doigt le gouvernement fédéral pour les malheurs qui se sont abattus sur les CHSLD durant la pandémie de COVID-19. « Puisque le financement fédéral a été déficient depuis toutes ces années, on doit considérer que le refus du fédéral de remplir ses responsabilités soit une cause fondamentale des drames qu’on a connus », a-t-il déclaré, tout en appelant de nouveau le gouvernement libéral à tenir un sommet sur le financement des soins de santé qui regrouperait notamment les premiers ministres fédéral et provinciaux.

De son côté, le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, a dit refuser de trouver des coupables pour les « drames abominables » vécus par des résidents de CHSLD durant le premier printemps pandémique. Son gouvernement sera « là » pour assurer la « sécurité » des Canadiens dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée, a-t-il promis durant la première période de questions de la session parlementaire, mercredi après-midi.

Québec se dit « capable »

En matinée, le gouvernement de François Legault s’était offusqué « à nouveau [de] la propension marquée » d’Ottawa à agir à l’intérieur des champs de compétence du Québec. « Naturellement, on n’est pas surpris », avait dit la ministre responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, au lendemain du discours du Trône, prononcé à Ottawa.

Malgré le rapport accablant de la protectrice du citoyen sur les CHSLD, il est hors de question d’accepter des normes nationales sur les soins de longue durée, avait soutenu Mme LeBel. « Je continue à dire qu’on est capables d’implanter [les recommandations de la protectrice] et de prendre nos responsabilités. »

Le rapport de Marie Rinfret déposé mardi fait état de retards importants dans la réaction du gouvernement à la crise sanitaire dans les CHSLD. Selon elle, Québec a placé les hôpitaux « au centre de la crise » et n’a pas agi concernant les foyers pour personnes âgées avant la mi-mars 2020.

La gouverneure générale, Mary Simon, avait mentionné mardi les intentions du gouvernement de Justin Trudeau de « renforcer » les soins de longue durée, mais aussi les soins en santé mentale. Elle avait aussi abordé la question du logement et de l’habitation.

« Ce sont nos compétences, nos expertises », a rétorqué la ministre LeBel, à Québec. « En matière de santé, c’est à nous de voir où l’argent doit être mis », a-t-elle poursuivi, exhortant une nouvelle fois Ottawa à délier les cordons de la bourse pour augmenter les transferts fédéraux en santé.

Les armes de poing au menu

Mardi, la vice-reine du Canada a indiqué que le fédéral offrait aux municipalités et aux provinces tous les outils pour interdire les armes de poing sur leur territoire. Or, depuis des semaines, Québec presse Ottawa d’agir aux frontières afin de résoudre le problème d’armes à feu constaté à Montréal cette année. « Laissez-nous nous occuper de nos compétences et occupez-vous de la [vôtre], a souligné Sonia LeBel, mercredi. S’il y a une chose : bannir les armes à feu aux frontières. » « C’est à eux d’agir », a-t-elle poursuivi.

En février, les élus de l’Assemblée nationale s’étaient prononcés à l’unanimité pour obtenir d’Ottawa ses propres pouvoirs de contrôle sur les armes de poing. Québec n’a pas effectué de démarches supplémentaires dans le dossier depuis.

Naturellement, on n’est pas surpris [en voyant la propension d’Ottawa à agir à l’intérieur des champs de compétence du Québec]

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