Le Québec n’est pas une terre de main-d’oeuvre bon marché, dit Legault

François Legault a balayé, une nouvelle fois, l’idée de tirer vers le haut les seuils d’immigration, sur laquelle misent des gens d’affaires pour pourvoir des milliers de postes vacants au Québec.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault a balayé, une nouvelle fois, l’idée de tirer vers le haut les seuils d’immigration, sur laquelle misent des gens d’affaires pour pourvoir des milliers de postes vacants au Québec.

Le premier ministre François Legault veut dissuader les entreprises cherchant de la main-d’œuvre bon marché de s’établir au Québec.

« Nous, ce qu’on veut, c’est plus d’emplois à 25, 30 ou 40 piastres de l’heure », a-t-il insisté lors de son passage dans l’usine du fabricant de bornes de recharge électriques AddÉnergie, à Shawinigan vendredi. Il y avait présenté quelques minutes plus tôt la « nouvelle vision économique post-pandémie » de COVID-19 de son équipe gouvernementale. « S’il y a des entreprises qui veulent venir [pour] 15 piastres de l’heure, on va être obligé de leur dire : “ Malheureusement, on n’a pas cette main-d’œuvre-là ” », a-t-il ajouté devant un parterre d’élus, d’employeurs et de travailleurs de la Mauricie.

M. Legault a balayé, une nouvelle fois, l’idée de tirer vers le haut les seuils d’immigration, sur laquelle misent des gens d’affaires pour pourvoir des milliers de postes vacants au Québec. « À 50 000 [immigrants] par année, on a atteint notre capacité d’intégration », a-t-il affirmé, tout en ajoutant que la « moitié » des immigrants accueillis au Québec avant l’arrivée de la Coalition avenir Québec (CAQ) aux commandes de l’État il y a trois ans « ne parlent pas français ». « Si on veut continuer de parler français dans les prochaines générations, il y a une limite au nombre d’immigrants qu’on peut rentrer. Disons-nous les choses comme elles sont : d’abord, il faut s’occuper des Québécois », a-t-il poursuivi, mentionnant que le salaire est 9 % plus bas au Québec qu’en Ontario.

Immanquablement, des dizaines et des dizaines de milliers de postes ne trouveront pas de preneurs. « Il faut arrêter de penser qu’on va combler tous les postes. […] On est rendu à près de 200 000 [emplois non comblés]. Ça se peut qu’on monte à 300 000. Puis, c’est comme ça dans tous les endroits, partout dans le monde. L’objectif, ce n’est pas de combler tous les emplois. L’objectif, c’est d’abord de combler les emplois essentiels — infirmières, enseignants… tous ceux qui donnent des services essentiels — et là où on veut aider aussi, c’est s’assurer que les Québécois aient accès à des emplois payants », a expliqué M. Legault, pointant les « domaines d’avenir » de l’économie verte, des technologies de l’information et du génie où l’État offrira des « incitatifs ».

Le gouvernement caquiste compte sur le jeu de l’offre de main-d’œuvre (très faible) et de la demande de main-d’œuvre (très élevée) pour accroître le salaire moyen des Québécois. « Ce sont les travailleurs qui ont le gros bout du bâton. Et c’est une bonne chose pour les travailleurs », a fait valoir le premier ministre.

M. Legault s’est dit persuadé de pouvoir accélérer la croissance de l’économie québécoise tout en intensifiant la lutte contre les changements climatiques. « On doit faire les deux », a-t-il fait valoir, refusant net d’embrasser la décroissance économique.

Achat local

M. Legault a dit avoir « un faible » pour l’un des cinq « chantiers » identifiés dans sa « vision économique ambitieuse » coiffée du titre « un Québec qui gagne », soit celui de « la production et de l’achat québécois ».

La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, présentera prochainement un projet de loi afin que « les ministères et les sociétés achètent beaucoup plus au Québec », a-t-il notamment indiqué.

Après la commission Charbonneau, l’État québécois a appliqué scrupuleusement la règle du plus bas soumissionnaire afin de demeurer à l’abri de tout soupçon de « favoritisme ». « Arrêtons d’être naïfs, je pense qu’on peut le faire [— acheter québécois —], surtout avec Sonia LeBel, sans qu’il y ait d’affaires croches », a dit M. Legault.

 

Les cinq chantiers économiques du gouvernement Legault

  • Encourager les entreprises à fabriquer, au Québec, des biens autrefois importés
  • Favoriser les exportations
  • Soutenir la recherche et le développement, la commercialisation, ainsi que la productivité, la compétitivité et l’efficacité
  • Encourager la qualification et la déqualification des travailleurs
  • Réaffirmer le statut de chef de file du Québec, notamment en matière d’électrification des transports et de développement de nouvelles filières énergétiques propres

 



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