Le ministre Dubé veut garder les médecins de famille à l’oeil avec un projet de loi

Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, veut avoir les omnipraticiens à l’œil.

Pour y arriver, l’élu a déposé à l’Assemblée nationale, jeudi, un projet de loi visant à augmenter l’offre de services de première ligne. Celui-ci ne comprend ni mesures de « coercition » ni mesures de « punition » pour les médecins de famille qui ne prennent pas en charge suffisamment de patients, a-t-il précisé en conférence de presse.

M. Dubé demande à l’Assemblée nationale d’autoriser la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) à communiquer, sur « une base locale », les « plages horaires de disponibilité » de tous les omnipraticiens aux gestionnaires du réseau de la santé.

Le ministre, coiffé de son « chapeau de gestionnaire », veut « bien comprendre où sont les forces, mais aussi les choses qu’on devrait améliorer sur la première ligne », et établir un « canevas de négociation pour les prochaines semaines » avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Pour l’heure, il dit continuer de miser sur la politique de la « main tendue » à la FMOQ, qui, espère-t-il, permettra aux Québécois de consulter un médecin dans un délai maximal de 36 heures.

Élu sur la promesse d’assigner un médecin de famille à tous les Québécois, le premier ministre François Legault s’était dit le 27 octobre dernier à bout de patience contre les « quelques milliers de médecins de famille qui ne prennent pas en charge suffisamment de patients ».

À l’heure actuelle, « on n’a pas une vue d’ensemble de la prise de rendez-vous dans une région donnée », a réitéré M. Dubé jeudi.

Le ministre veut également avoir la possibilité de « planifier » des « effectifs médicaux » en « détermin[ant] » par exemple « le pourcentage des plages horaires de disponibilité d’un médecin qui doivent être offertes du lundi au vendredi, avant 8 h et après 19 h, ainsi que le samedi et le dimanche ».

Guichet d’accès unique

Les médecins de famille seront contraints de prendre en charge seulement des personnes figurant parmi les quelque 850 000 inscrites au Guichet d’accès à un médecin de famille, prévoit le projet de loi 11. « Les Québécois sont tannés de s’inscrire sur un guichet qui ne leur donne pas de réponse », a fait valoir M. Dubé en conférence de presse. Selon lui, non pas 850 000, mais plutôt 1,5 million de Québécois n’ont pas de médecin de famille. Il demande à la FMOQ de travailler pour faire « baisser le nombre ».

Par son projet de loi, le gouvernement compte obliger les médecins à « se rendre disponibles » auprès des Québécois, ayant un médecin de famille ou non, uniquement pour le système de prise de rendez-vous électronique.

En effet, le gouvernement s’attend à ce que les Québécois obtiennent un rendez-vous en 36 heures ou moins par le biais de portails Web comme Bonjour-santé. « Donnez-nous des rendez-vous disponibles pour ceux qui n’en ont pas, de patients », a dit M. Dubé en conférence de presse. À ce jour, environ 450 des 600 groupes de médecine de famille (GMF) sont « connectés ». Les autres le seront d’ici la fin de l’année, a indiqué le ministre jeudi.

Des renforts demandés

La FMOQ a salué le « ton posé » adopté par le ministre Dubé jeudi, soulignant par voie de communiqué que la collaboration a « toujours été le leitmotiv des médecins de famille ».

L’association de médecins demande des renforts pour les médecins de famille — qui « travaillent extrêmement fort au Québec », insiste-t-elle —, c’est-à-dire une relève, des infirmières, des psychologues, des travailleurs sociaux, des adjoints administratifs ainsi qu’un accès amélioré aux plateaux techniques et à certaines consultations spécialisées. « Les omnipraticiens souhaitent plus que jamais pouvoir offrir les soins requis à leurs concitoyens », a fait valoir le président de la FMOQ, Louis Godin, jeudi après-midi.

La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, a dénoncé une « opération marketing ». « Le projet de loi ne comprend aucune cible, aucun livrable et aucune obligation, donc les Québécois n’ont aucune garantie d’obtenir les services auxquels ils ont droit », a-t-elle soutenu jeudi.

Le député solidaire Vincent Marissal voit un « relent de Big Brother » dans le projet de loi 11. « Ça semble traduire beaucoup plus l’obsession du ministre comptable de la Santé pour les colonnes de chiffres que pour une réelle accessibilité des patients et des patientes au Québec pour un médecin de famille », a-t-il lancé dans l’hôtel du parlement.

Le député péquiste Joël Arseneau se questionne aussi sur l’objectif poursuivi par le gouvernement caquiste. « Est-ce qu’on veut véritablement augmenter la prise en charge par les médecins de patients québécois ou est-ce qu’on veut s’assurer que les Québécois qui requièrent les services d’un médecin peuvent obtenir un rendez-vous dans les 36 heures ? » a-t-il demandé.



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