Jolin-Barrette n’avait «pas le choix» de reculer sur le projet de loi 2

Le ministre de la Justice éliminera l’exigence d’une opération afin de modifier la mention de sexe dans le projet de loi 2.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Justice éliminera l’exigence d’une opération afin de modifier la mention de sexe dans le projet de loi 2.

Le ministre Simon Jolin-Barrette entend raison en reculant sur différents aspects de son projet de loi 2 sur l’identité de genre, affirment les groupes d’opposition à Québec. Reste à voir à quoi ressembleront les amendements qu’il déposera, disent-ils.

« Et la lumière fut ! » a illustré mardi la cheffe libérale Dominique Anglade, lorsqu’appelée à réagir aux révélations du Devoir selon lesquelles Québec ajustera son projet de loi pour répondre aux accusations de « transphobie » émises dans les dernières semaines.

Le ministre de la Justice a confirmé qu’il amendera plusieurs articles de sa mesure et éliminera l’exigence d’une opération afin de modifier la mention de sexe. Il souhaite ainsi « rassurer » les communautés trans et non binaires, en plus d’éviter de créer des « coming out forcés ».

Selon Mme Anglade, le recul de Québec allait de soi.

« C’est surprenant que la CAQ n’ait pas consulté avant de déposer un projet de loi qui est clairement, tel qu’il était rédigé aujourd’hui, transphobe, qui, vraiment, représente un recul pour les Québécois et les personnes trans, a-t-elle souligné lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale, mardi. Maintenant, on va avoir le détail de ce qui va être proposé par Simon Jolin-Barrette. »

Depuis le dépôt du projet de loi 2, en octobre, des voix s’élèvent pour dénoncer un retour en arrière piloté par le gouvernement caquiste. La députée péquiste Véronique Hivon faisait partie du gouvernement Marois, qui avait décidé le premier de mettre fin à l’exigence de chirurgie pour changer sa mention de sexe. « Le changement effectué en 2013 […] était essentiel », a-t-elle affirmé dans une déclaration, mardi.

« Stress »

Québec solidaire, qui s’était vite insurgé après le dépôt du projet de loi 2, a salué le repositionnement de la Coalition avenir Québec, mardi.

« Je pense que le ministre fait la bonne chose. Il n’a pas le choix de reculer, c’était la chose à faire », a soulevé la co-porte-parole du parti de gauche, Manon Massé.

« Dans les trois dernières semaines, le dernier mois, les personnes trans, non binaires, intersexes ont vécu un stress, une anxiété, une angoisse majeure par rapport à ce qui a été déposé sur la table », a-t-elle ajouté.

En entrevue avec Le Devoir, le président de la Fondation Émergence, Patrick Desmarais, a confirmé les dires de Mme Massé. « Il y a des gens qui ont vraiment été perturbés », a avancé le principal porte-parole de cet organisme de lutte contre la transphobie et à l’homophobie.

Tout en remerciant Simon Jolin-Barrette de son « écoute », il l’invite à agir vite. Lundi, le ministre avait confié au Devoir qu’il comptait procéder « rapidement ». Il devra d’abord entendre différents groupes en consultation particulière, puis procéder à la révision du libellé de son projet de loi lors de l’étude article par article.

Selon le Parti québécois, tout ce processus aurait pu être évité dès le départ. Véronique Hivon, porte-parole de la formation politique en matière de Justice, dénonce les manières de faire du ministre Jolin-Barrette.

« Il est déplorable que le ministre utilise souvent le même modus operandi : le dépôt d’un projet de loi mal ficelé, sans les consultations préalables nécessaires des acteurs du terrain. Cette méthode doit changer et le ministre de la Justice doit faire ses devoirs rigoureusement quant à cette importante réforme », a-t-elle signifié.

Simon Jolin-Barrette recule sur des aspects du projet de loi 2



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