Une première mairesse élue dans la surprise à Gatineau

La candidate indépendante France Bélisle était pourtant donnée perdante par les derniers sondages.
Photo: Boris Proulx Le Devoir La candidate indépendante France Bélisle était pourtant donnée perdante par les derniers sondages.

Deuxième dans les sondages, elle termine première dans l’urne sous une promesse de changement et de meilleure gestion. La candidate indépendante France Bélisle accède au pouvoir à Gatineau, détrônant le parti Action Gatineau après deux mandats au pouvoir.

La centaine de sympathisants de la campagne Bélisle n’en croyaient pas leurs oreilles, à une heure de la fermeture des bureaux de vote de la quatrième ville du Québec. Une salve d’applaudissements a fait trembler les ballons blancs et turquoise, couleurs de la candidate. Sous les néons d’une grande salle d’un centre commercial du secteur Hull, des bénévoles masqués se prenaient dans leurs bras. Le volume de la radio réglé au maximum, la station privée 104,7 Outaouais l’a officialisé : France Bélisle est devenue la première mairesse de Gatineau.

Connue localement pour avoir dirigé l’organisme Tourisme Outaouais, France Bélisle a surtout mis un terme au règne d’Action Gatineau, parti fondé par le maire sortant, Maxime Pedneaud-Jobin, qui quitte la vie politique après huit ans au pouvoir. Ce dernier a fait activement campagne aux côtés de sa dauphine, la conseillère municipale de 33 ans Maude Marquis-Bissonnette, qui a axé ses promesses sur le thème de la lutte contre les changements climatiques, quitte à hausser les taxes municipales.

« Les gens m’ont dit : “enfin on a une mairesse qui nous ressemble” », a déclaré la nouvelle mairesse à son arrivée, peu avant 22 h, très émue, devant une foule de journalistes qui venaient tout juste de déserter le rassemblement de sa rivale.

Sa voix, étouffée par l’émotion, était à peine perceptible à travers les cris de ses sympathisants reprenant en chantant le grand succès de Star Académie, Et c’est pas fini, que les gros haut-parleurs crachaient. « Écoutez, le terrain était tellement bon », a-t-elle laissé tomber, sous-entendant avoir vu venir sa victoire.

La nouvelle mairesse était pourtant donnée perdante par les derniers sondages à Gatineau, qui rapportaient aussi un nombre important d’indécis. La candidate a dû se défendre d’allégations de travail toxique lors de son passage à la tête de Tourisme Outaouais. Forte de ses très nombreuses pancartes électorales très visibles aux quatre coins de la ville, Mme Bélisle a vraisemblablement réussi à convaincre les électeurs du bien-fondé de son slogan : « Votez pour le changement. »

Elle doit avant tout sa victoire à une affaire de personnalité. « C’est d’être vrai […] Ne pas faire de fausses promesses, être à l’écoute », a-t-elle dit, une référence à peine voilée à sa principale adversaire.

Mme Bélisle a axé sa campagne sur le thème de la relance économique. Elle promettait notamment plus de développement à Gatineau grâce aux partenariats public-privé, une gestion plus efficace des finances de la Ville et de meilleures infrastructures. L’élue promet d’être à l’écoute des citoyens durant son mandat.

« C’était David contre Goliath, et David a gagné ! Le véritable mouvement citoyen, c’était nous autres, les amis, a lancé la candidate indépendante durant son discours de victoire. On a vraiment créé un parti à vitesse grand V […] un parti à l’échelle humaine. »

France Bélisle a remercié tour à tour tous ses collaborateurs, ses adversaires et les médias. « Être élue première femme mairesse, depuis la fusion, c’est évidemment un honneur […] Cette place, notre place, il faut la prendre sur la foi de notre expérience et de notre compétence. »

La déception était palpable auprès des troupes d’Action Gatineau, le parti du maire sortant, réunies dans une microbrasserie du quartier Pointe-Gatineau. La candidate défaite, Maude Marquis-Bissonnette, dit être « fière de sa campagne, une campagne d’idées. »

« Aujourd’hui, c’est la démocratie qui parle, on en prend acte. J’ai le plus grand respect pour la démocratie », a-t-elle dit au Devoir, soulignant l’élection d’un nombre record de femmes à Gatineau, notamment de son parti.

Loin derrière ses deux principales rivales, le conseiller municipal Jean-François Leblanc a terminé en troisième position. Trois autres candidats en lice ont obtenu des résultats marginaux.

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