Valérie Plante obtient un deuxième mandat à la tête de Montréal

Valérie Plante a toutes les raisons de sourire. La femme de 47 ans a obtenu dimanche un deuxième mandat d’affilée aux commandes de la métropole québécoise, après avoir signé une victoire décisive contre Denis Coderre et Balarama Holness.

Selon les chiffres de lundi matin, Valérie Plante (Projet Montréal) recueillait 51,2 % des votes comparativement à 37,1 % des votes pour Denis Coderre (Ensemble Montréal) et 7,1 % des votes pour Balarama Holness (Mouvement Montréal).

« Ce que les Montréalais ont confirmé dimanche soir, c’est que l’élection de Projet Montréal en 2017, ce n’était pas un accident de parcours, c’était en fait le début d’une nouvelle ère », a déclaré la mairesse réélue après avoir été accueillie par des centaines de partisans de Projet Montréal gonflés à bloc dans la salle du théâtre L’Olympia dimanche, peu après 22 h.

On peut diriger la Ville de Montréal avec le sourire.

La conseillère de ville du Vieux-Rosemont, Dominique Ollivier, l’accompagnera dans l’exercice du pouvoir. L’ex-commissaire de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) succédera à Benoit Dorais à la présidence du comité exécutif, a confirmé Valérie Plante dans un discours de victoire entrecoupé de rires. « Ce soir, on marque encore l’histoire, on va encore plus loin parce que, pour la première fois, Montréal sera dirigée par deux femmes », a-t-elle fait valoir, quatre ans après avoir fracassé le plafond de verre.

« Mon premier défi m’est imposé, et c’est le défi du budget. Il faudra s’y atteler dès demain puisque ça doit être adopté d’ici à la fin janvier », a indiqué Mme Ollivier, qui entend intensifier « la lutte contre les inégalités » à Montréal.

Valérie Plante est parvenue pour une deuxième fois à obtenir une majorité absolue des votes (52,2 % en 2021, contre 51,4 % en 2017). Son parti politique, Projet Montréal, a, lui, réussi à décrocher une majorité au conseil municipal (35 des 65 sièges), ce qui facilitera l’adoption de ses budgets et de ses projets de règlements, entre autres choses. La mairesse s’est d’ailleurs enorgueillie d’être entourée d’une équipe « plus diversifiée » qu’en 2017.

Le « vent de changement », sur lequel l’ex-maire Denis Coderre (2013-2017) misait quatre ans après avoir été mis à la porte de l’hôtel de ville, ne s’est pas levé. Le candidat malheureux a dit croiser les doigts afin que Montréal ne soit pas « dans la salle d’attente » pour les quatre prochaines années. « Je demande qu’on mette la hargne de côté. Il faut qu’une administration, quelle qu’elle soit, ne soit pas là pour ses militants, mais pour tous les Montréalais et Montréalaises », a affirmé le perdant, la voix enrouée, refusant de dire s’il revêtira les habits de chef de l’opposition à l’hôtel de ville. Il avait refusé de le faire en 2017.

Gratifié d’un appui de moins d’un électeur sur dix, Balarama Holness n’est pas parvenu à faire élire de conseiller portant les couleurs de Mouvement Montréal au terme d’une campagne où il a pourtant réussi à gagner un certain appui du côté des électeurs anglophones.

Diriger, sourire, rire

À la mairie, Valérie Plante promet de continuer de faire la démonstration qu’« on peut diriger la Ville de Montréal avec le sourire ».

« C’est du cran, c’est du cœur, c’est du souffle. C’est une mairesse qui a l’énergie du désespoir pour Montréal. Les Montréalais l’ont reconnu, l’ont senti. On est extrêmement fiers », a réagi, ému, le conseiller réélu du district Hochelaga, Éric Alan Caldwell.

« On a travaillé très fort pour que ça arrive et, ce soir, on a gagné », a pour sa part lancé un bénévole enjoué, Ralph Civil.

10 des 19 mairies d’arrondissement

Projet Montréal a mis la main sur la mairie d’au moins 10 des 19 arrondissements de Montréal : Ville-Marie (Valérie Plante), Ahuntsic–Cartierville (Émilie Thuillier), Plateau-Mont-Royal (Luc Rabouin), Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles (Caroline Bourgeois), Verdun (Marie-Andrée Mauger), Le Sud-Ouest (Benoit Dorais), Rosemont–La Petite-Patrie (François Limoges), Lachine (Maja Vodanovic), Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (Pierre Lessard-Blais) et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (Laurence Lavigne Lalonde).

En effet, le parti politique de Valérie Plante a réussi à reprendre la direction de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. L’arrondissement était dirigé par Giuliana Fumagalli, qui avait été élue sous la bannière de Projet Montréal en 2017, avant de se faire chasser dans la foulée d’allégations de harcèlement psychologique. « Je suis [extrêmement] contente », a lancé Laurence Lavigne Lalonde après avoir étreint ses proches, qui ont crié de joie au moment de l’annonce de sa victoire.

« Je pense que l’arrondissement mérite d’avoir quelqu’un qui a les yeux rivés sur l’arrondissement, qui n’a pas juste les yeux rivés sur les inégalités, mais qui y travaille tous les jours parce qu’à Saint-Michel et dans Parc-Extension, les gens méritent quelqu’un qui se soucie d’eux, et c’est ce que je vais faire », a renchéri l’élue de Projet Montréal.

En revanche, Projet Montréal a échoué à reprendre les rênes de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. L’ancien chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Montréal, Lionel Perez (Ensemble Montréal), l’a emporté de justesse sur Gracia Kasoki Katahwa (Projet Montréal), Matthew Kerr (Mouvement Montréal) et la mairesse d’arrondissement sortante, Sue Montgomery (Courage), qui a, elle, terminé la course au quatrième rang.

À Montréal-Nord, fief de l’ex-maire Denis Coderre, Projet Montréal misait gros sur la candidature de Will Prosper à la mairie d’arrondissement. Mais l’élan du militant antiraciste et documentariste a été freiné durant la campagne par la mise au jour des circonstances de sa démission de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au début des années 2000. Will Prosper a récolté moins de 30 % des voix, contre plus de 61 % pour la mairesse sortante, Christine Black (Ensemble Montréal), qui obtiendra donc un troisième mandat à la tête de cet arrondissement.

Le scandale entourant les lucratives transactions immobilières (flips) réalisées par Antoine Richard en 2019 et en 2020 a aussi eu raison du candidat à la mairie de Verdun pour Ensemble Montréal, qui a perdu son pari au profit de Marie-Andrée Mauger (Projet Montréal), dont l’élection à la tête de Verdun a été confirmée dimanche vers 21 h 20.

« C’est sûr que ça a fait très mal à l’équipe Coderre, ça c’est sûr », a lancé au Devoir Mme Mauger dimanche soir entourée de militants survoltés, en référence à cette part d’ombre dans la campagne électorale de M. Richard. Au moment où ces lignes étaient écrites, les candidats de Projet Montréal étaient en avance dans les sept postes à pourvoir dans cet arrondissement, qui avait plutôt été remporté par la formation de Denis Coderre en 2017.

L’habitation comme levier

Valérie Plante semble avoir convaincu les Montréalais de lui réitérer leur appui en misant d’abord sur l’habitation : elle s’était engagée à aménager 60 000 logements abordables d’ici dix ans. Denis Coderre, pour sa part, avait promis 50 000 logements de tous types d’ici quatre ans, dont 10 000 logements sociaux.

En 2017, Mme Plante avait marqué l’imaginaire avec ses promesses de ligne rose de métro, l’achat de 300 bus hybrides et la gratuité du transport en commun pour les personnes de 65 ans et plus, un engagement qu’a d’ailleurs recyclé Projet Montréal cette année.

« Ce que j’ai envie de dire, c’est qu’avec cette majorité-là, les Montréalais sont d’accord avec les actions qu’on fait et ce qu’on propose », a réagi Mme Plante en marge de la soirée électorale de Projet Montréal. Elle s’est d’ailleurs montrée ouverte, malgré sa majorité, à la possibilité de laisser entrer des élus de l’opposition dans son nouveau comité exécutif, comme elle l’avait fait en 2017.

« Je veux avoir les meilleurs éléments autour de la table, donc quand on va se mettre à regarder à quoi va ressembler le comité exécutif, on va regarder toutes les personnes au conseil municipal », a-t-elle déclaré lors d’un bref point de presse.

Exclu de Projet Montréal, mais élu

Le candidat au poste de conseiller de ville dans le Sud-Ouest Craig Sauvé était en avance pour obtenir un troisième mandat dimanche soir avec 51,4 % des voix. Il siégera comme indépendant, après avoir plongé Valérie Plante dans l’embarras en raison d’allégations d’agression sexuelle, remontant à 2012, qui ont refait surface dans la dernière ligne droite de cette campagne électorale.

« Pour l’instant, il siège comme indépendant », a pour sa part dit Mme Plante lorsqu’elle a été questionnée sur la réélection attendue de M. Sauvé.



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