Québec assouplit les règles sanitaires un peu partout, mais pas dans les maisons

Pendant qu’il desserre l’écrou dans les lieux publics, le gouvernement de François Legault maintient la ligne dure dans les chaumières. Québec s’est justifié mardi de ne pas procéder à des assouplissements dans les rassemblements privés, alors qu’ils se multiplient dans les bars, les restaurants, les écoles et les milieux de travail.

En conférence de presse, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a détaillé mardi la série d’allégements qui attendent le Québec à la mi-novembre. Le gouvernement de François Legault donne notamment son aval au retour de la danse et du karaoké dans les bars et les restaurants. Ces activités sont interdites depuis l’été 2020.

« Je me suis un petit peu étouffé quand j’ai vu la recommandation du Dr [Horacio] Arruda sur le karaoké. Alors, oui, maintenant, le karaoké va être possible », a confirmé M. Dubé. En septembre 2020, une éclosion particulièrement médiatisée dans un bar à karaoké de Québec avait forcé la Santé publique à mettre à l’arrêt les activités de chant.

À partir du 15 novembre, les danseurs nocturnes pourront de nouveau s’exercer, à condition qu’ils portent le couvre-visage en tout temps. Ceux qui veulent chanter devront le faire derrière un plexiglas, ou avec un masque. Dans tous les cas, le passeport vaccinal demeure en vigueur.

Le succès de l’opération de vaccination dans les écoles secondaires y instille aussi un peu de normalité. À l’intérieur des classes, où les élèves sont en très grande majorité vaccinés, le masque ne sera plus requis, a confirmé Québec, mardi.

Depuis quelques mois, les élèves du secondaire dans neuf régions et une poignée de MRC — notamment à Montréal, Laval et en Montérégie — avaient l’obligation de le porter en classe, dans les aires communes et dans le transport scolaire.

Enfin, Québec procède à des ajustements dans les milieux de travail. La Santé publique y recommandait jusqu’à maintenant de poursuivre le recours au télétravail. Dans deux semaines, cette recommandation sautera. « Le retour en présentiel est donc possible, et ce sera à chaque employeur de déterminer la formule qui lui convient », a précisé M. Dubé.

Pendant ce temps, à l’intérieur des domiciles, les restrictions sanitaires demeurent. « On avait dit qu’on ferait des assouplissements par étapes, pour ne pas revenir en arrière », a précisé le ministre Dubé, accompagné du directeur national de santé publique, Horacio Arruda, et du directeur de la stratégie de vaccination, Daniel Paré.

Même à l’Halloween, en pleine saison des partys, les Québécois avaient encore l’obligation de limiter leurs rassemblements privés à dix personnes à l’intérieur. La Santé publique a pensé à revoir cette mesure, avant d’opter pour un maintien du statu quo. « Les rassemblements privés, ce sont des endroits à plus haut risque, a observé le Dr Arruda, mardi. Ça a été le cas antérieurement. Les gens rentrent à l’intérieur, il y a une augmentation de contacts. Tant et aussi longtemps que nos hospitalisations vont être correctes, ça va bien aller, mais il faut être quand même relativement prudents. »

Avant d’ouvrir les vannes, Québec veut « voir comment ça va évoluer », a réitéré Christian Dubé. Rien n’empêche que le portrait change d’ici Noël, selon lui. « Vous le voyez, ce qui se passe en Europe. Vous avez vu les augmentations dans certains pays qui ont des taux de vaccination comme le nôtre. La minute que les mesures sont relâchées, ça se met à dégénérer très rapidement », a-t-il plaidé.

L’an dernier, François Legault avait promis aux Québécois des Fêtes presque normales, avec rassemblements familiaux. Dans un spectaculaire revirement de situation, le premier ministre avait changé son fusil d’épaule, à quelques jours du début des vacances hivernales.

Horacio Arruda garde un œil sur la vaccination des plus jeunes, qui pourrait permettre de nouveaux allégements d’ici Noël… si elle se déroule bien.

Bouffée d’air frais

Les Québécois devront attendre avant de fêter avec leurs amis, mais pourront très bientôt rejoindre leurs collègues au bureau. La fin annoncée du télétravail, glissée à la fin du point de presse de Christian Dubé, a vite été applaudie dans les milieux politique et des affaires.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, y voit une injection de prévisibilité pour le centre-ville, durement touché par vingt mois de pandémie. « On avait hâte que le gouvernement du Québec et la Santé publique nous donnent de la prévisibilité. On travaille très fort pour relancer le centre-ville et voilà, de tranquillement avoir des travailleurs qui vont revenir, c’est parfait », a-t-elle affirmé.

Déjà cet été, la Santé publique avait suggéré aux employeurs de réévaluer le retour à temps plein des travailleurs en raison de la quatrième vague. « Après la douche froide du report, c’est une belle surprise », a indiqué le directeur général de la Société de développement commercial du centre-ville de Montréal, Glenn Castanheira.

Les rues commerçantes profiteront aussi de la reprise de la danse et du chant, se sont réjouis des tenanciers de bar en entretien avec Le Devoir. « Nous, le karaoké, c’était 7 jours sur 7. Sans ça, ce sont des pertes de 1500 à 2000 $ par jour. Donc c’est sûr qu’on est très contents », a affirmé Pascal Lefebvre, propriétaire du bar Le Normandie, au centre-ville montréalais.

Le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, presse désormais le gouvernement de lancer son propre « signal ». « Le dernier geste que je réclame, c’est que le gouvernement, lui-même, prenne le leadership et rappelle les fonctionnaires sur leurs lieux de travail », a-t-il lancé en entrevue avec Le Devoir. La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, devrait donner des nouvelles sur les plans de l’État au cours des prochains jours.

Avec Clémence Pavic, Zacharie Goudreault et Étienne Paré

 

Une action collective contre 113 écoles privées

Une action collective contre 113 écoles privées de la Communauté métropolitaine de Montréal a été autorisée. Elle concerne l’enseignement à distance offert durant le confinement déclaré lors de la première vague de la pandémie, entre le 13 mars et le 30 juin 2020. Les parents d’environ 47 000 élèves réclament un remboursement partiel des droits de scolarité versés pour cette période où les enfants étudiaient à distance. Les sommes en jeu sont considérables pour les écoles privées subventionnées, qui sont obligatoirement des organisations sans but lucratif.

Un retour à l’enseignement à distance n’est toutefois pas à craindre, la vaccination suivant son cours. Alors que 79,3 % de la population a reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19, chez les 12 ans et plus, 90,6 % ont reçu au moins une dose et 87,9 % sont adéquatement vaccinés, indique l’Institut national de santé publique du Québec.

L’Institut signalait aussi mardi 490 nouveaux cas de COVID-19 et six décès supplémentaires, pour un total de 426 947 personnes infectées et de 11 502 décès depuis le début de la pandémie. Il rapporte aussi 250 hospitalisations, une hausse de 6 comparativement à la veille. Parmi les patients hospitalisés, 71 (+4) sont aux soins intensifs.



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