​Legault commet un «abus de pouvoir» dans ses négociations avec les médecins, dit Anglade

«Là, le premier ministre François Legault a décidé d’utiliser le décret [sur l'état d'urgence] pour obtenir des informations [et] il ne devrait pas utiliser ces informations-là de la manière dont il le fait», a clamé Dominique Anglade.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Là, le premier ministre François Legault a décidé d’utiliser le décret [sur l'état d'urgence] pour obtenir des informations [et] il ne devrait pas utiliser ces informations-là de la manière dont il le fait», a clamé Dominique Anglade.

Les oppositions reprochent au ministre de la Santé, Christian Dubé, d’avoir profité de l’état d’urgence sanitaire pour obtenir des données au sujet des médecins de famille qui « n’en font pas assez », et ce, en pleine négociation avec les omnipraticiens.

En mêlée de presse mercredi, M. Dubé a admis avoir été en mesure de « faire des croisements », en partie « à cause de l’urgence sanitaire », pour avoir davantage de détails sur la prise en charge des médecins.

En agissant de la sorte, le gouvernement a commis un « abus de pouvoir », a souligné jeudi la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade. « C’est un exemple patent de ce qui ne devrait pas être fait dans notre démocratie et ça devrait justifier le fait qu’on lève cette urgence sanitaire », a-t-elle ajouté.

« Le décret d’urgence permet des pouvoirs extraordinaires dans une situation extraordinaire », a-t-elle rappelé. « Là, le premier ministre François Legault a décidé d’utiliser le décret pour obtenir des informations [et] il ne devrait pas utiliser ces informations-là de la manière dont il le fait. »

Dans sa mêlée de presse, Christian Dubé avait précisé que les chiffres qu’il a obtenus lui permettent de dire que « sur les 4000 [médecins qui n’ont pas une prise en charge suffisante selon le gouvernement], il y en a 1500 qui ne “font” même pas 500 patients. » Le ministre a précisé avoir eu des informations que « peut-être, bien peu de personnes ont eues dans le passé ». Les équipes du président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Louis Godin, « les savent ces chiffres-là », a-t-il ensuite indiqué, en rappelant que près de 15 % des médecins de famille prennent en charge moins de 500 patients.

Une dérive éthique ?

Devant les médias, Dominique Anglade a déclaré que ça « pourrait être une option » de solliciter la commissaire à l’éthique et à la déontologie afin qu’elle se penche sur la question. Avant elle, le député péquiste Joël Arseneau a dit « examiner la possibilité » de saisir la commissaire de l’affaire.

« Je ne me prononcerai pas sur le fond, mais je partage cette inquiétude-là à savoir qu’il peut y avoir une dérive si on utilise la loi sur les mesures sanitaires pour contourner les lois régulières dans un processus de négociation ou dans un processus de communication visant à faire porter le blâme [sur les médecins] », a-t-il dit.

De l’avis de M. Arseneau, l’approche du premier ministre — qui s’est impatienté face aux omnipraticiens au cours des derniers jours — est « complètement contreproductive » et laisse en plan les 880 000 Québécois qui sont toujours en attente d’un médecin de famille. « On sait maintenant qu’il n’atteindra pas l’objectif qu’il s’était fixé, la promesse qu’il avait faite aux Québécois que tous auraient un médecin de famille avant la fin du mandat [en octobre 2022] », a-t-il lancé. En s’en prenant aux médecins, « le gouvernement, encore une fois, entreprend une campagne pour se délester de sa responsabilité, pour camoufler son inaction des trois dernières années », a-t-il poursuivi.

Vincent Marissal, de Québec solidaire, a dit croire que « la CAQ pousse le bouchon pas mal loin en utilisant l’état d’urgence pour obtenir sa liste noire de médecins de famille ». « C’est une autre preuve qu’on ne peut pas continuer de signer des chèques en blanc au gouvernement : il faut mettre fin à l’état d’urgence sanitaire qui permet à la CAQ de faire la pluie et le beau temps », a-t-il ajouté.

Sa collègue Manon Massé a demandé au gouvernement de s’expliquer sur ses méthodes. « Lorsque le pouvoir est concentré dans un seul bureau, ça peut amener à utiliser de façon peut-être non adéquate ce à quoi ça devrait servir », a-t-elle affirmé. Elle ne s’est pas avancée jusqu’à dire que dans le cas des médecins, l’utilisation de l’état d’urgence avait été « non adéquate ».

« Je n’ai pas ce qu’il faut pour me prononcer là-dessus, mais il y a une chose [que je] sais vraiment, c’est qu’au Québec, ça n’a plus de bon sens que ce soit un gouvernement qui a été élu avec 36 %, 37 % des voix qui gouverne, maintenant depuis plus de 20 mois, comme [si ses membres] étaient les seuls décideurs. On existe. »

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