François Legault s’impatiente face aux médecins de famille qui n’en font pas assez à son goût

François Legault soutient qu’il n’hésitera pas à légiférer si la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec ne souhaite pas conclure une entente négociée. «Le plus vite possible», s’est-il contenté de dire, sans parler de date limite.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault soutient qu’il n’hésitera pas à légiférer si la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec ne souhaite pas conclure une entente négociée. «Le plus vite possible», s’est-il contenté de dire, sans parler de date limite.

François Legault s’en est pris mardi aux médecins de famille, dont une « minorité » ne prendrait pas en charge assez de patients, mettant à mal le système de santé. Une liste nominative en main, le premier ministre les exhorte à corriger le tir, sous peine de légiférer.

« Ma patience a atteint ses limites », a-t-il lancé lors d’une mêlée de presse à Québec.

L’élu caquiste souhaite voir chaque omnipraticien traiter un minimum de 1000 patients. C’est là que l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette avait placé la barre en 2014, avec son projet de loi 20. Sanctionné au cours du mandat libéral de Philippe Couillard, le projet de loi n’a jamais été appliqué.

Mais François Legault revient à la charge. S’il le faut, il légiférera. Le premier ministre détient depuis peu une liste exhaustive des professionnels qui ne répondent pas à ses exigences de prise en charge. « On commence à les identifier », a-t-il signifié mercredi.

D’après des chiffres récoltés par Le Devoir, 15 % des omnipraticiens du Québec prennent en charge moins de 500 patients. Au total, 40 % des médecins de famille n’atteindraient pas le seuil établi par Québec, a indiqué le ministre de la Santé, Christian Dubé, mercredi.

« Pour une minorité de médecins de famille, il y a un problème », a souligné M. Legault.

« Quelqu’un qui veut être enseignant au primaire ne peut pas dire ­ “je veux enseigner juste deux jours par semaine” », a-t-il illustré.

L’heure n’est plus à la patience, selon le premier ministre. Si la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ne souhaite pas conclure une entente négociée, il ira de l’avant avec un nouveau projet de loi. Interrogé sur ses intentions d’imposer une date limite, M. Legault n’a pas voulu s’avancer. « Le plus vite possible », s’est-il contenté de dire.

Des départs à venir ?

François Legault soutient qu’il est possible d’offrir des « accommodements » aux médecins en fin de carrière qui, devant les nouvelles exigences de Québec, décideraient de prendre leur retraite. Mais les risques de découragement sont nombreux, selon la FMOQ.

« On a des médecins qui vont prendre leur retraite, on en a d’autres qui vont se réorienter. Déjà, le gouvernement ne fait qu’en parler, et on a des médecins qui nous appellent pour nous dire : je travaille en bureau et je vais le quitter pour aller travailler juste en hôpital », a indiqué le président-directeur général de la Fédération, Louis Godin, en entrevue avec Le Devoir.

Mercredi, une médecin confiait au Devoir sa décision de partir devant le « manque de reconnaissance » du gouvernement Legault.

Dr Godin reproche au gouvernement Legault ses méthodes de tractation. La liste obtenue par Québec pourrait même avoir été obtenue illégalement, a-t-il évoqué.

En mêlée de presse, mercredi, le ministre Dubé a affirmé qu’il avait bénéficié des pouvoirs de l’état d’urgence sanitaire pour « faire des croisements » avec les informations nominatives qu’il a retenues. « Maintenant que je sais que cette information-là est excessivement valable, je veux la partager avec mes p.-d.g. [des CISSS et des CIUSSS] », a-t-il dit.

Le « gourdin » et la carotte

Au Parti québécois (PQ), on dénonce les moyens de pression utilisés par le premier ministre. La formation politique doute elle aussi de la légalité de la liste détenue par M. Legault.

« Ce que [la CAQ veut], c’est une confrontation avec 15 % des médecins, qu’on pointe du doigt, pour lesquels on a dressé une liste noire pour supposément les faire travailler davantage », a observé le chef parlementaire du PQ, Joël Arseneau.

« On aura beau utiliser toutes les pénalités du monde, sortir les plus gros gourdins de notre arsenal puis taper, puis taper, puis taper sur la tête des médecins, ça ne marchera pas », a déploré le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, lors d’un point de presse mercredi matin.

La coercition ne donnera pas de résultats, a ajouté la cheffe libérale, Dominique Anglade, qui voit la réaction de M. Legault comme un réflexe de dernier recours. « C’est un peu la panique à bord, a-t-elle affirmé. Ils se rendent compte qu’ils ne savent pas comment ils vont atteindre leurs objectifs. »

Québec maintient que les négociations se poursuivront avec les médecins omnipraticiens dans les prochaines semaines.



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